La Nouvelle-France et le Monde

Louis de Kinder

Prologue

Vous trouverez dans ce texte , tiré du livre du même nom, l' histoire succincte mais assez complète de la Nouvelle France en partant des découvertes, jusqu'à la vente de la Louisiane en 1803. A signaler que la Nouvelle-France comprenait le Canada actuel, et tout le centre des Etats-Unis entre les Appalaches et les hauteurs des montagnes Rocheuses, c'est à dire, la limite du territoire espagnole.

Ce texte comprend aussi un aperçu de l'histoire de la France et sa marine. Dans l'administration française, dès le temps de Richelieu, la Nouvelle France relevait du ministère de la marine. Souvent, c'était parmi les officiers de la marine qu'on choisissait les gouverneurs. L'infériorité de la marine française devant la britannique coïncide avec l'arrivée des Phélipeaux au ministère de la marine a eu une influence certaine sur le sort de l'Amérique. C'est la raison pour laquelle les activités maritimes ont si large place dans ce livre. La mère patrie étant souvent engagé dans de sérieux conflits avec les pays voisins, la distrayait de ses colonies, donc mention d'événements marquants de ce qui se passait de ce côté qui pouvait influencer l'Amérique..

Quoique ce texte peut servir d'aide-mémoire aux enseignants et autres spécialistes, il est voulu pour le lecteur moyen, qui se souvient plus ou moins de son cours d'histoire du primaire.

Grâce aux suggestions de monsieur Marcel Trudel, qui a eu la gentillesse de en lire une première ébauche, j'ai poussé les recherches en fouillant encore les archives, puis en trouvant les Grace Lee Nute, Pigafetta, Jean Merrien, Eccles et les récits de plusieurs participants. Le but reste de chercher la vérité plutôt que de charger le texte de nouveaux détails. Eccles nous a appris à évaluer les écrits du comte de Frontenac. Jean Leclerc a, par la suite jeté une lumière favorable sur l'administration du marquis de Denonville. Il est facile de porter jugement, il est plus difficile de recueillir tous les renseignements qui permettront un jugement justifiable. J'ai tenté d'établir les faits, et laisse au lecteur de porter jugement.

Alors, je présente un ouvrage dont j'ai éliminé des mythes qui accompagnaient presque tous les écrits à ce jour. J'ai cherché à éclaircir les événements qui ont conduit à la défaite de 1759, et qui conditionnent encore notre existence aujourd'hui.

D'autre part, j'ai fractionné les récits pour les mettre en ordre chronologique, parce que j'estime que tout se tient. Séparer les épisodes selon l'endroit où ça c'est passé, c'est la méthode de certains historiens généralistes, mais cet ouvrage n'est pas une histoire générale. D'ailleurs, la manière naturelle de suivre les événements c'est jour par jour, et le lecteur du journal quotidien les démêle comme il l'entend. C'est peut-être aussi la meilleure manière de permettre au lecteur de se situer dans une époque du lointain passé.

ncore, cet ouvrage comprend une énumération des grandes explorations, puisque le début de notre pays se confond avec la longue recherche d'un passage à l'Orient par le nord.

La vie de nos ancêtres est intimement liée à celle des Indigènes, bien plus que celle des Américains. Le sentiment de culpabilité totalement injustifié de mes compatriotes lors des troubles à Oka et à Kanawaké en 1990, m'a poussé à élargir sur le traitement infligés aux Indigènes des Etats-Unis et mettre les choses dans leur perspective. Un autre, objectif mais pas le moindre: je souhaite sortir de l'oubli nos héros de ce lointain passé, complètement inconnus aujourd'hui. .

Louis De Kinder

11-12-2005























LA NOUVELLE-FRANCE ET LE MONDE





LES EXPLORATIONS



Au quinzième siècle, la plupart des européens, instruits ou non, croient que la terre est un disque plat, et quiconque s'aventure trop près du bord risque de tomber dans le néant. Pourtant, plus de mille ans auparavant, au temps de l'Empire romain, un savant grec, Ptolémée, avait calculé le diamètre d'une terre qu'il supposait donc de la forme d'un globe. Il avait même préconisé pour accéder à l'Orient, déjà connu des Européens, une route entièrement par mer autour du continent africain. L'Europe de l'ouest, dont Rome était le centre, oublie ces connaissances suite aux invasions barbares. Elles restent sur les tablettes des bibliothèques de Constantinople, d'Avignon et des Arabes au cours du Moyen-Age.

Les Vénitiens et les Génois continuent d'importer les soieries et épices de l'Orient, par intermédiaires arabes comme avaient fait les Romains. Ce commerce décline au quinzième siècle suite à l'avance des Turcs ottomans en Anatolie, en Mésopotamie et dans les Balkans.

En même temps, la péninsule ibérique se libère insensiblement des Maures au cours des siècles, et les principautés du Portugal, de Castille et de l'Aragon achèvent de se former. En 1415, le prince Henri dit le navigateur, frère du roi du Portugal, commence une longue carrière au service de son pays en se distinguant au siège de Ceuta au Maroc.

Il se familiarise avec les écrits anciens, tel Ptolémée, qu'il trouve dans une bibliothèque Maure, entrevoit les possibilités de la route marine autour de l'Afrique pour rejoindre l'Orient. Henri organise plusieurs expéditions, tout en dissipant la frayeur des marins de l'époque qui craignent d'atteindre le "bout du monde".

En même temps, et plus vers le nord-est, des marins bretons et basques continuent à suivre le parcours qu'avaient parcourus les anciens Vikings, et apportent de lucratives récoltes de morue d'une mystérieuse "Terre-Neuve", dont ils gardent le secret.

Christophe Colomb, navigateur génois chevronné, a également étudié Ptolomée et, admettant la sphéricité de la terre, conclut que l'on peut rejoindre l'Orient plus facilement en allant vers l'Ouest. On économiserait alors le trajet autour de l'Afrique que les Portugais constatent être plus long que prévu. Un vieux navigateur devenu vagabond, que Colomb accueille, lui apprend les trajets que suivent les pêcheurs basques vers la "Terre-Neuve", particulièrement l'existence de vents favorables pour le retour autant que pour l'aller. Colomb pense ainsi rejoindre l'Orient et les fabuleuses îles des épices (les Moluques), que les Portugais cherchent encore.

Lorsque Colomb découvre l'Amérique au nom de l'Espagne les deux royaumes ibériques se trouvent en rivalité. Ils négocient une entente en 1494 dans le bourg de Tordesillas par lequel ils se partagent le Nouveau Monde: l'Espagne se réserve l'ouest et le Portugal l'est du méridien passant par les pôles nord et sud et 370 lieues à l'ouest des îles du Cap Vert. Ils ignorent volontairement ou non les explorations africaines de navigateurs dieppois du quatorzième siècle.

Les Portugais continuent patiemment leurs expéditions en explorant l'Océan Indien, et rejoignent enfin les îles Moluques où ils trouvent des épices tant convoitées.



Après que Colomb ait levé le secret sur l'Amérique, les cartographes consignant ces trouvailles, désignent déjà l'intérieur nordique de ce continent de "Nouvelle France", témoignant ainsi de la présence des pêcheurs Bretons.

Le Portugais Cabral, en s'éloignant trop de la côte de l'Afrique, et quoique toujours à l'intérieur du méridien convenu, découvre fortuitement le Brésil, en 1500.. Son compatriote Gaspard de Corteréal explore les côtes du Labrador, de Terre-Neuve et de l'Acadie. En voyant ces côtes rides et désertes, il conclut qu'il s'agit d'un nouveau continent, plutôt que de la Chine ou le Japon. Colomb persiste dans son opinion qu'il a rejoint l'Asie.

Le capitaine Denis et le pilote Gamart de Rouen, partant de Honfleur en 1504, explorent Terre-Neuve et descendent la côte de l'Amérique pour s'installer au fleuve Parada au Brésil d'où ils se font expulser par des Portugais.

Le roi de France Louis XII envoie Thomas Aubert explorer le golfe du Saint-Laurent en 1508, que fréquentent ses sujets depuis si longtemps. En 1515 le jeune (21 ans) François de Valois devient roi de France.

L'année suivante, après la disparition de Ferdinand, roi d'Espagne et co-commanditaire de Colomb, son petit-fils Charles de Habsbourg encore plus jeune (16 ans) est reconnu roi de l'Espagne nouvellement constituée, en écartant de la succession sa mère Jeanne. Il envoie aussitôt Hernan Cortez à la conquête du Mexique.



LA REFORME RELIGIEUSE

Les questions religieuses ayant joué un rôle marquant dans notre histoire, nous esquisserons donc le mouvement de réforme de cette époque. L'église catholique règne sur toute l'Europe au début du seizième siècle. Le pape à Rome est reconnu chef spirituel d'un vaste territoire s'étendant du Portugal à la Pologne. Byzance a son propre pape qui, depuis longtemps maintient son autorité sur les populations slaves à l'est de la Pologne et les disputes sont rares.

Le pape Nicolas V entreprend la construction de l'immense basilique de Saint-Pierre à Rome vers 1450. Il veut de même faire pièce à l'église Sainte-Sophie de Constantinople et consacrer dans la pierre la suprématie de Rome sur Byzance. La chute de cette ville et la conversion de sa basilique Sainte-Sophie en mosquée, ne diminue pas l'ardeur des constructeurs de Saint-Pierre, d'achever leur oeuvre , ce qui multiplie le besoin d''argent et pousse les papes qui succèdent d'envoyer des solliciteurs partout en Europe.

Le pape Jules II s'avise d'accorder, en 1506, des indulgences particulières à ceux qui font des dons à l'église. Ainsi les âmes pieuses et riches peuvent raccourcir leur séjour au purgatoire. Des agents recueillent ces dons en insistant sur les indulgences, qui finissent par sembler à de simples marchandises.

Un moine théologien de Wittenberg, en Saxe, Martin Luther, scandalisé par cette pratique, affiche en 1517, à la porte de l'église paroissiale un manifeste dans lequel il conteste l'idée d'indulgences.

Le roi de Saxe, Frédéric III, de son côté voit d'un mauvais oeil sortir tous ces fonds de son état pour aboutir à la Rome lointaine. Il y a vite connivence entre les deux, Luther développant ses doctrines d'émancipation de Rome, et le prince le protégeant contre d'éventuelles réactions du pape.

En 1519, le grand-père paternel du roi Charles d'Espagne, l'empereur Maximilien, décède, lui laissant le titre d'archiduc d'Autriche. Peu après, Charles se fait élire empereur du Saint Empire romain germanique, et réunit cette couronne à celle de l'Espagne. On le connaîtra sous le nom de Charles Quint.

Le roi François est consterné de voir se constituer ce gigantesque Empire germano-espagnol entourant la France.

La même année, le Portugais Magellan obtient la commandite du même Charles Quint, qui lui donne le commandement d'une armada de cinq nefs avec laquelle il entreprend la recherche d'un passage vers l'Orient en contournant l'Amérique du Sud. Il trouve un détroit qui débouche sur le vaste océan qu'avait aperçu Balboa, et qu'il appelle Pacifique. Magellan prend environ quatre mois pour traverser cet océan, démontrant ainsi l'erreur de Colomb qui cherchait l'Orient en Amérique. Magellan atterrit sur une des îles Philippines et en prend possession au nom de l'Espagne.

Il s'y fait tuer par des Indigènes en avril 1521. El Cano, prend le commandement du seul navire qui continuera le voyage vers l'ouest. Celui-ci côtoie l'Indonésie, en évitant soigneusement les colonies portugaises, traverse l'océan Indien, et contourne l'Afrique pour retrouver l'Espagne en septembre 1522, le premier à faire le tour du monde.

Pendant ce temps, en Allemagne, la dispute entre Martin Luther et le pape Léon X s'envenime, le moine se met à contester ouvertement l'autorité de sa sainteté et publie un manifeste qu'il intitule "protestations". Voilà l'origine de l'appellation des protestants que nous connaissons.

Le successeur de Léon X, le pape Clément VII lance ses anathèmes contre le moine impudent, qu'il accuse d'hérésie, et fait appel, en 1520, à l'autorité civile pour le traduire en justice. Cette autorité est Frédéric, le roi de Saxe, qui refuse de sévir. Son supérieur hiérarchique, l'empereur Charles Quint veut bien, mais est incapable d'imposer immédiatement sa volonté sur le roi Frédéric.

En 1521 Luther traduit le nouveau testament en allemand. Au moyen des méthodes d'imprimerie nouvellement inventées, les livres, dont la bible, deviennent accessibles à la population. Dorénavant, chacun peut étudier les saintes écritures à sa guise et sans l'aide ou la direction du clergé. On remet en question la nécessité pour les nombreux ordres religieux. Des princes allemands se convertissent, saisissent les riches propriétés ecclésiastiques sur leur territoire, et imposent le protestantisme à leurs sujets.

Tout est encore tranquille en France, où le roi François pense au Nouveau Monde. Il incite son ami Jean Ango à monter une expédition pour trouver un passage vers l'Asie en passant au nord de l'Amérique. Ango envoie le navigateur florentin Giovanni Verrazano faire cette recherche en 1523. Celui-ci rejoint la côte d'Amérique à la hauteur de ce qui est aujourd'hui la Caroline du nord, la remonte, note l'existence du fleuve qui s'appellera l'Hudson, et continue jusqu'à Terre-Neuve avant de retourner en France.



MALHEURS DE FRANÇOIS

En 1525, la guerre éclate entre la France et l'Empire germano-espagnol. François conduit son armée en Italie, et, pendant une bataille près de Pavie, se fait capturer par les Allemands. L'armée française se disperse, et Charles conduit son illustre prisonnier à Madrid. Après un an de captivité, François se fait libérer, en rendant ses deux fils, François et Henri, otages à sa place. L'Espagne demande une énorme rançon pour leur liberté.

Par le traité de Cambrai de 1529, François obtient la libération de ses deux fils prisonniers, en renonçant à l'Italie. Par contre, Charles admet la souveraineté de François sur le duché de Bourgogne, et ce dernier épouse Eléonore d'Autriche, soeur de Charles.



SCHISME DE L'ANGLETERRE

En Angleterre, le roi Henri VIII, voulant divorcer de Catherine d'Aragon, parce qu'elle n'a pu lui donner de fils pour lui succéder, fait sa demande au pape Clément VII. Après deux ans de vaines négociations, ce roi rompt avec Rome en 1531 et se proclame chef de l'église anglicane. Il saisit les propriétés ecclésiastiques. Cependant, ce n'est pas tout à fait une conversion au protestantisme, Henri maintient la doctrine et la liturgie catholique comme avant et ne rejette que l'autorité du pape.

La même année, en Allemagne, plusieurs princes devenus protestants se regroupent dans la ligue de Swalkalde pour se défendre contre l'empereur, qui se dispose à restaurer l'autorité du pape par les armes. Le roi François appuie les princes en sous-main, y voyant l'occasion d'affaiblir l'empereur.

En 1532 François intègre dans son gouvernement la province de Bretagne, qui, jusqu'alors n'était qu'un fief de la famille royale.

Le Français Calvin qui a étudié les doctrines de Luther chez Wotmar, commence en 1533 à prêcher cette "prétendue reforme" dans le Saint-Onge et l'Angoumois. Il gagne bien des adeptes, qu'on appellera huguenots. Les autorités françaises ne tardent pas à le poursuivre. Il leur échappe et se réfugie à Genève.



LA FRANCE EN AMÉRIQUE

François trouve dans sa nouvelle province de Bretagne des navigateurs qui connaissent l'Amérique. Il mandate l'un d'eux, Jacques Cartier, pour explorer le Nouveau Monde et peut-être trouver un passage vers l'Asie par le nord; de toute façon, prendre possession en son nom des terres découvertes. Lorsqu'on évoque le traité de Tordesillas, par lequel l'Espagne et le Portugal se partagent le Nouveau-Monde, le roi le rejette, affirmant son droit à sa part du "testament d'Adam".

Dans son premier voyage, en 1534, Cartier explore et cartographie le golfe du Saint-Laurent. Dans un deuxième voyage, l'année suivante, il remonte le fleuve

jusqu'à Stadakoné (aujourd'hui Québec), puis à Hochelaga (aujourd'hui Montréal), gros village iroquois au milieu de l'île situé au terme des voies navigables. En contemplant les puissants rapides, Cartier comprend que le fleuve ne constituera pas un passage facile vers l'Orient.

Il a de bonnes relations avec les Indigènes et passe un hiver sans incident, sauf que vingt cinq de ses hommes meurent du scorbut. Un des chefs indigènes lui indique le remède: une tisane d'épinette. Cartier réchappe le reste de ses hommes par ce moyen. Pourtant, on va continuer à mourir de cette maladie pendant plus de deux siècles avant de redécouvrir un remède équivalent.

La guerre reprend entre Charles-Quint et François 1er en 1536, lorsque le premier envahit la Provence en partant de l'Italie. . Puis, ils font la trêve d'Aigues-Mortes deux ans plus tard, ce qui permet à François de songer de nouveau à l'Amérique. Il fait appel à un de ses familiers, François de La Roque, sieur de Roberval, ainsi qu'à Cartier, pour tenter une colonisation.

En Espagne, Ignace de Loyola fonde en 1540 la Société de Jésus vouée au service de la Papauté et de la contre-réforme. L'ordre qui s'appellera jésuite se répandra dans toute l'Europe chrétienne.

Cartier parvient à compléter ses préparatifs et lève l'ancre à Saint-Malo le 23 mai 1541, accompagné de deux cents colons dont plusieurs tirés des prisons. Roberval est retenu par d'autres affaires, mais promet de suivre. En passant l'hiver, Cartier essuie cette fois tellement d'hostilité de la part des Indigènes, qu'il juge bon de retourner en France. Il apporte quelques barriques de minerais qu'il croit être d'or et de diamants. Il rencontre Roberval à Terre-Neuve, le renseigne sur la situation et continue son chemin. Roberval a pour pilote Jean-Alphonse Fonteneau, explorateur chevronné. Effectivement, Roberval éprouve les mêmes difficultés que Cartier et abandonne à son tour l'été suivant.



GUERRE EN EUROPE

La France se trouve engagée dans une nouvelle guerre avec Charles Quint et Henri VIII d'Angleterre. L'empereur envahit la Champagne avec cent mille hommes et fait le siège de la forteresse de Saint-Dizier. Les deux mille défenseurs sous la direction de Sancerre et Lalande tiennent un mois pendant que le roi François gagne la bataille de Cerisoles en Italie en septembre 1544. On signe le traité de Crépy par lequel François abandonne la Savoie et renonce à la Flandre et l'Artois, tandis que Charles se retire de la Bourgogne.

Peu après, Fonteneau publie une étude des pays nouvellement découverts, confirmant une participation française dans presque tous les voyages d'exploration de l'époque.

François Ie signe le traité d'Ardres en 1546 avec Henri VIII d'Angleterre qui lui cède le port de Boulogne, résidu de la guerre des cent ans. Puis François décède l'année suivante, et son fils Henri, un des otages de vingt ans auparavant, lui succède, sous le nom d'Henri II..



COLONIE FRANÇAISE

L'amiral de Coligny organise en 1555 une expédition de colonisation au Brésil. Son envoyé, le commandant Villegagnon abandonnera la baie de Guanabara après trois ans d'occupation d'un endroit qui deviendra la ville de Rio de Janeiro.

L'empereur Charles démissionne l'année suivante, laissant l'Empire germanique à son frère Ferdinand et l'Empire espagnol ainsi que la Franche-Comté et les Pays-Bas, résidus de l'ancien duché de Bourgogne, à son fils, Philippe II.

Les sept provinces boréales des Pays-Bas qu'on désignera la Hollande, ont massivement épousé les idées de Luther. Des commerçants hollandais, chez eux dans l'Empire espagnol, prennent une part active dans le commerce avec l'Amérique et les îles Philippines en développant une puissante marine marchande.

La nouvelle religion "prétendue réformée" se répand dans le nord de l'Europe, notamment en Scandinavie et au Brandebourg. En France, le roi persécute les Huguenots, qui comptent plusieurs nobles. Ceux-ci cherchent à imposer la nouvelle religion à leurs censitaires.

En 1559 survient le décès accidentel d'Henri II. Son épouse Catherine de Médicis devient effectivement régente pendant les règnes de deux de ses jeunes fils qui succèdent. Pendant que les ligueurs catholiques et les huguenots se combattent, elle est incapable d'imposer la paix, prêchant en vain la tolérance religieuse. Elle essaye donc de maintenir un équilibre entre les adversaires.



DEUXIÈME COLONIE FRANÇAISE

L'amiral de Coligny, devenu huguenot, envoie en 1562 Ribaut et Landonnière avec plusieurs centaines de coreligionnaire établir le poste de Caroline, en Amérique du Nord (Jacksonville, Floride).

Évoquant le traité de Tordesillas, le roi Philippe d'Espagne envoie Don Pedre Menendez avec une forte troupe en 1565 dans l'intention de chasser ces Français et hérétiques. Les Espagnols subissent d'importantes pertes lors d'une tempête en mer, et se trouvant maintenant moins nombreux que les Français, donc se construisent le fort de Saint-Augustin pour se mettre à l'abri.

Ribaut avance contre eux par mer, mais fait naufrage à son tour plus au sud (Daytona). Menendez profite de cet éloignement pour faire une marche rapide sur la Caroline qu'il détruit. Ensuite il avance sur les naufragés au sud, qu'il défait et passe au fil de l'épée bien qu'ils soient trois fois plus nombreux.

En France, on s'indigne de ce massacre. Un gentilhomme, Dominique de Gourges, catholique, réunit quelques compatriotes en 1567, fait le voyage en Floride où il détruit le poste de San Matteo, site de l'ancienne Caroline, et pend tous les occupants. Ensuite, il retourne en France.

Le roi Philippe, voulant extirper le protestantisme dans les Pays-Bas Hollandais, y nomme gouverneur le duc d'Albe en 1567. Celui-ci commence par s'attaquer aux chefs: il fait décapiter les comtes d'Egmont et de Hornes, puis passe dix-huit mille protestants par les armes. Après six années de ce régime, constatant que ses méthodes ne font qu'exacerber les Hollandais, il démissionne.

Guillaume de Nassau, stadthouder des sept provinces Hollandaises, proclame leur indépendance de l'Espagne en 1579 et obtient l'appui du roi de France, Henri III. Après une guerre atroce, Guillaume parvient à négocier une trêve avec l'Espagne par le traité de Breda.

Sir Humphrey Gilbert prend possession en 1583 de l'île de Terre-Neuve au nom de la reine Elisabeth d'Angleterre, pendant que son compatriote sir Walter Raleigh se fait concéder la côte de l'Amérique entre les trente-troisième et quarantième parallèles (Georgie à New York), pour six ans. Cette démarche n'aura pas de suite immédiate.

L'Anglais Davis découvre le détroit entre le Groenland et la terre de Baffin en 1585, qui portera son nom, pendant qu'il cherche un passage vers l'Orient.

En Angleterre, à l'ombre de l'église anglicane, le protestantisme se répand sans entrave. La reine Elisabeth, que les catholiques considèrent illégitime, car ils ne reconnaissent pas le divorce de son père Henri VIII, fait mourir, en 1587, sa rivale catholique Marie Stuart reine d'Ecosse, qui a meilleur titre au trône d'Angleterre.

Au Portugal, le roi Henri le Cardinal meurt en 1588 sans laisser d'héritier direct. Philippe d'Espagne, qui possède quelques droits à la succession, assume la couronne portugaise. Par conséquence, les colonies portugaises deviennent parties de l'empire espagnol. Les marchands hollandais, toujours actifs dans cet empire, voient tomber les obstacles au commerce avec les colonies portugaises, et s'y lancent avidement.

L'exécution de Marie Stuart émeut le roi Philippe d'Espagne qui y voit une persécution religieuse et s'avise alors d'envahir l'Angleterre pour y restaurer la religion. Pour ce, il réunit une flotte de cent trente vaisseaux de guerre sous le commandement du marquis de Santa-Cruz. Les Anglais, pas assez puissants pour l'affronter, la canonnent à distance, puis une effroyable tempête disperse la flotte en mer du Nord. Elle contourne l'Ecosse et l'Irlande dont elle parsème les côtes de ses épaves. La moitié seulement de la flotte regagnera l'Espagne. C'est une perte dont l'Espagne ne parviendra pas à se remettre.

En France, le roi Henri III, que contestent les Ligueurs catholiques alliés aux Espagnols, a obtenu l'appui de Henri de Bourbon, héritier à la couronne, avec qui il entreprend d'assiéger Paris, dominée par ces ligueurs. Il se fait assassiner en 1589 et Bourbon lui succède sous le nom d'Henri IV.

Le nouveau roi, qui est chef du parti huguenot, voyant tous les adhérents catholiques du défunt roi le quitter, est contraint d'abandonner le siège de Paris, et se met à chercher des appuis dans le reste du royaume. Après quatre années agitées, pendant lesquelles il se gagne les catholiques, qui constituent 90% de la population, Henri IV abjure le protestantisme et Paris lui ouvre ses portes.

Il nomme un de ses compagnons d'armes, Maximilien de Béthune ministre. Celui-ci sera mieux connu sous le titre de duc de Sully.



LES PREMIÈRES COLONISATIONS

Le roi Henri IV et son fidèle ministre Sully apportent une bonne administration et la tranquillité à la France, après tant d'années de guerres civiles. On a le loisir de penser à l'Amérique: le marquis de LaRoche obtient du roi en 1598 une commission pour y établir une colonie. Cette commission accorde le monopole de la traite des fourrures et de la pêche dans les pays qu'a découvert Jacques Cartier. Il réunit une cinquantaine de vagabonds et de prisonniers qu'il dépose sur l'île de Sable. Son projet n'ayant pas de suite, Chedotel va rapatrier les douze survivants cinq ans plus tard.

Henri IV, en se conciliant les Catholiques de France, voit ses anciens

compagnons d'armes protestants devenir de plus en plus mécontents et inquiets. D'ailleurs, les lois du pays pèsent toujours contre eux. Pour les rassurer il proclame alors l'édit de Nantes qui leur rend les droits de citoyens, dont celui de tenir des emplois de l'état. Vu l'esprit d'intolérance qui règne encore dans la population, Henri accorde aux huguenots une centaine de places fortes pendant huit ans, dont La Rochelle, Montauban et Montpellier où ils sont majoritaires.



PONTGRAVÉ

En l'an 1600, le sieur de Pontgravé négociant de Saint-Malo, constitue une société avec Pierre Chauvin de Honfleur pour développer le Canada, et de LaRoche lui cède son monopole. La même année, Pierre du Gua, sieur de Monts, calviniste et ancien compagnon d'armes du roi Henri, accompagne le groupe qui fait la traversée pour fonder le poste de traite de Tadoussac.

Chauvin décède pendant un deuxième voyage l'année suivante, et Pontgravé convainc le baron Aymar de Chaste, vice-amiral de France et gouverneur de Dieppe de prendre sa place. Celui-ci connaît Samuel de Champlain, également adhérent de première heure du roi, et lui demande de participer au prochain voyage à titre de géographe. Le roi autorise la nouvelle entreprise.











CHAMPLAIN

Dans ce troisième voyage en 1603, Pontgravé et Champlain remontent le fleuve Saint-Laurent jusqu'à l'île de Montréal, inhabitée à cette époque. Champlain apprend de quelques Indigènes de passage, l'existence du lac des Hurons, et de cette mer du nord qui s'appellera la baie d'Hudson. Il remonte la rivière des Iroquois (Richelieu) jusqu'aux premiers rapides qu'on désignera plus tard de Saint-Ours. Les Indigènes lui révèlent l'existence du lac qui portera son propre nom.

De retour en France, Champlain fait son rapport au roi, puis de Chaste décédant, le roi autorise De Monts à former une nouvelle compagnie. Il lui donne le titre de lieutenant général et lui concède tout le pays entre les quarantième et quarante-sixième parallèles, ce qui comprend la péninsule Acadienne et la côte vers le sud jusqu'à la ville actuelle de New York. En cela, il tient compte de, et respecte la concession qu'avait faite la reine Elisabeth d'Angleterre à Raleigh en 1583.



POUTRINCOURT EN ACADIE

On entreprend un nouveau voyage en 1604, dans le but d'établir une colonie en Acadie, dont le climat plaît mieux que Québec à de Monts. Champlain s'embarque avec Pontgravé, Jean de Biencourt de Poutrincourt, l'abbé Aubry et un groupe de colons. Il explore la côte de la baie des Français (Fundy) rs le sud jusqu'au cap Malabar (Cod), puis, au retour, la majorité veut s'installer sur une île à l'embouchure de la rivière Sainte-Croix.

On y construit une habitation pour loger les soixante neuf hommes qui doivent hiverner. Pas moins de trente six d'entre eux meurent au cours de l'hiver. Ils se sont trouvé prisonniers dans l'île, étant incapables de traverser le bras de mer, à cause des glaces flottantes, pour aller chercher du bois de chauffage, après avoir épuisé ce que contenait l'île.

De Monts avait concédé la péninsule d'Acadie à Poutrincourt; celui-ci propose alors que l'on s'installe à Port-Royal, dans son fief. Le petit groupe de survivants y remonte l'habitation, puis y passe les trois années suivantes.

En France, un autre compagnon d'armes du roi Henri, François Duplessis, sieur de Richelieu obtient pour son fils Armand, l'évêché de Luçon, fief de la famille. Le jeune homme âgé de vingt-quatre ans, abandonne alors sa carrière militaire pour devenir ecclésiastique.



Des marchands impliqués dans les pêcheries et la traite des fourrures se plaignent au roi Henri du monopole de de Monts. Le roi tient à sa colonie, mais devant cette opposition ainsi que de celle de son ministre Sully, il révoque le privilège de la compagnie en 1607 et ordonne le rapatriement des colons.



LA VIRGINIE

En même temps, Jacques Stuart, roi d'Ecosse et d'Angleterre, réactivant la concession de feu la reine Elisabeth à l'explorateur Raleigh au siècle précédent, accorde une charte de colonisation à la compagnie de Virginie. Cependant il agrandit la concession pour la passer au quarante-cinquième parallèle, donc ne tient pas compte de la concession que le roi de France a accordée à de Monts quatre ans plus tôt. Des colons s'embarquent aussitôt.



FONDATION DE QUÉBEC

De Monts établit une nouvelle compagnie en 1608, pour laquelle il obtient le monopole pour la traite de fourrures dans la vallée du Saint-Laurent pendant un an. Champlain et Pontgravé vont dès le printemps au Canada et construisent une habitation à Québec, pendant que Poutrincourt se cherche des associés pour développer son fief en Acadie.

Après avoir hiverné à Québec, Champlain accompagne une bande de Hurons allant faire la guerre aux Agniers. En remontant la rivière des Iroquois (Richelieu), les Français apprécient les canots d'écorce de bouleau des Indigènes. Ils voient les Hurons transporter facilement ces légères embarcations sur le dos lorsqu'il faut contourner chutes et rapides. Par ces canots, la troupe voyage rapidement la longueur du lac qui portera le nom de Champlain, jusqu'à la pointe à la Chevelure (Crown Point), où l'on rejoint les Agniers.

Les coups de feu des Français font fuir les Iroquois. Il y a poursuite et capture de prisonniers de qui Champlain parvient à tirer quelques renseignements sur la géographie des Adirondacs, du lac Saint-Sacrement (lac George) et du fleuve Hudson qu'au même moment Henri Hudson explore pour le compte de la Compagnie Hollandaise des Indes. Au retour en France, Champlain apprend que de Monts n'a pu obtenir le renouvellement de son monopole. Celui-ci finance quand même un voyage en 1610, mais il y a tellement de compétiteurs que personne n'y trouve son compte.

Poutrincourt, s'est associé à des marchands huguenots de Dieppe, qui refusent le transport des deux pères jésuites Biard et Massé, condition d'une subvention du roi Henri IV. On remet les jésuites au prochain voyage. Participent à celui de la présente année: Louis Hébert, Thomas de Coulogne, Claude de LaTour et son fils Charles, l'abbé Fléché, deux fils de Poutrincourt et quelques colons. On trouve les bâtiments de Port-Royal en bon état, grâce à la collaboration des .Micmacs.



ASSASSINAT

La même année, le roi se fait assassiner, et son épouse, Marie de Médicis, originaire de Florence, assume la régence au nom de son fils Louis XIII, qui n'a que neuf ans. La reine fait entrer son compatriote, Concini au conseil. En peu de temps, ce parvenu et d'autres familiers de la cour dilapident les surplus qu'avait accumulés Sully. Pis, la régente révèle son penchant pour l'Espagne et renverse la politique étrangère d'Henri IV, en établissant des liens avec ce pays. Le jeune roi, impuissant, déplore l'abandon de la politique de son père.



LA BAIE D'HUDSON

En même temps, Hudson, toujours associé à des marchands hollandais, et cherchant un passage par le nord vers l'Asie (ayant constaté que le fleuve Hudson n'en est pas), découvre et explore le détroit et la baie qui porteront son nom. Son équipage se mutine et l'abandonne dans une chaloupe. On ne saura jamais ce qu'il en est devenu.

En apprenant la mort du roi Henri IV, Poutrincourt envoie son fils Biencourt chercher de nouveaux appuis à Dieppe et amener les pères jésuites. Mais les Dieppois, huguenots, refusent encore toute association avec les jésuites. C'est la marquise de Guercheville qui



intervient pour trouver les 4 000 livres qu'il faut pour racheter la participation des huguenots. Biencourt arrive à Port Royal en mai 1611 avec les pères Biard et Massé.



LE MONT DÉSERT

Poutrincourt repasse en France chercher de nouveaux renforts. Ses propres biens épuisés, il s'adresse à la marquise de Guercheville qui avance encore des fonds, mais obtient de de Monts le titre de seigneur de toute l'Acadie, sauf le Port-Royal. Les jésuites veulent convertir les Abenaquis du fleuve Pentagoët, et la marquise décide alors de fonder un nouvel établissement à l'île du Mont Désert.

En France, où prévaut une certaine anarchie sous la régence de Marie de Médicis, Champlain cherche la protection d'une personnalité puissante, qui peut imposer le monopole. Le prince Henri de Condé accepte ce rôle, et l'on enregistre une nouvelle compagnie à monopole à Rouen le quatre mars, 1613. Champlain se fait confirmer commandant de la colonie.



DESTRUCTION

Le gouverneur de la Virginie, Sir Thomas Dale, apprend la présence française en Acadie, et estime qu'elle est à l'intérieur de sa concession qui s'étend jusqu'au quarante-cinquième parallèle. Il autorise Argall d'en prendre possession au nom du roi Jacques I. Argall attaque la mission de Mme de Guercheville à peine commencée dans l'île du Mont Désert, tue le frère du Thet qui tentait une défense, et détruit les bâtiments. Puis, Argall embarque ses prisonniers et se rend à Port Royal, qu'il détruit également.

Biencourt se cache et les LaTour fuient au cap de Sable. Poutrincourt arrive l'année suivante pour ne trouver que des ruines désertes. Il abandonne et retourne en France poursuivre sa carrière militaire. Biencourt reprend l'oeuvre avec peu de moyens et décède quelques années plus tard. Les LaTour érigent le fort Loméron au cap de Sable. En 1614 des Hollandais ouvrent un poste de traite sur le fleuve Hudson à la limite de la voie navigable, qu'ils appellent Orange (aujourd'hui Albany). Ils font la traite des fourrures avec les Mahicans. Ce poste se trouve à l'intérieur de la concession de de Monts et de Poutrincourt, également en dedans de celle des Virginiens.



MISSIONNAIRES

Champlain, ardent catholique, fait des démarches pour que les pères récollets viennent ouvrir des missions en Nouvelle France pour évangéliser les Indigènes. Il retourne au Canada en 1615 avec les pères Jamet, Dolbeau, LeCaron, et Duplessis. Toujours dans le but de s'attacher les Sauvages, il les accompagne dans leur voyage de retour vers leurs foyers au lac Nipissing en remontant la rivière des Outaouais.

Il saisit l'occasion pour visiter les rives du lac des Hurons, puis voyageant toujours par canot dans de petits cours d'eau, aborde le lac Ontario. Il accompagne une troupe de Hurons qui veut guerroyer avec les Iroquois du lac Onontagué. L'attaque ne réussit pas, les armes à feu des Français n'épouvantent plus les Iroquois. Champlain, blessé, hiverne à Chouaguen sur la rive sud du lac Ontario, revient à Québec le printemps suivant, puis s'embarque pour la France. Avant de partir, il demande au jeune Etienne Brulé de rester chez les Hurons pour apprendre leur langue.



RICHELIEU

A Paris, Armand DuPlessis de Richelieu, évêque de Luçon, fait un discours marquant à la clôture des Etats Généraux. Concini en est assez impressionné qu'il lui confie le poste de secrétaire d'état. Peu après, la reine mère, toujours favorable à l'alliance espagnole, négocie le mariage de Louis XIII, âgé de quatorze ans, avec Anne dite d'Autriche, fille de Philippe III, roi d'Espagne. Ce ne sera pas un mariage d'amour.

Au Canada, Brulé, résident-étudiant chez les Hurons, s'engage dans un voyage d'explorations vers le sud. En partant de Chouaguen, il trouve une des sources de la rivière connue depuis comme la Susquehanna, la descend jusqu'à son embouchure dans la baie de Chesapeake, c'est à dire en pleine Virginie. Il ne parle pas d'avoir rencontré d'homme blanc. Il se peut qu'il soit le premier Européen à voir les chutes Niagara à son retour, mais n'a pas laissé de rapport écrit de son voyage.

A Paris, Richelieu entre au conseil, grâce à l'influence qu'il prend sur la reine-mère. Il s'occupe des affaires étrangères et de guerre.

En Amérique, en 1617, des Hollandais s'entendent avec des Indigènes (probablement des Shinnecock) pour ouvrir un poste de traite à la pointe de l'île de Manhatte (New-York).

En France, le prince Henri de Condé cherche à dominer le conseil et annonce qu'il veut prendre la place du roi. Concini est désemparé, mais Richelieu fait arrêter le prince.



CHUTE

Sur les entrefaites, le jeune roi tombe malade. Sa mère envisage froidement la possibilité de voir succéder son frère Gaston (son préféré) au trône. Louis XIII se remet, et subit encore des humiliations de Concini. Son familier et fauconnier Luynes propose la fuite, mais son capitaine de gardes propose plutôt l'assassinat de Concini, Louis ne dit pas non. Ce sera bientôt fait. Puis, il s'affirme, oblige sa mère à s'exiler à Blois, et Richelieu à son évêché. Ensuite il crée un nouveau conseil, que domine Luynes.

Champlain a perdu son vice-roi Condé qui est à la Bastille, mais s'embarque quand même pour le Canada accompagné de Louis Hébert qui a consenti à se faire colon. Champlain retourne en France à l'automne pour se trouver un nouveau protecteur qui remplacera Condé.



GUERRE EN ALLEMAGNE

Au printemps de 1618, à Prague, capitale de la Bohème, électorat de l'Empire, des partisans protestants expulsent par une fenêtre le représentant de l'empereur Mathias. Celui-ci envoie une armée bavaroise sous Tilly pour mettre ces rebelles au pas. D'autres principautés vont intervenir.

L'année suivante, en France, la reine-mère veut rentrer au conseil, et demande au roi d'obtenir le cardinalat pour Richelieu. Louis XIII refuse, mais accepte de libérer Condé.

Pontgravé fait seul le voyage au Canada cette fois, pendant que Champlain négocie avec le duc de Montmorency pour lui faire accepter la vice-royauté. Une fois cette affaire conclue, Champlain s'embarque pour le Canada avec son épouse, en 1620.

En Allemagne, Ferdinand de Habsbourg, archiduc d'Autriche, neveu et héritier de l'empereur Mathias qui vient de décéder, envahit le Palatinat protestant et y impose l'électeur de la Bavière comme monarque. Cette principauté ayant droit de vote, Ferdinand assure ainsi sa propre élection comme empereur du Saint-Empire romain germanique.



LA NOUVELLE-ANGLETERRE

Des Anglais créent la Compagnie de la Nouvelle-Angleterre, et le roi Jacques signe une charte leur concédant la moitié nord de la Virginie, en partant du quarantième parallèle, allant jusqu'au quarante-huitième, ce qui constitue une augmentation, allant jusqu'à la hauteur de Rivière du Loup. Il ignore encore une fois la concession que Henri IV avait accordé à de Monts en 1604, et la monarchie française n'est pas en mesure de faire valoir ses droits pour le moment.

Par cette charte, les Anglais annoncent leurs prétentions sur la colonie hollandaise du fleuve Hudson, et les colonies françaises de l'Acadie et du Canada.

Aussitôt, un groupe de dissidents puritains anglais réfugiés en Hollande s'embarque sur le "Mayflower" pour atterrir au cap Malabar qu'ils renomment cape Cod. C'est le début d'un mouvement d'immigration massif qui continue encore aujourd'hui.

En France, l'année 1621, le roi et son ministre Luynes, doivent combattre les protestants, soulevés après l'annexion du Béarn et la restauration de la religion catholique dans ce pays. Luynes réussit à prendre Saumur et Saint-Jean-d'Angely, mais échoue devant Montauban. Il abandonne le siège en novembre, pour se tourner contre Montheurt où il meurt de maladie. Louis XIII admet alors sa mère au conseil, ainsi que Condé, le cardinal de Retz, Jeannin, Puisieux, de Vic et Schomberg, mais pas Richelieu, dont il se méfie toujours.

C'est vers ce temps que William Alexander obtient du roi Jacques la concession de la péninsule Acadienne, qu'il renomme "Nouvelle-Ecosse", et s'installe à Port Royal avec

quelques colons. Les LaTour sont toujours au cap de Sable, où ils trafiquent des fourrures avec les Indigènes pour les revendre aux colons anglais du cap Cod.

En France, Louis XIII, cédant aux instances de sa mère, obtient le cardinalat pour Richelieu, mais refuse encore l'entrée de celui-ci au conseil. Le roi poursuit sa reconquête du Midi sur les protestants, réussit le siège de Montpellier et négocie une paix en octobre.

Les frères Emery et Guillaume de Caen, négociants de Rouen, achètent de de Monts ses parts dans la compagnie du Canada. Pendant ce temps Champlain, sur place, parvient à établir la paix entre les Iroquois et les autres nations indigènes en 1624. Il s'embarque ensuite pour la France pour voir aux affaires de la compagnie.



MINISTRE

Le premier janvier 1624, le roi nomme un nouveau conseil, en y admettant La Vieilleville, et c'est celui-ci qui fait entrer Richelieu le 29 avril en même temps que le roi nomme Sully. On s'aperçoit vite que ces deux têtes fortes ne peuvent travailler ensemble, et Sully cède sa place. Richelieu réussit à gagner la confiance du roi, en proposant une politique étrangère à peu près identique à celle d'Henri IV. Fort de cet appui, Richelieu se met promptement à la besogne. Avant la fin de l'année, le cardinal aura créé un conseil de la marine.

Des querelles entre associés lassent Montmorency qui vend ses parts de la compagnie de la Nouvelle-France au duc de Ventadour. Celui-ci, à l'instigation de son confesseur, le père Noyrot SJ, décide d'envoyer des pères jésuites en Nouvelle-France pour évangéliser les Indigènes. Ainsi s'embarquent, en 1625, les pères Lallemant, Brébeuf et Massé.

Le père Noyrot se rend lui-même au Canada l'année suivante et voit les protestants et catholiques se quereller jusqu'aux coups et l'effet déplorable sur les Indigènes que l'on cherche à convertir.

D'autre part, Champlain, au Canada lui aussi, doit diriger les travaux sur les fortifications, travaux qui importent peu aux marchands. En même temps, des Français établissent un poste de pêche à Plaisance, Terre-Neuve.

En France, les protestants, toujours remuants, et forts de la protection que leur procure l'édit de Nantes, appellent les Anglais à leur aide à la moindre contestation. Richelieu, voyant le danger d'invasion par mer, achète des vaisseaux chez ses amis Hollandais et ailleurs et se constitue une petite flotte de guerre. Le 18 mars 1627, Richelieu fait enregistrer au Parlement des lettres se nommant "grand maître et surintendant général de la navigation et du commerce de France". Il supprime la charge honoraire de l'amirauté.



LA COMPAGNIE

Le 29 avril, Richelieu rédige la charte de la Compagnie des Cent-Associés, pour développer la Nouvelle-France, à laquelle participent vingt marchands de Rouen et de Dieppe, environ 35 fonctionnaires, puis des notaires et ecclésiastiques capables de souscrire 3000 livres. Le 29 juin, Richelieu rachète la vice-royauté de la Nouvelle France du duc de Ventadour.



SIÈGE DE LA ROCHELLE

La ville de La Rochelle, un des principaux centres protestants précisés dans l'édit de Nantes se révolte contre le roi et obtient le soutien de l'Angleterre. Les Anglais sous Buckingham bloquent l'île de Ré le 20 juillet 1627. Richelieu les repousse avec sa nouvelle marine, et coupe l'accès au port de La Rochelle en érigeant une barrière flottante de 1500 mètres de longueur. Ensuite, avec le duc d'Angoulème, le maréchal Bassompierre et le maréchal de Schomberg, il commence le siège de la ville à la mi-octobre.

En janvier 1628, la Compagnie des Cent-Associés se réunit pour recevoir du roi le monopole de la traite de fourrures à perpétuité en Nouvelle-France, et les autres commerces jusqu'en 1643. Elle s'engage à installer quatre mille colons pendant ce temps, pour faire la réplique aux Anglais, qui en comptent déjà plusieurs milliers sur les côtes de la Virginie et du Massachussetts. A la suggestion du père Noyrot, Richelieu décrète qu'aucun protestant ne pourra résider au Canada. La compagnie arme aussitôt une flottille pour transporter quatre cents colons en plus du ravitaillement pour Champlain. Roquemont, un des associés, prend le commandement du convoi. Le père Noyrot affrète un navire, avec lequel il rallie le convoi.



LES KIRKE

Cependant, l'état de guerre larvée avec l'Angleterre autorise un flibustier de ce pays, David Kirke à intercepter le convoi avec une puissante escadre. Roquemont accepte le combat et succombe le 18 juillet 1628, seul Noyrot parvient à s'échapper pour retourner en France. De Tadoussac, Kirke envoie un courrier à Champlain pour le sommer de se rendre. Ce dernier juge que la sommation vient d'un peu loin, et décide d'attendre que l'adversaire s'approche avant de décider.

En France, le comte de Lindsay conduit une flotte de 140 navires anglais pour secourir la ville de La Rochelle, mais les troupes du roi repoussent les Anglais débarqués le 28 septembre. Le 29 octobre, le maire Guiton, ses concitoyens épuisés par la famine, accepte les conditions de capitulation. La flotte anglaise se retire le 11 novembre.

Le 13 janvier suivant, Richelieu propose au roi un programme: détruire la puissance militaire du parti huguenot, fortifier le royaume, appuyer les Catalans, les Portugais, et les Hollandais en révolte contre l'Espagne, développer la marine, puis étendre les frontières de la France au Rhin, les Alpes et les Pyrénées. C'est le retour définitif à la politique de Henri IV, et que désire ardemment le roi. Celui-ci approuve ce programme et réitère sa confiance au ministre.

A la fin de février, Louis XIII, poursuivant la lutte contre les Espagnols, conduit une armée de trente cinq mille hommes vers l'Italie, franchit les Alpes au mont Saint-Genèvre, prend le Pas de Suze et le fort Gélase d'assaut et ravitaille Casal assiégé. Gonzague signe, au nom de la France, un traité d'alliance avec la Savoie, Venise et Mantou contre l'Espagne. Le 24 avril 1629, Louis XIII signe avec un représentant de l'Angleterre le traité de Suse par lequel cette dernière rend le Canada et l'Acadie.

Avant que cette nouvelle soit connue en Angleterre, les frères Kirke ont de nouveau fait voile pour le Canada et arrivent devant Québec le 19 juillet 1629. Le 25, de Caen se fait capturer à la Malbaie et, le 29, Champlain et Pontgravé, réduits à la dernière extrémité, sont contraints de se rendre. Les Kirke les font embarquer, ainsi que des employés de la compagnie qui s'y trouvent, et les pères jésuites, pour les conduire en Angleterre. Cependant, les Brulé, Couillard, Godefroy, Hébert, Hertel, Jolliet, Marguerie, Marsolet, Martin, Nicollet, et LaTour en Acadie maintiennent une présence française plus ou moins à l'écart des Anglais.

En même temps, quelque mille immigrants anglais arrivent en Amérique pour fonder la ville de Boston.

En Acadie, le lord Ochiltrie apporte des provisions à Alexander à Port-Royal, puis s'installe au Cap Breton avec quelques colons écossais.

La compagnie prépare un armement pour reprendre Québec sous la direction du capitaine Daniel. Arrivé dans le golfe, celui-ci estime la saison trop avancée pour s'aventurer dans le fleuve, alors il attaque le poste écossais du Cap Breton, expulse les occupants et s'installe à leur place.

Champlain, libéré en Angleterre, multiplie les démarches auprès de l'ambassadeur français pour la restitution du Canada, démarches qu'il continue une fois rendu en France.

Pendant ce temps, le roi Louis XIII et Richelieu sont en guerre contre les huguenots, qu'appuient les Espagnols . Le 20 août 1629, Richelieu prend la ville huguenote de Montauban après un siège, et proclame l'édit de Grace, par lequel les protestants conservent la liberté de conscience, mais perdent le droit aux fortifications. Le duc de Rohan, un puissant chef protestant, se soumet.

Richelieu tombe malade en Italie, et son adjoint Mazarin réussit à négocier une trêve avec les Espagnols. De retour à Paris, Richelieu perd toutes ses charges auprès de Marie de



Médicis, révoltée de le voir réaliser une politique totalement opposée à la sienne. Elle veut le faire remplacer au ministère par Marillac.

Richelieu pense que c'est la fin de sa carrièrre, mais peu après, le roi le rejoint et le confirme dans son ministère et sa confiance, la reine-mère se fait encore écarter du pouvoir (journée des dupes), et Marillac passe au bûcher.

En 1631, Richelieu désigne Charles LaTour lieutenant-général de l'Acadie, vu qu'il y a maintenu la présence française pendant l'interrègne. En même temps Charles I, roi d'Angleterre accorde le titre de gouverneur de la Nouvelle-Ecosse à William Alexander, qui réside toujours à Port-Royal entouré de ses colons. La géographie de l'Amérique étant peu connue à cette époque on pouvait ignorer que l'Acadie et la Nouvelle-Ecosse étaient deux noms pour désigner le même pays.

A Québec, Les frères Kirke cherchent à rétablir le commerce des fourrures, mais ce sont les Hollandais du haut du fleuve Hudson qui voient les fourrures des Indigènes passer chez eux.

La guerre continue en Allemagne: l'empereur prend le dessus sur les princes protestants. Richelieu, redoutant cette puissance accrue du rival, entraîne Gustave-Adolphe, roi protestant de la Suède à s'y opposer. Celui-ci conduit son armée à travers l'Allemagne pour vaincre les Impériaux à Lutzen en Saxe en 1632, mais y perd la vie.



RESTITUTION

Champlain parvient enfin à intéresser Richelieu au Canada. Celui-ci négocie alors avec l'Angleterre, et signe le traité de Saint-Germain en Laye cette même année. Par ce traité, le roi Charles cède définitivement le Canada et l'Acadie à la France, et l'on établit la limite entre les colonies françaises et anglaises au quarante-quatrième parallèle au bord de la mer, c'est à dire, au fleuve Kenebec. C'est encore quatre degrés en retrait de la concession de Henri IV en 1603. Richelieu promet une compensation aux frères Kirke pour renoncer à leur conquête.

En même temps, le cardinal nomme le commandant Isaac de Razilly lieutenant-général de l'Acadie, oubliant que LaTour porte déjà ce titre. Razilly vient aussitôt s'installer avec d'Aunay, Denys et une vingtaine de colons à LaHève, sur la rive sud de la péninsule.

Emery de Caen fait le voyage à Québec en 1632 pour récupérer le Canada et rétablir son commerce de fourrures. Il amène les jésuites Brébeuf et Lalement.

Champlain reçoit de Richelieu le titre de Lieutenant général de la Nouvelle-France et débarque à Québec avec les jésuites Le Jeune et Massé, le printemps suivant. Il trouve les bâtiments ruinés, et doit s'occuper de reconstruction.



DES COLONS

En 1634, Robert Giffard amène un groupe de colons, dont les Boucher, Bourdon, Guyon et Juchereau. Champlain, voulant en savoir davantage sur les routes vers l'Orient, délègue Jean Nicollet pour les explorer. Celui-ci remonte la rivière des Outaouais, traverse le lac Nipissing, puis la rive nord du lac des Hurons, où il identifie la tribu des Ouinipegons. Plus loin, il explore le Sault Ste.Marie puis aperçoit le lac Supérieur avant de retourner.

En même temps, Laviolette érige un poste aux Trois-Rivières, qu'avait longtemps promis Champlain aux Indigènes pour faciliter la traite. Jacques Hertel y est déja installé.

Les Anglais continuent nombreux à immigrer vers leurs colonies d'Amérique, à tel point que le roi Charles, craignant le dépeuplement de son pays, empêche le départ d'un navire. Il arrive que ce navire a à son bord un nommé Oliver Cromwell.

En Allemagne, l'empereur et ses alliés Bavarois défont les Suédois à Nordlingen; ces dernier se retirent alors vers Francfort.



L'ACADIE

En Acadie, Razilly envoie d'Aunay expulser Alexander de Port Royal, ce qu'il réussit. Le lieutenant-général meurt en novembre 1635, en nommant d'Aunay son successeur. Charles de LaTour lui conteste alors ce titre que lui aussi a reçu de Richelieu. D'Aunay recrute des colons et les installe à Port Royal, endroit plus favorable pour l'agriculture que LaHeve. LaTour continue son commerce de fourrures avec Boston.

Champlain décède à son tour en décembre, après avoir passé trente deux ans à la création de la Nouvelle-France. La compagnie avait déja nommé Charles Huault de Montmagny pour le remplacer.



LES JESUITES

En 1635 il n'y a pas moins de quinze pères jésuites au Canada, pour répandre la parole de l'évangile aux Indigènes. A une époque où les Espagnols tiennent des procès d'inquisition et passent aux armes les Autochtones qui hésitent à embrasser le catholicisme, les Jésuites français apprennent leurs langues, s'en vont vivre chez eux, sans escorte, et cherchent à les convertir par de simples paroles. Ceux qui travaillent parmi les Algonquins nomades doivent les suivre dans leurs randonnées de chasse, et vivre dans les mêmes conditions primitives que leurs ouailles. Les missionnaires se gardent bien de déplaire,



LA GUERRE

Louis XIII et Richelieu refont en 1635 l'alliance avec les Suédois, la Hollande, la Savoie la Catalogne et déclarent la guerre à l'Espagne de Philippe IV, qui de son côté a soudoyé les rebelles huguenots en France. L'année suivante l'empereur déclare la guerre à la France. La cour oublie forcément le Canada pendant ce temps.



LA SUCCESSION

En France, puisque Louis XIII n'a pas de fils, son frère Gaston, duc d'Orléans, est héritier. Une nuit, à Paris, le roi, voulant prendre la route vers son propre palais, se trouve en face du palais de la reine Anne d'Autriche lorsqu'un orage rend la route impraticable. Il est contraint à y coucher. Il en résulte, neuf mois plus tard, la naissance inespéré d'un robuste garçon qu'on nomme Louis Dieudonné, le futur Louis XIV.



DÉBUTS DE MONTREAL

Vu l'état de guerre, des particuliers qu' ont sensibilisé les relations des Jésuites, vont s'occuper de la colonisation à la place du roi. A Paris, en 1639, Jérome LeRoyer de La Dauversière et l'abbé Jean-Jacques Olier fondent la société Notre-Dame de Montréal, dans le but de participer à l'évangélisation des indigènes du Canada. Les membres comprennent Angélique de Bullion, le baron de Fancamp, Paul

Chomedy de Maisonneuve, Jeanne Mance et vingt sept autres souscripteurs. La société obtient de la compagnie des Cent-Associés la concession d'une partie de l'île de Montréal, dans le but d'y établir une mission. La compagnie se réserve la partie ouest de l'île, là où la Grande Rivière (l'Outaouais) débouche dans le lac Saint-Louis, endroit stratégique pour le commerce des fourrures.

En Europe, Louis XIII et Richelieu réussissent en 1640 le siège d'Arras aux Pays Bas espagnols où, dit-on , se distingue Cyrano de Bergerac. Ce succès donne à la France l'Artois, pays contesté depuis longtemps. En Italie, le comte d'Harcourt déloge les Impériaux de la ville de Turin et y laisse une garnison.

La même année, le Portugal, grâce à l'appui de la France, parvient à se séparer de l'Espagne et choisit le duc de Bragance comme roi sous le nom de Jean II.

En Angleterre, des protestants, qui se disent aussi puritains, se soulèvent sous la direction de Cromwell, et combattent le roi Charles I, qui de son côté, a l'appui des nobles et des catholiques.

Arrivé à Québec l'automne précédent, Maisonneuve fonde le poste de Ville-Marie le 18 mai 1642, avec une centaine de colons. Le gouverneur Montmagny y assiste après avoir essayé de convaincre Maisonneuve de s'établir à Québec, colonie encore faible. Ville-Marie est appelée à être un centre d'évangélisation et n'a aucun objectif économique outre l'agriculture: on renonce au commerce des

fourrures. L'hôpital qu'ouvre Jeanne Mance l'année suivante doit servir les milliers d'autochtones et pas seulement la poignée de Français.



La colonisation en Nouvelle-France n'est pas une invasion: elle ne compte que cinq cents personnes partagées entre Québec, Trois-Rivières, Montréal et l'Acadie, à comparer aux vingt mille Anglais déjà établis dans leurs colonies au Massachussetts, puis autant en Virginie..



AMBITIONS IROQUOISES

De leur côté, depuis qu'ils ont refoulé les Mahicans vers l'est, les Agniers sont devenus les voisins des Hollandais établis le long du fleuve Hudson, de qui ils achètent des armes à feu. Ils ont imaginé un plan pour dominer les autres nations indigènes grâce à ces armements européens. Ils se trouvent donc en conflit avec les Français qui cherchent l'amitié de tous les nations indigènes. La faiblesse manifeste de la colonie française encourage les Iroquois à tenter de la détruire.

Les hostilités commencent au début d'août à qui s'appelera Sorel: un groupe l'd'Agniers capture le père Jogues, Guillaume Couture, René Goupil et trente Hurons qu'ils conduisent au lac Saint-Sacrement. Là commencent les tortures. Après avoir fait mourir Goupil, ils changent d'avis et décident de conserver les autres comme otages.l'endroit

Le gouverneur Montmagny, mis au courant de cette attaque, se rend à Sorel avec une troupe pour y construire un fortin. Les Agniers viennent attaquer les ouvriers, qui les repoussent. Le Hollandais Van Corlaer apprend la présence des captifs et parvient à délivrer Couture et le père Jogues en payant rançon.

A Cologne Marie de Médicis, mère du roi et toujours en exil, décède. Peu après avoir fait occuper le Roussillon, c'est au tour de Richelieu de mourir le 4 décembre 1642. Le roi, de santé fragile, les suit au tombeau au mois de mars suivant après avoir désigné régent son frère Gaston. Les Espagnols, voulant profiter du désarroi causé par ces décès, font le siège de la place forte de Rocroi en Flandres. Le jeune prince de Condé, fils de l'ancien vice-roi du Canada, les défait et les disperse.



LA RÉGENCE

Le nouveau roi, Louis XIV, n'a que cinq ans, et sa mère Anne d'Autriche enlève, avec l'appui de Jules Mazarin, l'ancien adjoint de Richelieu, la régence à Gaston. Mazarin devient ministre, en maintenant la politique de Louis XIII. Gaston se rallie les princes et les parlementaires pour le contester.

En Allemagne, à l'instigation de Mazarin, une armée suédoise envahit la Bohème, traverse la Moravie et menace la ville de Vienne. Elle se retire ensuite en Saxe.

En Angleterre, Cromwell recrute mille hommes pour combattre par les armes le parti du roi Charles.

Louis d'Ailleboust, sa famille et un groupe de colons arrivent de France pour s'installer à Ville-Marie, au cours de l'été de 1643. Les Agniers multiplient les agressions contre la nouvelle colonie en tuant les colons Boëte, Boissier et LaForest. Le 30 mars suivant a lieu le combat de la place d'armes, où Maisonneuve lui-même échange des coups de feu avec les Agniers.

En Europe, mois de mai 1644, se réunissent, à Westphalie, les délégués des pays en guerre pour négocier un traité de paix. Un représentant du pape assiste, mais c'est l'envoyé de Mazarin, le duc de Longueville qui préside.

Les marchands du Canada se groupent en société en 1645 pour constituer la compagnie des habitants qui prend en main le commerce des fourrures, une concession de la part de la compagnie des cent associés qui n'y trouve plus son profit. Les Agniers font un geste pour la paix cette année, en libérant des prisonniers, et leurs sachems ratifient la paix en septembre avec les Français, les Hurons, les Algonquins et les Montagnais.

C'est autrement en Europe, où les négociations de paix n'empêchent pas la guerre de continuer. Le 3 août, Condé, Grammont et Turenne défont les Impériaux sous Glen et Mercy à Alerheim, en Bavière, pendant que le Suédois Wrangel traverse de nouveau l'Allemagne, la Bohème et la Moravie et fait sa jonction avec les Français.

En Espagne, le comte d'Harcourt, poursuivant la politique française d'appui aux séparatistes Catalans, et réussit la prise de Barcelone.

Au Canada, en 1646, le père Jogues et son compagnon Lalande, en route vers la mission des Agniers, se font capturer par quelques guerriers, qui les accusent de sorcellerie malicieuse, les torturent jusqu'à la mort.



LA HOLLANDE

En Europe, en janvier 1648, les Espagnols accordent formellement l'indépendance aux Sept-Provinces hollandaises, qui se voient reconnaître par un traité signé à la Haye, la possession des anciennes colonies portugaises d'Indonésie, et le Surinam en Amérique du Sud.

En Amérique, les Iroquois rompent la paix en s'attaquant aux Hurons christianisés habitant les rives du lac des Hurons au sud de la baie Georgienne.. Au cours de l'année 1648, ils détruisent la mission de Saint Joseph et tuent sept cents personnes dont le père Antoine Daniel.

La compagnie rappèle Montmagny après une administration exceptionnellement prolongée de 13 ans, et . nomme un résident, Louis d'Ailleboust, sieur de Coulonge, gouverneur de la Nouvelle-France. En même temps la compagnie crée un conseil souverain pour administrer la justice.

Vers ce temps, les Hollandais d'Orange (Albany,N.Y.), abandonnent les restrictions nominales à la vente d'armes à feu aux Iroquois, devant la compétition anglaise et l'insistance des Iroquois pour les acheter.



TRAITE DE WESTPHALIE

En Europe, la victoire de Condé à Lens le 20 août 1648 contraint l'Empereur Ferdinand III de signer le traité de Westphalie avec la France et une foule de princes allemands qui s'assurent leur souveraineté. Par ce traité, la France reçoit les Trois-Evêchés de Lorraine,(Metz, Toul et Verdun), le Landraviat de la Haute-Alsace, la préfecture de la Décapole (dix villes d'Alsace, soulignées dans la carte), le baillage de Haguenau et des droits féodaux sur de nombreux territoires de la Basse-Alsace. Tout ces territoires sont détachés de l'Empire pour empêcher la France de siéger à la Diète de Francfort pour l'élection de l'empereur. En plus, la France annexe Neuf-Brisach en Alsace, Philippsburg en Rhénanie et conserve Pignerol (Pinerolo, Italie).

De son côté, la Suède obtient la Poméranie occidentale, Wismar, Brême et Verden ce qui lui vaut le titre d'électeur à Francfort.

Le Brandenbourg reçoit la Pomeranie orientale, les évêchés de Kamien, de Minden et d'Halberstadt tout près de la Hollande.

La Bavière annexe le Haut-Palatinat, et la France se porte garante de l'autonomie de trois cents cinquante princes allemands face à l'empereur. La puissance de l'Empire repose dorénavant presque uniquement sur les terres hériditaires des Habsbourg, soit l'Autriche, la

Bohème, la Moravie, la Hongrie, la Silésie et les terres slaves qu'il peut s'acquérir au dépens de l'empire Ottoman. L'état de guerre persiste entre la France et l'Espagne.



LA FRONDE

Pendant que Mazarin négocie ce traité aussi vital pour les intérêts de la France, il doit se défendre contre Gaston, les autres princes, les parlementaires et la population. Les troubles deviennent tels que la reine-mère, le roi et Mazarin quittent Paris et s'installent à Saint-Germain-en-Laye. On a peu de loisir pour s'occuper de l'Amérique.



ANGLETERRE

L'Angleterre connaît aussi une guerre civile. Cromwell, triomphant prend le pouvoir et fait décapiter le roi Charles en janvier 1649. Le fils ainé de ce dernier, Charles II, se réfugie en Hollande, tandis que son frère, Jacques opte pour la France. Les Irlandais se soulèvent contre Cromwell, qui les pacifie après avoir réussi les sièges de Drogheda et Wexford.

En Amérique, mille Iroquois envahissent l'Huronie, attaquent la mission de Saint-Ignace, où ils font un massacre général. A Saint-Louis, quelque quatre-vingt guerriers hurons défendent la mission pendant que femmes et enfants fuient à Sainte-Marie. Les Iroquois parviennent à renverser les défenses de Saint-Louis et torturent les pères Brébeuf et Gabriel Lallemant jusqu'à la mort. Les Hurons de Sainte-Marie de leur côté réussissent à repousser l'adversaire.

En Acadie, d'Aunay meurt accidentellement en 1650; LaTour et le créancier LeBorgne viennent disputer la succession. Le recrutement de colons cesse, dorénavant la population acadienne s'accroîtra uniquement par l'excédent des naissances en partant des quelque quatre cents colons que Razilly et d'Aunay ont recruté

En 1651, la compagnie des Cent-Associés nomme un de ses actionnaires, Jean de Lauzon, gouverneur de la Nouvelle-France en remplacement de d'Ailleboust.

Aux Trois-Rivières, des Agniers tuent deux Français, et amènent prisonnier le jeune Radisson, âgé de douze ans, pour torturer à loisir chez eux. Là, un des sachem décide de l'adopter. L'enfant apprendra la langue iroquoise.

L'année suivante, les Agniers retournent aux Trois-Rivières. Le commandant Guillaume Guillemot dit. Duplessis, accompagné de quinze hommes les attaque. Guillemot et huit hommes sont tués, et les autres dont Jean Veron, beau fère de Radisson, se font conduire prisonniers dans les bourgades agnières où ils meurent au poteau. En 1653, les Agniers enlèvent le père Poncet. Ils commencent à le torturer, lorsqu'une vieille Agnière décide de l'adopter. Le prêtre y rencontre Radisson qui joue avec les autres enfants. Après quelque temps, elle le libère et le père retourne au Canada avec une délégation d'Agniers qui veulent négocier une paix.

Maisonneuve fait un voyage en France, et, avec l'accord de la donatrice, utilise des fonds destinés à la construction de l'Hôtel-Dieu, pour recruter une centaine de colons pour renforcer le poste de Ville-Marie, qui risque de succomber aux mains des Iroquois.

En 1654, la Hollande fait la guerre à l'Angleterre, à propos de l'Acte de Navigation que Cromwell a promulgué, et qui interdit ses ports aux navires étrangers. Le Bostonnais Robert Sedgewick profite de cette circonstance pour organiser une expédition contre Manhatte. Il apprend que la paix est faite au moment qu'il allait lever l'ancre.



L'ACADIE

Il change alors d'objectif, et va attaquer Port-Royal, sans qu'il existe de guerre avec la France. LaTour et le créancier LeBorgne, qui se disputaient la succession d'Aulnay, n'essayent pas de défendre la place, que les Bostonnais occupent, et amènent les deux rivaux prisonniers à Boston.

Au Canada, Chouart Des Groseillers, habitant de Trois-Rivières, accompagne un groupe d'Outaouais qui retournent chez eux aux Grands Lacs. Ils prennent la route que Champlain et Nicollet avaient déjà parcouru, jusqu'à Michilimakinac. De là Des Groseillers descend la longueur du lac des Hurons, passe le détroit qui porte aujourd'hui ce nom, puis, en parcourant quelques cours d'eau et portages, parvient au Lac Michigan, dont il fait la longueur vers le nord, pour se retrouver à Michilimakinac. Il revient à Ville-Marie par la rivière des Outaouais.

Vers ce temps arrivent les premiers prêtres de Saint-Sulpice à Montréal. Ils aspirent à ériger l'évêché de la Nouvelle-France.

En même temps, les Onnontagués (Iroquois), après avoir conquis et assimilé les Eriés, proposent la paix aux Français et demandent un missionnaire. Le père Simon LeMoyne S.J. accepte d'aller voir, fait un rapport favorable au gouverneur Lauzon, puis les pères Dablon et Chaumonot avec quelques colons s'installent près du village Onnontagué de Gannentaha. En 1657, un nouveau groupe comprenant le commandant Zacharie Dupuis, les pères Ragueneau et Duperon, le jeune Radisson et d'autres vont les rejoindre.

La même année, la compagnie nomme le vicomte Voyer d'Argenson en remplacement de Lauzon qui retourne aussitôt en France. Mais le vicomte est retardé d'un an et d'Ailleboust fait l'intérim. En 1658, les Français à Gannentaha estiment que les Onnontagués complotent contre eux, et Radisson imagine une ruse qui leur permet de s'échapper.

L'année suivante, LeBorgne de Belle-Isle s'empare de LaHève en Acadie, et s'y installe. Mais Temple, gouverneur anglais l'attaque en novembre et le fait prisonnier.

TRAITÉ DES PYRÉNÉES

En Europe, en 1659, Mazarin négocie le traité des Pyrénées avec l'Espagne, ce qui met fin à la guerre commencée en 1635. Par ce traité, le roi Louis XIV épouse Marie-Thérèse, fille du roi Philippe IV, et celui-ci concède la possession française du Roussillon et de l'Artois que Charles VII avait cédé cent soixante ans auparavant. La France conserve les villes flamandes d'Avesnes, Bourbourg, Gravelines, Landrecies, LeQesnoy, Marienbourg, Montmédy, Philippeville, Saint-Venant et Thionville. L'Espagne doit rendre le duché de Lorraine à son duc Charles IV.

En Angleterre, Cromwell décède, et son fils Richard lui succède. Mais les Anglais ne veulent plus du régime puritain. Alors Charles II rentre de la Hollande et se fait joyeusement accueillir comme roi.

En Amérique, cette même année, les Agniers promettent la paix et obtiennent du gouverneur d'Argenson l'élargissement de leurs compatriotes prisonniers.

L'abbé de Queylus, sulpicien, installé à Ville-Marie, se voit frustré de sa visée à l'épiscopat, lorsque le roi (toujours sous l'influence de Mazarin) fait nommer François de Laval vicaire général par le pape Alexandre VII. Mgr.de Laval grâce a l'appui des jésuites, reçoit le titre d'évêque in partibus de Pétrée.

Le baron de Fancamp obtient de la compagnie des Cent-Associés la concession de la partie ouest de l'île de Montréal pour la Société Notre-Dame de Montréal qui détient alors l'île toute entière.

En juin 1659, Des Groseillers, et son jeune beau-frère Radisson, s'engagent dans une expédition exploratoire et commerciale chez les sauvages de l'Ouest, en faisant fi de l'interdiction du gouverneur. Ils passent par Michilimakinac puis traversent le lac Supérieur, hivernent à la baie de Chéquamegon. Ils sont les premiers Européens à connaître les Sioux. Ils transigent des fourrures avec les Cris, et réunissent un immense convoi qui prend le chemin de Montréal.

A Ville-Marie, qui a trouvée une vocation commerciale, on attend avec impatience les convois qui arrivent habituellement au printemps, apport important à l'économie. Puis on apprend que les Iroquois rôdent dans la vallée de l'Outaouais. Il y a grand danger que les convois se fassent intercepter par ces Iroquois qui écouleraient immanquablement les fourrures à Orange.

Le jeune Adam Dollard se propose d'aller au devant des convois pour les protéger. Il recrute facilement seize volontaires et le petit groupe, accompagnés de quelque quarante cinq Algonquins et Hurons remontent aussitôt la rivière des Outaouais. Une troupe de deux cents Onnontagués les découvre dans un fortin délâbré où ils passaient la nuit. Les Français et leurs amis se défendent, et les agresseurs appellent à l'aide. Pas moins de cinq cents Agniers se joignent à eux sept jours plus tard. La plupart des Hurons désertent, et les quelques défenseurs qui restent, continuent à repousser les Iroquois pendant encore trois jours, avant que ceux-ci parviennent à pénétrer dans le fortin et enlèvent les six survivants. Les Iroquois, satisfaits, rentrent chez eux avec leurs prisonniers blessés qu'ils destinent au poteau de torture.

Au mois d'août, le convoi de Des Groseillers et Radisson descend la rivière des Outaouais sans encombre et c'est la fête à Ville-Marie, après le deuil pour les dix-sept qui s'étaient sacrifiés. Mais le gouverneur d'Argenson fait emprisonner Des Groseillers, pour avoir passé outre à son interdiction et confisque ses fourrures. Relâché peu après, celui-ci cherche satisfaction en France, mais n'obtient rien.

L'année suivante, le baron Pierre d'Avaugour devient le dernier gouverneur que nomme la compagnie. Il est impuissant devant les attaques renouvelées des Iroquois. Ceux-ci s'en prennent à un convoi de trente sauvages que dirige Jacques Godefroy Un sauvage seul s'échappera. Dans le voisinage immédiat de Ville-Marie, près de quatre-vingt français se font tuer, dont le sénéchal Jean de Lauzon, le père LeMaistre, le père Vignal, les sieurs Brigeart, Moyen et LeBer duChesne. On songe à abandonner le Canada.







LE RÉGIME ROYAL

Mazarin décède en 1661 après avoir bien initié aux affaires d'état le jeune Louis XIV. Celui-ci assume le gouvernement en abolissant le poste de ministre; quelques secrétaires d'état s'occuperont du détail, mais le roi veut être le seul chef d'état. Il désigne Jean-Baptiste Colbert ancien régisseur de Mazarin, secrétaire aux finances en remplacement de Fouquet. LeTellier de Chaville continue de s'occuper des affaires militaires, et Hugues de Lionne des affaires étrangères.

L'année suivante, prenant connaissance des doléances du Canada, le roi y envoie une centaine de soldats, dont trente descendent à Terre-Neuve avec le gouverneur DuPerron pour s'installer dans le havre de Plaisance, endroit que fréquentent déjà des pêcheurs français.

En mars, 1663, la Compagnie des Cent Associés, qui a continué l'oeuvre pendant 22 ans après le décès de Richelieu, leur âme dirigeante, se dissout, et rend sa charte au roi. Quoiqu'elle n'avait pas atteint l'objectif de 4000 colons en 1643, un recensement en 1663 donne 2500 habitants établis entre Tadoussac et Montréal, résultat honête à la lumière des guerres qui ont sévi. Louis XIV en fait son affaire en nommant, avec l'accord de Monseigneur Laval, Augustin de Saffray, seigneur de Mezy, gouverneur de la Nouvelle-France.

Presque le même jour, les sociétaires survivants et vieillis de la Société Notre-Dame de Montréal se sentant incapables de continuer, transmettent leurs droits et responsabilités au séminaire de Saint-Sulpice à Paris, également oeuvre de monsieur Olier. On renouvelle le mandat de Maisonneuve.

En même temps, au Canada, Garakonthié, chef onnontagué, envoie une délégation avec quatre captifs français à Ville-Marie pour demander la libération des siens qui se trouvent en prison. Il demande aussi un missionnaire, et le père LeMoyne prend de nouveau le chemin de Ganentaha avec les délégués et les sauvages libérés.

Ensuite, Garakonthié relâche vingt autres Français, dont François Hertel. De leur côté, les Agniers continuent leurs agressions aux alentours de Ville-Marie, où Lambert Closse, capitaine des milices, perd la vie.



DES GROSEILLERS

Encore cette année, Des Groseillers a conçu le plan d'exploiter les fourrures venant du Nord-Ouest, en passant par la baie d'Hudson, dont il a entendu parler chez les Cris du nord du lac Supérieur. Il suppute que le transport par mer sera plus économique que le long trajet par les Grands-Lacs, l'Outaouais et le fleuve. En plus, il pense se soustraire au quart qu'exige le fermier général sur les exportations de la Nouvelle-France. Accompagné du jeune Radisson, il va se chercher des associés à Boston en 1662.

Un armateur, Zachary Gillam de cette ville accepte de fournir le transport et les deux Français e rendent avec lui jusqu'à l'entrée du détroit d'Hudson, où un champ de glaces flottantes les oblige à rebrousser chemin.

Pendant ce temps, Guillaume Couture, La Chesnaye et Langlois font un voyage d'exploration par le lac Saint-Jean, la rivièrare Chamouchouane, le lac Mistassini, la rivière que d'autres appelleront Rupert, pour s'arrêter au lac Nemiscau, à seulement 30 lieues de la baie James.

De retour à Boston, DesGroseillers et Radisson rencontrent par hasard George Cartwright, commissaire du roi Charles, , qui les persuade d'aller à Londres pour chercher des commanditaires. Cartwright a pour première mission de préparer une attaque sur le poste hollandais de Manhatte. Cet établissement sépare effectivement la Nouvelle-Angleterre centrée sur Boston, de la Virginie.

En effet, l'Angleterre est en guerre avec la Hollande, et Jacques, duc de York, frère du roi Charles, et amiral de la flotte, envoie le colonel Nichols réaliser l'attaque de Manhatte. Nichols obtient la reddition de Stuyvesant, commandant hollandais, sans combat, et renomme sa conquête New York. Le poste d'Orange devient Albany. Ainsi se trouvent reliés les colonies du Massachussetts et de la Virginie, pour faire un établissement anglais continu entre l'Acadie et la Floride. Cette acquisition aura des conséquences pour les colonies françaises.

Le père Ragueneau, rentré en France en 1663, avertit Colbert que DesGroseillers est à Boston, et que ses démarches n'augurent rien de bon pour la France.







REDRESSEMENT MILITAIRE

En même temps, le roi Louis XIV nomme Alexandre de Prouville, marquis de Tracy, vice-roi de l'Amérique française, et le charge de visiter et de renforcer toutes les colonies. Tracy reprend Cayenne aux Hollandais, rétablit l'ordre français aux Antilles l'année suivante, puis arrive à Québec en juin 1665, en même temps que débarquent des éléments du régiment de Carignan. Le roi nomme gouverneur, Daniel de Rémy, sieur de Courcelles pour remplacer de Mézy décédé , et qui arrive la même année avec six cents colons.

Courcelles étant un militaire; Colbert cré le poste d'intendant et y nomme Jean Talon pour s'occuper de l'économie et de la justice.

A Londres, Cartwright ménage une rencontre de DesGroseillers et Radisson avec le prince Robert Rupert, comte palatin et cousin du roi Charles. On envisage une société ayant pour objectifs de chercher un passage navigable par le nord vers l'Asie, et principalement faire le commerce des fourrures dans la baie d'Hudson, mais il faut attendre la paix avec la Hollande avant d'entreprendre quoique ce soit.

Au Canada, le commandant de Salières, conduit un détachement du régiment de Carignan sur la rivière Richelieu, y fait construire des forts à Sorel, à Chambly (Saint-Louis), et à l'île Sainte-Thérèse, ces deux derniers étant des abords de portage.

Au lac Ontario, les Tsonnontouans et les Onnontagués, sous l'influence de Garakonthié, réitèrent leur désir de paix avec les Français et libèrent Charles Le Moyne, captif depuis deux ou trois ans.

Au début de l'hiver, Courcelles décide d'attaquer les Agniers, qui ne montrent aucune disposition pour la paix. Il réunit une troupe de cinq cents miliciens, habitués à la petite guerre contre les Sauvages, et remonte le Richelieu. Parmi ses officiers se trouvent: René Chartier de Lotbinière, Joseph Giffard, Pierre Le Gardeur de Repentigny, Charles LeMoyne, Michel Le Neuf de LaVallière, Nicolas Juchereau de Saint-Denis et René Robineau de Bécancourt. Les guides algonquins ayant faussé compagnie, la troupe dévie de la route prévue, et se trouve tout près du poste hollandais de Corlaer (Schenectady, N.Y.) lorsqu'elle tombe dans une embuscade agnière. Après s'être dégagés des Agniers, les Français obtiennent des provisions des Hollandais accueillants. Au retour, le capitaine LaMotte reste sur l'île dans le lac Champlain qui portera son nom, et y érige un fort.

Au cours de l'été qui suit, les cinq cantons Iroquois envoient des délégués à Québec, mais les Agniers refusent encore la conciliation, se moquant de l'expédition d'hiver de Courcelles. Tracy décide alors d'une nouvelle campagne contre eux. Il réunit une armée de mille sept cents soldats et miliciens, puis, avec de meilleurs guides, il la conduit lui-même vers le canton agnier.

Les Français trouvent et détruisent les quatre bourgades au sud du lac Saint-Sacrement, dont les défenseurs ont fui. C'est la perte de leurs magasins de maïs qui leur est le plus sensible, les obligeant à se disperser dans les cantons voisins pour se ravitailler l'hiver suivant. Tracy fait, en bonne et due forme, acte de possession du pays au nom du roi, et ramène quelques prisonniers dont le Bâtard Flamand, un des chefs.

En France, Colbert fait commencer des travaux au petit port de pêche de Rochefort, sur la Charente, en vue d'en faire une base pour la marine.

L'Angleterre et la Hollande, qu'appuie la France, signent le traité de paix de Breda en 1667. Par ce traité, L'Angleterre se voit confirmer possession de Manhatte et d'Orange en Amérique, qu'elle vient de conquérir, et cède l'Acadie à la France en échange des îles de Montserrat, Antigua et Saint-Christophe.



SUCCESSION D'ESPAGNE

Louis XIV réclame déjà la part de sa femme, infante d'Espagne, dans la succession de Philippe IV. Il négocie un autre traité, cette fois secret, avec l'empereur Léopold sur un partage de l'Empire espagnol, vu l'incertitude qui règne depuis l'accession du roi Charles II, enfant chétif. Louis se réserve la Flandre (Belgique), la Franche-Comté, le Navarre, Naples, Sicile et les îles Philippines. L'empereur s'accaparerait l'Espagne proprement dite, son Empire américain, le Milanais et la Sardaigne. Tout ceci en prévision de la mort probable de Charles II. Sa mère Marie-Anne d'Autriche, la régente, se dispose à résister à tout partage.

Anticipant sur l'événement, Louis XIV envahit la Flandre espagnole, dirigeant lui-même avec l'aide de Turenne une armée de trente cinq mille hommes, qui occupe les villes d' Armentières, Bergues, Douai et Lille. On la designé la guerre de Dévolution.

LA SALLE

Cette même année, Robert Cavalier de LaSalle arrive au Canada et reçoit une terre en concession sur l'île de Montréal, à la tête du Sault-Saint-Louis, endroit favorable pour la traite des fourrures.

En 1668, Louis XIV envoie Condé occuper la Franche-Comté, encore aux dépens de l'Espagne. Les Hollandais s'inquiètent des ambitions du roi et offrent leurs bons offices pour arriver à une entente avec la régente. L'Angleterre et la Suède s'en mêlent aussi, et comprenant qu'il s'agit d'une coalition, Louis XIV juge bon de reculer, se met à négocier, et, par le traité d'Aix-La-Chapelle, rend sa dernière conquête.

Parti de l'Angleterre, Des Groseillers se rend au fond de la baie d'Hudson sur un navire anglais le "Nonsuch" que commande Benjamin Gillam et établit le poste de Rupert à l'embouchure de la rivière Nemiskau. Il y passe l'hiver à traiter avec les Sauvages Cris, puis rentre à Londres l'été de 1669 avec une riche cargaison de fourrures. Radisson, à bord du navire anglais l'"Eaglet" n'est pas parvenu à pénétrer dans un champ de glace flottante au détroit d'Hudson, et a du retourner, penaud en Angleterre.

En France, Colbert se fait confier le secrétariat de la marine, et donne aussitôt une impulsion extraordinaire à la marine de guerre et le commerce. Il apprend l'année suivante les activités des Anglais et des transfuges canadiens à la baie d'Hudson, se rappelle l'avertissement de Ragueneau, et obtient l'accord du roi pour mandater un armateur hollandais (et protestant) nommé Van Heemskerk, pour envoyer trois navires dans cette baie. Une tempête disperse les navires avant qu'ils n'atteignent le détroit d'Hudson. Aucun des trois n'ayant trouvé passage dans les champs de glace flottante, chacun retourne séparément en Europe.



COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON

En même temps, le roi d'Angleterre, Charles II, accorde une charte à la compagnie de la Baie d'Hudson nouvellement constituée, avec titre sur les terres du bassin, ainsi que le monopole de la traite avec les Sauvages pour un terme de dix ans.

Au Canada, les jésuites ouvrent une mission pour les Agniers chrétiens à Laprairie. Ces derniers sont ainsi à l'abri des persécutions de leurs compatriotes païens et l'on espère qu'ils constitueront un écran défensif pour Montréal.

LaSalle, les pères Dollier de Casson et René de Galiné font un voyage d'exploration au lac Erié, puis au Sault-Sainte-Marie en 1671, Saint-Lusson, Perrot et LaSalle prennent formellement possession au nom du roi, de toutes les terres constituant le bassin des Grands Lacs, en présence de délégués de quatorze nations indigènes.

Les Tsonnontouans, se croyant hors d'atteinte d'une armée européenne, font la guerre aux nations de l'Ouest, amis des Français. Courcelles conduit une troupe de cinquante six hommes par le fleuve jusqu'à la baie de Quinté. A cette époque, les Français avaient l'habitude de passer par la Grande Rivière (des Outaouais) pour rejoindre les Grands Lacs, les longs et nombreux portages rendant le fleuve qu'on appelait rivière de Cataracoui, plus difficile. Les Tsonnontouans, surpris qu'une troupe française ait pu surmonter ces difficultés, se rangent et acceptent que les Français construisent un fort chez eux, ce que Courcelles se promet de faire lors d'un prochain voyage.

L'Acadie étant redevenue française, Colbert y nomme Andigné de Grandfontaine gouverneur.

En même temps, Jean Talon, inquiet de la présence anglaise à la baie d'Hudson, y envoie les sieurs Denys de Saint-Simon, Jean-Baptiste Couture, le père jésuite Charles Albanel et une petite troupe de Sauvages pour ouvrir une mission chez les Indigènes de la région. La troupe remonte le Saguenay, traverse le lac Saint-Jean, et, par un cours d'eau atteignent le partage des eaux, qu'ils franchissent pour découvrir les lacs qu'on appellera Albanel et Mistassini. Les Français descendent la rivière Némiskau jusqu'à la mer, pour y trouver des cabanes anglaises désertes. Ils visitent les tribus Cris qui habitent la région.

En 1672, juste avant de retourner en France pour de bon, Talon propose à Louis Jolliet de chercher le fleuve de l'Ouest que les Sauvages appellent Mississipi, et déterminer s'il se jette dans l'océan Pacifique. Ce serait le passage tant convoité vers l'Asie.



GUERRE DE LA HOLLANDE

En Europe, Colbert de Croissy vient de rechauffer l'alliance avec l'Angleterre, ce qui facilite pour celle-ci,. insatisfaite du traité de Bréda, de faire la guerre à la Hollande. Louis XIV veut, pour sa part s'emparer de ce pays par terre. Louvois, qui vient de remplacer son père LeTellier comme secrétaire à la guerre, en organise l'invasion avec une immense armée. Celle-ci, sous la direction de Turenne passe par Liège, Cologne et Munster, évêchés alliés à la France, et non par la Belgique, dépendance espagnole.

Louvois a tout préparé en vue d'une guerre éclair, simple opération d'annexion. D'un seul coup, la France deviendrait la première puissance commerciale au monde, en faisant sienne l'empire et le commerce hollandais. Dans le premier affrontement sérieux, l'amiral hollandais Ruyter, conduisant une flotte de cent navires vers son pays, combat la flotte combinée anglo-française, que commande Jacques, le duc de York, au large de Solbaie. Ruyter la défait, et fait entrer son convoi à Amsterdam.

Le duc de Lorraine commence à lever une armée pour appuyer les Hollandais. Son état se fait aussitôt envahir. Après avoir soumis presque sans combat les provinces de Gueldre, Over-Issel et Utrecht (celle-ci le 15 juin), Turenne veut aller droit sur Amsterdam, la capitale, ce qui achèverait la conquête. Mais le jeune ministre Louvois a ses propres idées. L'armée française a pris Naarden, à seulement cinq lieues de la capitale, lorsque Turenne constate qu'il manque de troupes pour hâter son avance: c'est le résultat d'une importante ponction que Louvois effectue dans l'armée pour fortifier les nombreuses places prises. Ce retard donne aux Hollandais l'occasion de se ressaisir; une vague de patriotisme balaie la république. Le 20 juin, ils rompent les digues de Muiden qui retiennent la mer, pour inonder le pays et bloquer l'avance française. Le gouvernement des frères De Witt demande la paix à la France, le 29 juin, en offrant la forteresse de Maastricht. Louis XIV propose des conditions tellement dures que même les plus modérés des Hollandais se révoltent. Le premier juillet, mettant en sourdine leurs sentiments républicains, ils nomment le jeune Guillaume de Nassau, comte d'Orange, et descendant des premiers dirigeants du pays, commandant de l'armée. Les De Witt se font récompenser leur pacifisme lorsque la population les massacre le 20 août, et acclame Guillaume d'Orange, comme stadthouder c'est-à-dire chef du gouvernement. Celui-ci prend rapidement les affaires en main.

Il envoie ses diplomates négocier avec l'Empire, l'Espagne et l'Angleterre. Le gouverneur espagnol de la Belgique, de son chef, envoie quelques régiments au secours de Guillaume.



FRONTENAC

Au Canada, le remplaçant de Courcelles, Louis de Buade, comte de Frontenac, arrive à Québec en septembre pour assumer le gouvernement. Vu la guerre qui s'envenime en Europe, le roi cesse l'envoi de colons en Nouvelle France. Il estime que dans l'éventualité d'une guerre en Amérique, il pourra, grâce à sa nouvelle marine, envoyer tout les secours qu'il faudra. Il n'est donc pas nécessaire de rivaliser en chiffre de population les colonies anglaises.

En trouvant les instructions de Talon pour le voyage de Jolliet, Frontenac donne tout de suite son accord, et l'explorateur part pour aller hiverner à Michilimacinac.



LA GUERRE SE GÉNÉRALISE

En Europe, l'Empire, l'Espagne et la Lorraine déclarent la guerre à la France, en juillet 1672, et l'empereur Léopold envoie une armée de vingt mille hommes sous le prince Monticucculi en Westphalie. Louis XIV assigne donc le commandement du front allemand à Turenne, et Condé dirigera aux Pays Bas. En septembre, le prince d'Orange met le siège à la ville de Naarden, et fait capituler le commandant Du-Pas, ce qui dégage la capitale, Amsterdam. Ensuite, le prince prend la ville de Bonn, base importante des armées françaises.

En Amérique, une flotte hollandaise sous Evertsen et Binkes saisit New York et Albany, et les renomment Nouvelle Orange et Wilhelmstadt.

Au printemps de 1673, Frontenac reprend le projet de Courcelles et fait ériger le fort de Cataracoui près de Quinté, au lac Ontario.



LE MISSISSIPI

Dans, l'Ouest, Jolliet s'adjoint le père Jacques Marquette S.J., et la petite troupe gagne le lac Michigan, passe par la baie des Puants et remonte la rivière des Renards, portage à la rivière Ouisconsin qu'il descend jusqu'au Mississipi où il arrive le 17 juin. En descendant ce fleuve, il établit des relations avec les Illinois à la rivière Moingovera (des Moines), puis reconnaît l'embouchure d'une grande rivière qui s'appellera plus tard l'Ohio. Il y rencontre des Sioux, assez accueillants.



Plus loin, il passe, à droite, l'embouchure d'une immense rivière aux eaux tumultueuses et boueuses, la Pekitanoui (Missouri) puis, enfin, l'Arkansas chez les Akanséa, très accueillants. Ceux-ci révèlent qu'ils sont à dix jours de la mer. Par la direction générale du fleuve et la latitude, il conclut qu'il se jette dans le golfe du Mexique, et non dans le Pacifique. Jolliet s'aperçoit que les Indigènes possèdent des objets de fabrication espagnole, et se fait dire que les nations vers le sud sont excessivement agressives, donc, prudent, il décide de rebrousser chemin.

En Europe, le 9 février,1674, sous pression de l'opinion publique anglaise, sympathique à la lutte des Hollandais pour leur indépendance, les diplomates anglais et hollandais signent secrètement une paix séparée, par laquelle la Hollande cède les colonies de New York et Albany. En Allemagne, à la fin de juin, les Français devancent les impériaux en occupant toute la Franche-Comté; puis Turenne envahit le Palatinat.

En Amérique, Jolliet remonte le Mississipi, et fait son retour par la rivière des Illinois. Il portage à la petite rivière Chicagou qu'il descend jusqu'au lac Michigan. Il traverse ce lac pour hiverner à Michilimacinac, et y rédiger son récit, conjointement avec le père Marquette.

Le gouverneur Frontenac envoie de nouveau le père Albanel à la baie d'Hudson avec pour mission de détourner les Indigènes vers l'alliance et le commerce français. Le missionnaire fait le voyage à pied, arrive près de la baie le 30 août et gagne plusieurs sauvages à sa cause. Mais le commandant Charles Bayly le capture et l'expédie en Angleterre. Là, Albanel rencontre Des Groseillers et Radisson, qu'il convainc de rentrer au service de la France.

Jolliet arrive en juillet au Sault Saint-Louis (rapides de Lachine) où son canot se renverse; il se fait secourir in extrémis par un pêcheur, mais a perdu ses compagnons et toutes ses notes de voyage. Il se hâte de trouver le gouverneur à Québec, à qui il fait son récit de mémoire. Frontenac à son tour transmet la nouvelle de la découverte du fleuve "Colbert" à la cour de Versailles.

Le Hollandais Aernoutsz obtient la collaboration de John Rhoades à Boston pour monter une expédition qui détruit Pentagoët et capture Saint-Castin et le gouverneur de l'Acadie, Jacques de Chambly, qu'ils amènent prisonniers à Boston. Frontenac doit payer rançon pour les libérer. Chambly et Saint-Castin reconstruisent le fort de Pentagoët, qui devient la capitale de l'Acadie. Frontenac envoie La Vallière avec un navire patrouiller les eaux territoriales infestées de pêcheurs anglais, sinon pour les chasser, au moins pour collecter des redevances.

Les Agniers ne réussissent pas à cultiver le maïs dans les basses terres de Laprairie et persuadent les Jésuites de relocaliser la mission au Sault-Saint-Louis, endroit qu'ils appellent Kanaouaké.

En Belgique, l'an 1675, le prince de Condé combat le prince d'Orange à Seneffe, où, après une bataille meurtrière, les deux armées quittent le champ. Guillaume va ensuite faire le siège de la ville d'Oudenard, que Condé fait lever aussitôt.



MORT DE TURENNE

En Allemagne, après un hiver de marches et de contremarches, Turenne se prépare à se mesurer contre l'armée impériale de Montecuccoli, lorsqu'il se fait tuer par un boulet de canon à Saltzbach. Les Impériaux envahissent l'Alsace en poussant devant eux l'armée française démoralisée. Louis XIV appelle Condé des Pays-Bas;. Celui-ci rallie l'armée et chasse les impériaux hors du pays. Le duc de Luxembourg prend le commandement aux Pays-Bas



LES TSONNONTOUANS

En Amérique, les Tsonnontouans portent la guerre aux Illinois, nouveaux amis des Français, et chez qui travaille le père Marquette. A l'est, des miliciens de la Nouvelle-Angleterre attaquent les Abenaquis, en capturent plusieurs, qu'ils vendent en esclavage.

En 1676, Frontenac accorde la seigneurie de Cataracoui à LaSalle, à la condition qu'il reconstruise le fort en pierre, ce que celui-ci s'empresse de faire, car ce poste le favorise singulièrement aux dépens des autres marchands de Montréal pour le commerce de fourrure.

DesGroseillers et Radisson sollicitent l'appui de Colbert pour une entreprise à la baie d'Hudson, ce que le secrétaire d'état n'ose pas faire, vu la politique d'amitié de Louis XIV envers le roi d'Angleterre et le duc de York. Il semble que Louis XIV n'est pas prêt à rompre avec Charles suite à la paix de celui-ci avec la Hollande. Il faudra donc que ce soit une initiative purement canadienne.



Les deux comparses retournent à Québec où ils proposent à Frontenac ce plan. Le gouverneur, très au courant de la politique du roi, refuse à son tour. Alors, DesGroseillers rentre chez lui à Trois-Rivières.

Radisson retourne en France, où on lui refuse un poste tant que son épouse reste en Angleterre. Il parvient à obtenir une expectative d'enseigne dans la marine grâce à l'influence de l'abbé Bernou

.En mer Méditerranée, l'amiral Duquesne défait la flotte combinée hollandaise-espagnole près de la Sicile, puis une deuxième fois au large d'Agosta, où Ruyter perd la vie. Louis XIV dirige en personne le siège de la ville de Condé en Flandre, pendant que l'amiral de Tourville défait une nouvelle flotte hollandaise près de Palerme (Sicile).

En 1677, en Flandre, les Français prennent les villes de Bouchain et Valenciennes, puis le maréchal de Créquy défait l'empereur Léopold à Kokersberg et occupe Fribourg.

Guillaume d'Orange, voulant renforcer l'alliance avec l'Angleterre, épouse Marie Stuart, fille légitime de Jacques, duc de York et héritier présomptif du trône britannique.

En Amérique, cette même année, les Abenaquis détruisent le poste anglais de Casco (aujourd'hui Portland, Me.), empiètement sur leur territoire. Les Bostonnais envoient Bradford et Waldron à la tête d'une troupe de miliciens qui les écrase à la rivière Kenebec, et vendent leurs nombreux prisonniers en esclavage.

La marine française continue à marquer des points: le comte d'Estrées, après avoir détruit le poste hollandais de Goré en Afrique, dirige sa flotte vers les Antilles hollandaises. Il prend les îles de Tobago et la Grenade puis met le cap sur Curaçao mais presque toute sa flotte fait naufrage sur des hauts-fonds de l'île d'Avès. Un seul vaisseau et quelques moindres navires rentrent à Brest en mai 1678, chargés de naufragés. Un des participants à cette campagne est le Canadien Radisson.



PAIX DE NIMÈGUE

En Europe, la France, la Hollande, l'Empire et l'Espagne mettent fin à la guerre en signant le traité de Nimègue, le 10 août 1678. L'Espagne sort perdante de cette guerre, laissant à la France la Franche-Comté, et un grand nombre de villes flamandes. Louis XIV oblige le Brandebourg, qui s'était allié à l'empereur, de rendre la Poméranie à la Suède, et offre de remettre au duc de Lorraine son duché, mais le duc refuse les conditions attachées.

La Hollande ne subit aucune pénalité suite à une guerre dirigée contre elle. Louis, aussitôt qu'il a vu sa campagne éclair ratée, avait immédiatement commencé des négociations de paix, ne voulant pas s'attirer une inimitié insurmontable de ce côté. Malheureusement, le dommage est fait, il a sur les bras un adversaire redoutable et irréductible en la personne de Guillaume d'Orange qu'il cherche en vain à se réconcilier.

En Amérique, le chef Garakonthié, ami des Français, décède. Dorénavant, la nation onontaguaise s'éloignera des Français, multipliera ses échanges avec les Anglais, de qui ils obtiennent des armes à feu tant qu'ils en veulent. La présence anglaise dans la province de New-York se fait sentir, et n'est pas tout-à-fait amicale aux Français.

De leur côté, LaSalle, Tonty et LaMotte de Lucère construisent un fort à Niagara avec l'assentiment des Tsonnontouans, ensuite, ils construisent une barque au lac Ontario et une autre, le "Griffon", au lac Erié . LaSalle développe en grand le commerce des fourrures au détriment des Anglais mais aussi de ses compatriotes de Montréal. Les profits doivent servir à financer des explorations vers l'intérieur du continent, et trouver la route de la Chine. Les Montréalais, envieux, nomment en dérision "La Chine" son fief à la tête du Sault-Saint-Louis. LaSalle fait un voyage sur le "Griffon" en partant de Niagara, par le Détroit, le lac Huron, Michilimakinac, puis le lac Michigan pour s'arrêter à la baie des Puants. Là, il apprend que ses créanciers ont saisi ses biens à Cataracoui et à Québec. Il renvoie le "Griffon" avec une cargaison de fourrures vers Niagara, pour accommoder ses créanciers, pendant qu'il construit le fort de Crèvecoeur chez les Illinois. LaSalle apprendra plus tard que sa barque est disparue corps et biens quelque part dans le lac Erié..

Au printemps de 1679, Jolliet, à la demande de Frontenac, refait le parcours du père Albanel à la baie d'Hudson. Il y rencontre des Anglais qui l'accueillent et lui offrent même un emploi, sa renommée s'étant répandue jusque là. De retour la même année, Jolliet expose à Frontenac les dangers pour le commerce français que constitue cette présence anglaise.



Au fond du lac Supérieur, Greysolon de Dulhut établit des relations avec les Chipouais. LaSalle est encore chez les Illinois qu'il aide à résister aux agressions Iroquoises.

En 1680, à Québec, Frontenac invite les Iroquois à une conférence pour rétablir la paix. Ils viennent nombreux, mais toujours sous influence anglaise, refusent de cesser leurs hostilités contre les Illinois.

LaSalle retourne à Montréal pour préparer un voyage d'exploration du Mississipi, pendant que Tonty reste chez les Illinois pour essayer de rétablir la paix.

En Floride, les Yamasis, poussés par les Anglais des Carolines, détruisent le poste espagnol de Santa-Catalina-de-Guale.

LA COMPAGNIE DU NORD

A Paris, en 1681, l'abbé Bellinzani, adjoint de Colbert, présente Radisson à Aubert de La Chesnaye, marchand de Montréal, qui veut organiser une entreprise à la baie d'Hudson. Encore une fois, il faut que l'entreprise soit canadienne pour que le roi puisse la désavouer au besoin pour des raisons politiques. Radisson revient d'un voyage en Angleterre où il s'est renseigné sur le projet de la compagnie d'établir un poste à la rivière Bourbon (Nelson), décharge de l'immense bassin des rivières Saskatchouan, encore inconnues.

De retour à Québec, LaChesnaye et Radisson obtiennent l'accord de Frontenac pour une vague entreprise commerciale.

En décembre, LaSalle, de retour chez les Illinois, accompagné de Tonty, du père Membré et de quelques hommes, entreprend l'exploration du Mississipi qu'il rejoint en février 1682. En descendant ce fleuve, il noue des relations avec les Chicasas, les Kansas, les Koroas, les Natchez et les Taensas, puis arrive sur les rives du golfe du Mexique en avril.

Ce même printemps, Radisson, Des Groseillers, son fils Jean-Baptiste, Pierre Allemand, Jean-Baptiste Godefroy, Elie Grimard et vingt quatre hommes d'équipage s'embarquent pour la baie d'Hudson. Ils y trouvent Benjamin Gillam, qui vient d'y arriver de Boston à l'insu de la compagnie de Londres. Le campement de Gillam est sur la rivière Bourbon, et hors de vue de celui que les Français s'affairent à construire plus haut sur la rivière Kakouakiouey. Quelques jours plus tard arrive un navire de la compagnie de Londres, sous le commandement de John Bridgar qui mouille au large de cette même rivière.

Au Mississipi vers ce temps, LaSalle a pris possession de tout le bassin au nom du roi. Sur le chemin de retour, il s'arrête sur la rivière des Illinois pour y construire le fort Saint-Louis. Il y laisse Tonty et continue jusqu'à Québec pour obtenir des appuis dans le but de coloniser le pays exploré. Arrivé à la capitale, LaSalle apprend que son protecteur Frontenac s'est fait rappeler, et remplacer par le sieur Antoine LeFêvre de LaBarre. Celui-ci est loin de partager l'enthousiasme de Frontenac pour ses projets. LaSalle passe donc en France, tandis que le gouverneur, influencé par les marchands de Ville-Marie, remplace les commandeurs des forts de LaSalle par des hommes de son choix.

A la baie d'Hudson, les Français voient le navire de la compagnie de Londres se faire écraser par les glaces et disparaître avec une partie de l'équipage. Peu après, Radisson prend Gillam et son équipage sous sa "protection" pour l'empêcher de se joindre à la troupe de Bridgar. Les deux petits navires français se font détruire à leur tour par les glaces, sans perte de vies, toutefois.

Au cours de l'hiver, Radisson maîtrise Bridgar et son équipage, puis, au printemps libère les hommes, leur accordant une chaloupe pour se rendre au poste de Rupert au fond de la baie James. Ensuite, les Français empruntent le navire de Gillam, le seul qui reste, pour retourner à Québec avec une riche cargaison de fourrures ainsi que ses captifs. Restent au fort de Bourbon, Jean-Baptiste Chouart, Elie Grimard et six hommes.



DEUXIÈME GUERRE IROQUOISE

Un jour d'octobre 1683, arrive à Québec un navire portant un nom anglais. Effectivement, ce sont Radisson et DesGroseillers qui reviennent de la baie d'Hudson sur le navire qu'ils ont pris de Gillam. On apprend bien vite qu'il y a des étrangers à bord. On les conduit chez le gouverneur pendant que le fermier général fait transporter la cargaison de fourrures dans le hangar du roi.





Le gouverneur de La Barre prend connaissance du mandat on ne peut plus vague, signé Frontenac. On lui explique la présence de Gillam et Bridgar. Le gouverneur estime que la saisie du navire de Gillam constitue un acte guerrier envers un citoyen de pays ami.

Il libère donc Gillam, lui rend son navire et lui accorde mille livres de compensation. Pour ce qui est de Bridgar, il n'est qu'un réchappé de naufrage. On lui offre passage vers la France, mais il préfère embarquer sur le navire de Gillam qui prend la direction de New York.

Restent les fourrures: la Compagnie du Nord, pour laquelle travaillent les comparses et à laquelle participent Aubert de La Chesnaye et les principaux marchands de Montréal. Ils s'objectent à payer le quart au fermier, prétendant que la baie d'Hudson est hors de sa juridiction. LaBarre invite les associés d'aller en appeler au roi.

DesGroseillers abandonne et retourne à Trois-Rivières, pendant que Radisson et Aubert vont en France. Rendu à Versailles, les associés trouvent les choses bien changés: Colbert est décédé, son successeur désigné Jean-Baptiste de Seignelay est occupé en Italie et le roi intervient dans les affaires de la marine sans avoir le loisir d'étudier les dossiers. En inculpant Bellinzani, il remet enquestion la politique desColbert sans savoir les implications.. Le roi étant moins accessible aux Canadiens que le ministre,

Aubert abandonne à son tour et Radisson rencontre l'abbé Renaudot, qui explique que l'exploit canadien a été le sujet d'une plainte de Lord Preston à la cour et il lui suggère de retirer tranquillement ses hommes de la baie. Radisson rencontre justement ce Lord Preston qui se trouve encore à Versailles, et qui est directeur de la compagnie anglaise. Celui-ci offre de le réengager dans la compagnie. Radisson accepte et se rend à Londres où le duc de York, gouverneur de la compagnie, l'embauche à condition de défaire son oeuvre de 1683 sans violence.



SAINT-LOUIS DES ILLINOIS

En Amérique, au sud du lac Michigan sur la rivière Kankaki, route vers l'Illinois, une troupe de Tsonnontouans intercepte et pille, au cours de l'hiver, un convoi de fournitures et d'armes, que LeGardeur de Beauvais conduit vers le fort de Saint-Louis. LeGardeur, pas molesté dans sa personne, s'empresse d'avertir LaDurantaye, commandant à Michilimakinac. En même temps les mêmes Iroquois mettent le siège à Saint-Louis, n'étant pas parvenus à le surprendre.

Baugy est le commandeur designé par La Barre pour remplacer l'associé de LaSalle, Tonty, mais ce dernier se trouve encore au fort. Les Iroquois, à qui un siège prolongé ne sourit pas, tentent une ruse. Ils offrent de parlementer, et pour cela demandent à se faire admettre à l'intérieur du fort.

Les Français jouent le jeu, laissent entrer une douzaine de guerriers, en les contraignant de laisser leurs armes à la porte. Une fois en dedans, on ferme brusquement la porte, pendant qu'un Français se place derrière chacun d'eux. Un signal, puis les guerriers tombent tous assommés. Ensuite, le temps de le dire, l'on débite les corps à coup de hache, pour ensuite jeter les morceaux par dessus la palissade. Les Iroquois restés dehors, abasourdis, prennent la fuite.

FORT BOURBON

En Angleterre, Radisson assume le commandement du convoi de 1684. Ses navires arrivent devant le fort de Bourbon en cachant leur identité. Radisson en descend, et va expliquer au jeune Chouart la nouvelle situation. Il gagne ses copains à la cause anglaise. L'on se hâte de charger les fourrures accumulées pendant l'hiver précédent, puis, laissant une garnison anglaise, la flottille fait voile pour l'Angleterre.

Peu après, Bermen de LaMartinière arrive au large du même endroit avec deux navires chargés de provisions pour les Canadiens. Il voit le drapeau britannique flotter au dessus du fort et, devinant ce qui s'est passé, s'éloigne discretement.

Les Français hivernent sur les bords de la rivière Kakouakiouey hors de vue de la Kassiouinagan où se trouve le fort Bourbon. En remontant la rivière, ils interceptent facilement les voyageurs Cris venant de l'Ouest et leur achètent leurs fourrures.

En même temps, Jean Péré fait à pied le trajet du lac Supérieur, par le lac Nipigon et la rivière Sainte-Anne (Albany) jusqu'à la baie James, dans le but de rejoindre le jeune Chouart au fort de Bourbon. Mais il passe trop près du fort anglais d'Albany, se fait capturer et conduire en Angleterre.



EXPANSION FRANCAISE

Poursuivant son objectif de rendre à la France sa frontière naturelle au Rhin, Louis XIV occupe la ville souveraine de Strasbourg. Il avait pris ses dispositions pour minimiser les réactions, mais ce geste cause quand même un remous en Europe. Pour tranquilliser les esprits,

Louis négocie le traité de Ratisbonne avec l'empereur, par lequel il promet de respecter le statu quo pendant vingt ans, mais garde la ville.

A Versailles, les abbés Bernou et Renaudot obtiennent pour LaSalle l'usage d'une flottille de quatre navires sous le commandement du sieur de Beaujeu. Le but ostensible est d'établir une colonie aux bouches du Mississipi, mais LaSalle pense peut-être aussi à de possibles mines d'argent du côté du Texas. S'embarquent à La Rochelle, La Salle, son frère Jean, prêtre sulpicien, ses neveux Crevel de Moranger et Nicolas Cavelier, Henri Joutel, Gabriel Minisme, le marquis de La Sablonnière, l'abbé Chefdeville, l'abbé d'Esmanville, les récollets Membré, leClerc et Douay et nombre de volontaires.

Beaujeu dépose l'explorateur et sa troupe à la baie Saint-Bernard (Metagarda) au Texas, et retourne en France sur un des navires. La Salle se trouve donc loin du Mississipi. Un des navires s'échoue et se défait près de la côte, avec d'importantes pertes de fournitures. LaSalle construit le fort de Saint-Bernard, où il laisse une partie de sa troupe puis, décide de chercher vers l'Est, à pied, le Mississipi, avec le reste de ses hommes.

À Québec, La Barre reçoit Legardeur de Beauvais arrivant du Détroit. En apprenant la nouvelle de l'agression Iroquoise, qui s'ajoute à d'autres, le gouverneur et la population sont convaincus qu'il faut faire la guerre aux Iroquois pour les ramener à la raison. Pour ce, il doit se constituer une armée.

Il écrit au roi, lui demandant des troupes et lui exposant son plan de campagne. Il écrit aussi au gouverneur de New York, Thomas Dongan, lui demandant, comme bon voisin, de s'abstenir de fournir des armes et munitions aux Iroquois, rappelant que ceux-ci ont massacré des colons virginiens. Il souligne les bonnes relations entre les deux couronnes. Puis, il envoie des messages aux commandeurs des Grands Lacs, leur demandant de diriger tous les hommes disponibles vers Niagara ce même été.

Quelques jours plus tard, LaBarre apprend que, d'une part de Baugy et Tonty ont repoussé les Iroquois de Saint-Louis, et que d'autre part, seuls les Tsonnontouans sont mêlés à cette affaire. Les missionnaires chez les Iroquois expriment leur opposition à toute action militaire. Le 9 juillet, 1684, LaBarre conduit les miliciens de Québec à Montréal, pendant que l'intendant de Meules cherche des provisions.

Le gouverneur reçoit alors la réponse de Dongan, voulant que les Iroquois sont des sujets britanniques, et que les molester sera considéré comme acte d'agression envers l'Angleterre.

LaBarre est stupéfait de cette prétention qu'on entend pour la première fois. Loin de lui toute idée de faire la guerre aux Anglais, dont Louis XIV cherche tant à entretenir l'amitié. LaBarre ne peut revenir sur ses pas, alors il décide d'aller négocier la paix dans une position de force.

Il conduit ses mille deux cents miliciens vers le fort Cataracoui, puis, il s'aperçoit en route que les provisions vont manquer. De Meules, dont c'est la responsabilité, a eu de la difficulté à en trouver et manque de moyens de transport, alors c'est la disette à Cataracoui. Le gouverneur envoie la moitié de sa troupe à la rive sud du lac Ontario, où la chasse est sensée être bonne. Une mystérieuse maladie se répand dans la troupe, le gouverneur même est atteint. Il délègue Charles LeMoyne, malade lui aussi (il en mourra l'année suivante) conduire les négociations.



Parmi les chefs Iroquois il y a les Onnontagués Otréouati (Grande Gueule), Teganissorens, Garakonthié, neveu du chef décédé, et les Tsonontouans Haaskouan et Tekanoet. Les Iroquois s'aperçoivent de la mauvaise situation des Français, et refusent de cesser les hostilités envers les Illinois et autres nations amis des Français. LaBarre signe quand même un traité de paix, en laissant tomber ces nations amies, et envoie une copie à Niagara où LaDurantaye et Dulhut en prennent connaissance. Indignés, ils doivent expliquer ce traité aux sauvages qu'ils avaient péniblement réunis.

Deux navires du roi arrivent à Québec à l'automne, amenant trois cents cinquante soldats et l'officier Hector de Callières, désigné gouverneur de Montréal. En même temps, LaBarre apprend que les Anglais ont pris le fort de Bourbon à la baie d'Hudson.

Le gouverneur envoie d'Orvilliers à Versailles expliquer au roi les événements et les raisons du piètre résultat de sa campagne. L'intendant de Meules et monseigneur de Laval vont aussi en France avec leurs versions, et le roi juge qu'il faut remplacer LaBarre. En novembre, un navire portant cent cinquante soldats arrive à Québec.



NOUVEAU ROI

En Angleterre, le roi Charles décède sans laisser d'enfants légitimes, et son frère Jacques, duc de York lui succède. Jacques étant catholique, commence aussitôt à favoriser ses coreligionnaires. Ayant vécu longtemps en France il s'est fait sienne les idées d'absolutisme de Louis XIV, et pense pouvoir les imposer dans son pays.

Le duc de Monmouth, fils bâtard du défunt roi, réunit un groupe de protestants pour tenter de renverser le nouveau roi, son oncle. Il échoue et les conjurés passent au bourreau. Il y a des murmures dans la population contre la sévérité de la répression.

Gaultier de Comporté, un des directeurs de la compagnie du Nord, fait des représentations à l'ambassadeur anglais à Versailles, à propos de la prise du poste de Bourbon par la compagnie de Londres. L'Anglais fait peu de cas de cette plainte en disant que ce n'est qu'une querelle de marchands. Mis au courant, Louis X1V. puisque le ministre Seignelay est toujours en Italie. prend cette blague au pied de la lettre.



DENONVILLE GOUVERNEUR

Le roi nomme le marquis de Denonville, colonel des dragons dans l'armée de Flandre, gouverneur de la Nouvelle-France à la place de LaBarre. Denonville arrive à Québec sur un des deux vaisseaux du roi qui ont embarqué quatre cents cinquante soldats et ouvriers. Pas moins de cent cinquante étant morts pendant la traversée, de LaBarre préfère retourner en France à bord d'un navire de pêche. Le roi décide que dorénavant le transport d'hommes se fera par navires marchands, où les conditions semblent meilleures.

Denonville apporte avec lui des instructions du roi d'appuyer la compagnie pour la reprise du fort Bourbon. Sur les entrefaites, LaMartinière revient de la baie d'Hudson avec un navire anglais capturé en plus des siens et se fait rabrouer pour ne pas avoir attaqué le fort Bourbon!



EDIT DE NANTES

En France, l'absence de Colbert permet au roir d' imposé les "dragonnades" aux Huguenots refusant d'abjurer, Louis XIV annonce la révocation de l'édit de Nantes, et l'exclusion des protestants dans les postes d'administration et de l'armée. Il fera exception pour le vieil amiral Duquesne. C'est le point final sur la politique religieuse du roi Henri IV. Des milliers de protestants quittent la France. Peu avant, le ministre Seignelay avait forcé la ville de Gênes à une soumission humiliante, et, en décembre 1685, la Franconie propose aux autres principautés, à l'intérieur de l'Empire, une ligue défensive pour s'opposer à l'expansionnisme français.







CAMPAGNE DU Ch. DE TROYES

Au Canada, Denonville a passé l'hiver à se renseigner sur les affaires du pays, notamment les dispositions des Tsonnontouans qui ont multiplié les agressions contre les Illinois.

D'autre part, il prête à la Compagnie du Nord une compagnie de soldats sous le commandement du chevalier de Troyes, qui s'ajoute à une troupe de miliciens, pour expulser les Anglais de la baie d'Hudson, conformément aux instructions du roi. Les officiers Jacques, Pierre et Paul Le Moyne, Robutel, Duchesnil, Saint-Germain, Catalogne, Leblanc, La Noue et Allemand participent, ainsi que le R.P. Silvy qui servira d'aumônier et de chroniqueur.

Les frères Le Moyne doivent s'occuper des affaires de la Compagnie du Nord. Le sieur François Dauphin de LaForest accompagne l'expédition jusqu'à la rivière Mataouan, où il se séparera d'elle pour aller porter des armes aux Illinois. On quitte Montréal fin mars 1686,

pour remonter la Grande rivière (l'Outaouais), portager à l'Abitibi et descendre celle-ci. Ils se trouvent bientôt devant le poste de Monsoni, que les Anglais ont fondé il y a quinze ans. Les Français le saisissent par un coup de main, en juin, et le renomment Saint-Louis. Ils passent ensuite à pied vers l'est au fort Rupert, qu'ils prennent aussi facilement, pendant que Pierre Lemoyne d'Iberville, accompagné de quelques hommes capture un navire au mouillage.

On y trouve le commandant Bridgar qui subit le joug français une deuxième fois. La troupe revient au fort Saint-Louis où elle laisse les prisonniers, puis le chevalier de Troyes avance sur le fort Albany où il somme le commandant Sergent de se rendre. Celui-ci temporise, mais, après avoir encaissé quelques boulets de canon, se hâte de lever le drapeau blanc. Le fort portera le nom de Sainte-Anne mais d'Iberville le designe Quitquitchouane dans ses écrits.

Le chevalier de Troyes prend le chemin de Montréal le 10 août, tandis que d'Iberville reste pour s'occuper des prisonniers et du commerce. Au cours de l'hiver, deux de ses hommes parviendront à s'emparer d'un deuxième navire anglais.



LA LIGUE D'AUGSBOURG

Le 9 juillet 1686 se tient à Augsbourg, en Bavière un congrès réunissant les représentants de l'Empire, l'Espagne, la Suède, la Bavière et la Franconie. Tous les participants souscrivent aux objectifs de la conservation des libertés des principautés, le respect du traité de Westphalie et de la trêve de Ratisbonne. Mais effectivement, la ligue d'Augsbourg constitue une alliance défensive contre la France. Tout ceci se fait assez discrètement.

Au Canada cette même année, l'explorateur Jacques de Noyon traverse le lac Supérieur, fait le grand portage vers l'ouest par la rivière Groseillers, le lac Croche et le lac La Croix, pour découvrir le lac à la Pluie. On saura plus tard que ce lac s'égoutte vers le lac Ouinipeg et la rivière Bourbon (aujourd'hui Nelson) à la baie d'Hudson.

A Québec, sans révéler ses intentions à la population, Denonville demande des renforts au roi et fait ses préparatifs pour une campagne contre les Tsonnontouans, qui, entre-temps, ne mettent plus de bornes à leurs dépradations. A Michilimacinac, on apprend que cent guerriers hurons se sont joints aux Iroquois.

Dongan, de son côté, réunit à New-York les délégués des cinq nations iroquoises et leur offre sa protection contre les français, aux conditions suivantes:

1) qu'ils s'attirent les Hurons et les Outaouais,

2) qu'ils chassent les jésuites de chez eux

3) qu'ils escortent une troupe d'agents anglais

qui iront prendre possession du bassin des Grands Lacs.

Le père Lamberville, résident chez les Onnontagués, apprend ces propositions et les transmet au gouverneur. Effectivement, les Tsonnontouans escortent une mission anglo-hollandaise de New-York vers les Grands Lacs. D'Orvilliers les voit passer devant Cataracoui, mais ne bouge pas, n'ayant pas d'instructions en ce sens de Denonville. Jean-Bochard de Champigny, intendant designé, vient remplacer de Meules le 23 septembre 1686.



Le gouverneur n'a pas déclaré d'hostilités: il publie qu'il est toujours disposé à parler de paix avec les Iroquois et maintient des contacts par les missionnaires. Au printemps, n'ayant pas reçu la moindre ouverture Iroquoise, il envoie des messages chiffrés aux commandeurs des postes aux Grands Lacs les enjoignant de se trouver à la rivière Gannagaro (Irondequoit,N.Y.) le dix juillet 1687 avec le plus de monde possible.

Le 3 mai, il annonce à la population l'état de guerre, et conduit les troupes de Québec à Montréal. Sur les entrefaites, arrivent huit cents soldats de France dirigés par le colonel de Vaudreuil, qui s'engagent aussitôt dans la campagne.

S'étant assuré que l'intendant Champigny a réuni toutes les provisions voulues ainsi que les embarcations pour les transporter, Denonville donne le signal de départ de l'armée de neuf cents soldats, huit cents miliciens et trois cents sauvages chrétiens.

Aucun délégué iroquois ne s'est encore montré. Pour garder le secret de l'expédition et protéger la vie des missionnaires, qu'il fait avertir d'ailleurs, le gouverneur ordonne de capturer tous les Iroquois qu'on trouve sur la route.

Malgré ces précautions, Dongan a vent de l'affaire et avertit les Tsonnontouans guerroyant chez les Illinois de venir défendre leurs propres villages.

François de LaForest capture les cinquante huit Anglais et leurs guides iroquois près du Sault-Sainte-Marie et les conduit à Cataracoui, où le commandeur d'Orvilliers a fait enfermer les Iroquois du voisinage. A ce moment, il y a plus de prisonniers que de gardiens dans le fort, et d'Orvilliers devient inquiet.

L'armée arrive en peu de jours, et, après avoir expédié tous les prisonniers vers Montréal, Denonville la dirige, montée sur une flotte de bateaux, à la rive sud du Lac Ontario qu'on longe vers l'ouest. Les Onnontagués, Oneiouts et les Goyogouins sont consternés de voir un tel armement passer devant eux.

On arrive à la destination exactement le dix juillet, et, merveille, LaDurantaye, Dulhut, Tonty, cent soixante voyageurs français et quatre cents sauvages s'approchent au même moment de l'Ouest. On construit un fort de billots, pour protéger les bateaux, et on y laisse une garnison.

Avec le reste de la troupe, qu'il a divisé en trois bataillons pour des raisons pratiques, Denonville se met en route vers le sud. Callières commande l'avant garde, le gouverneur dirige le gros de l'armée et Vaudreuil conduit l'arrière garde.

Après deux jours de marche, l'avant-garde tombe dans une embuscade que les Tsonnontouans ont aménagée dans la dense forêt. Pensant que c'est l'armée au complet, ils font feu dessus.

Il y a un peu de confusion chez les Français pendant que Gaultier de Valrennes, par un mouvement rapide, conduit sa compagnie sur une hauteur derrière les Iroquois, qui se trouvent alors eux-mêmes entre deux feux. En même temps, le gouverneur et Vaudreuil accourent avec le reste de l'armée et les Tsonnontouans fuient, emportant leurs blessés, et laissant vingt-sept morts.

Denonville met fin à la poursuite, qui serait dangereuse dans cette forêt. On trouve leurs villages déserts, et l'on détruit tout, particulièrement les moissons et réserves de maïs, travail de dix jours, par une chaleur torride.

Le gouverneur prend formellement possession du pays au nom du roi, fait enlever les armoiries du duc de York qu'il trouve clouées à quelques arbres, puis donne le signal du retour au lac Ontario.

Ensuite, on s'embarque pour Niagara où l'on remonte le fort de LaSalle. On y laisse une garnison de cent hommes sous le commandement du chevalier de Troyes avec des provisions pour un an. Au fort de Cataracoui, D'Orvilliers conserve son commandement sur une garnison de cent quarante hommes.

De retour à Montréal avec le reste de l'armée, Denonville ordonne à chaque seigneur de construire une redoute où peuvent s'abriter ses censitaires avec leur bétail. Montréal reçoit

ses premières fortifications. Toute la population est mise sur un pied de défense, vue





la probabilité d'une riposte des Iroquois.

Ensuite vient la question des prisonniers: les instructions du roi veulent que le gouverneur envoie une cinquantaine en France pour servir sur les galères. Parmi les soixante huit guerriers pris, il y en a une quarantaine qui ont un dossier assez chargé pour mériter cette peine.

Le gouverneur expédie donc ces quarante avec des instructions à leurs gardiens qu'on ne les maltraite pas et qu'on peut, à court avis, les rappeler selon les besoins de la diplomatie. Les cent cinquante femmes et enfants captives sont placées dans les familles iroquoises du Sault-Saint-Louis.

A l'automne, .Jean Cavelier, PSS, frère de LaSalle, et Henri Joutel, arrivent à Ville-Marie de la Louisiane, et passent aussitôt à Québec s'embarquer pour la France, sans rien dire de leur aventure. On apprendra plus tard que LaSalle a péri assassiné de la main d'un des membres de sa troupe, quelque part à l'ouest du Mississipi.

Puis, d'Iberville arrive à pied de la baie d'Hudson, après avoir laissé des garnisons aux postes de Saint-Louis (Monsoni) et de Saint-Jacques (Rupert). Il s'embarque peu après pour la France.

A Londres, des négociateurs anglais et français, que le roi Jacques a réunis pour régler les différends entre les colonies d'Amérique, s'entendent pour décréter une trêve devant durer jusqu'au début de 1689, ce temps est jugé suffisant pour arriver à un traité définitif.

Peu après, arrivent dans le port de cette ville deux navires de la Compagnie de la Baie d'Hudson avec de bien petites cargaisons de fourrures, et les nouvelles des incursions canadiennes. Ajouté aux pertes de l'année précédente, la compagnie frôle la faillite. La population murmure contre les négociations avec la France.

En même temps, le ministre Seignelay, de retour à Versailles, apprenant l'épisode de Radison avec l'abbé Renaudot, a l'accord du roi pour que Radisson rentre au service, et envoie un émissaire le chercher à Londres. Mais Radisson est à la baie d'Hudson et n'aura jamais connaissance de cette démarche.

En Amérique, les Iroquois envoient une ambassade incluant Haaskouan (Grande-Gueule, Tsonnontouan), Chaudière-Noire et Otréouati (Onnontagués) pour obtenir la libération des galériens et faire la paix.. Denonville les écoute, et invite les Iroquois à envoyer leurs sachems conclure un traité définitif. Le 10 août 1688, le gouverneur écrit à Seignelay pour demander le retour des galériens.

Un chef huron, Kondiaronk (le Rat), qui sous-estime l'intégrité du gouverneur, et craignant que cette paix se fera encore une fois aux dépens des nations de l'Ouest dont la sienne, s'imagine une stratégie pour la rompre.

Il tend une embuscade dans laquelle tombe l'ambassade iroquoise, plusieurs sont tués de part et d'autre avant qu'on ne parvienne à reconnaître la nature de l'ambassade. Kondiaronk feint la surprise et prétend que c'est le gouverneur qui l'a poussé à cet acte de guerre. Il déclame contre la perfidie de Denonville, relâche ses prisonniers en faisant des excuses, mais en retient un en compensation pour un des siens tué dans le combat, selon la coutume.

Sans perdre de temps, il se dirige vers Michilimacinac et rend son prisonnier au commandant français en disant qu'on l'avait surpris à violer la paix. Le commandant crédule le fait fusiller et Kondaironk retourne en Iroquoisie en répandant le mot que les Français fusillent les ambassadeurs. Cela produit une vague accrue d'hostilité envers les Français, quoique certains esprits éclairés parmi les Sauvages trouvent le récit invraisemblable.

Louis XIV ayant demandé le rappel du gouverneur Dongan, le roi Jacques, réunit le New York aux autres colonies pour créer le Dominion de la Nouvelle-Angleterre et nomme Andros, déjà titulaire du Massachussetts, pour la diriger. Andros a, peu de temps auparavant, fait détruire le poste français de Pentagoët, prétendant que c'était en territoire anglais. Les relations ne s'amélioreront pas entre les colonies françaises et anglaises.

Son fils, l'archiduc Joseph est couronné roi de Hongrie, pendant que les Ottomans font des ouvertures pour la paix. Cela améliore la position de l'Empire vis à vis de la France.

Au Canada, Denonville, ne voyant pas venir d'ambassadeurs Iroquois, craint le pire et demande au roi un nouveau renfort de quatre mille soldats, pour affronter, sinon les Tsonnontouans, hors d'état de nuire, mais les quatre autres cantons qui ont également négligé l'envoi de délégués pour la paix. Le gouverneur n'apprendra la trêve de Londres que par un avis de New York, au cours de l'hiver.

A Versailles, Louis X1V trouve la demande de Denonville excessive, et écoute Frontenac lui répéter qu'il saura rétablir la paix avec les moyens sur place, grâce à son ascendance sur les Iroquois.

D'Iberville et LaFerté retournent à la baie d'Hudson par mer, où ils saisissent le poste de Sainte-Anne que les Anglais avaient repris. Ils prennent aussi le poste de New Severne, qu'ils renomment Sainte-Thérèse.

Au lac Ontario, la maladie s'est répandue dans les garnisons de Niagara et Cataracoui, que les Iroquois ont bloquées tout l'hiver. «Ils ne pouvaient pas sortir, même pour pisser ». Des deux cents quarante hommes des deux garnisons en 1687, il n'en reste que soixante au printemps suivant. Denonville réunit un convoi de mille cent hommes sous Callières pour les ravitailler et les renforcer, puis, en septembre, Desbergers démantèle Niagara et ramène la garnison.

En Angleterre, la thèse de Dongan voulant que les Iroquois soient sujets britanniques, et que leur territoire soit également britannique a grand succès, et les Londoniens s'indignent de ce qu'ils estiment être l'agression de Denonville contre les Tsonnontouans.

D'autre part, l'affaire de la baie d'Hudson n'est plus une querelle de marchands, mais un affront à la nation anglaise, et les actionnaires, membres de la bourgeoisie et de la noblesse blâment la perte de leurs investissements à la politique du roi Jacques.

L'insistance qu'a mise ce roi à se concilier la France, telle la commission qui a établi la trêve en Amérique, en plus de ses mesures pour favoriser les catholiques, n'augmentent pas sa popularité dans une population largement protestante.

Du grand nombre de Huguenots qui ont quitté la France lors de la révocation de l'Édit de Nantes, plusieurs se sont réfugiés en Angleterre, où ils apportent une hostilité accrue envers Louis XIV. Lorsque naît un fils légitime à l'épouse de Jacques, ce qui assure la succession catholique, l'agitation contre lui atteint son comble, et ses adversaires prennent contact avec son gendre, Guillaume d'Orange.

Celui-ci, stathouder de la Hollande, a suivi cette évolution attentivement, et saisit l'occasion pour débarquer en Angleterre avec une petite armée en novembre 1688.



L'opposition se rallie à lui, et le parlement prononce le roi Jacques Stuart déchu, pour le remplacer par sa fille Marie, élevée protestante. Après quelques tractations sur ses prérogatives, on accepte que son époux, Guillaume, devienne roi conjointement avec Marie.

Jacques cherche à se rallier les appuis qu'il pense avoir, n'agit pas assez vite, et même Churchill, son fidèle associé à la compagnie de la Baie d'Hudson, l'abandonne. On emprisonne le roi, mais il parvient à s'échapper et va se réfugier en France.



LA GUERRE

Guillaume fait entrer l'Angleterre et la Hollande dans la Ligue d'Augsbourg, et, le printemps suivant, déclare la guerre à la France après que Louis XIV ait accueilli royalement Jacques et s'est engagé à le remettre sur son trône.

Une flotte française sous Château-Renault défait la marine britannique à Bantry et débarque Jacques en Irlande avec une armée dont six mille soldats français. Les Irlandais catholiques soutiennent Jacques. Il ne reste que l'Ulster protestante à conquérir.

Pour l'Amérique, Louis XIV a décidé du rappel de Denonville dont il veut les services dans l'armée, et choisit Frontenac pour le remplacer. Le roi laisse voir que la Nouvelle-France doit se défendre par ses propres moyens, ce qui devrait être possible grâce au grand nombre de troupes qu'il y a envoyé depuis quatre ans.

En Acadie, le baron de Saint-Castin, dirigeant une troupe d'Abenaquis, détruit le poste anglais de Pemaquid qui se trouve au nord-est de la Kennebec, donc en territoire acadien selon le traité de Saint-Germain-en-Laye de 1632.



ALLIANCE ANGLO-IROQUOISE

Le gouverneur de New York, Edmund Andros, réunit les sachems des Tsonnontouans, des Onnontagués, des Goyogouins, des Onneyouts et des Agniers, leur annonce l'état de guerre, et leur fait accepter l'alliance avec les Anglo-Hollandais.

L'avis officiel de la guerre n'est pas encore parvenu au Canada lorsque, la nuit du 4 au 5 août, 1689, mille cinq cents Iroquois attaquent les habitations de Lachine, Dorval et Pointe-Claire, tuent vingt quatre personnes sur place et amènent soixante-dix captifs. LaRabeyre conduit trente soldats contre eux, et tous se font tuer.

Alors Vaudreuil, gouverneur intérimaire de Montréal, envoie une troupe de deux cents hommes au fort Rolland à Lachine, en ordonnant à tous de s'enfermer dans les forts et redoutes, et laisser passer l'orage.

Des Outaouais se trouvant à Montréal, méprisent la tactique défensive des Français, et, sans laisser voir, songent à s'allier aux Iroquois. Des Iroquois incendient le village de La Chesnaye où meurent vingt personnes. Par contre, au lac des Deux-Montagnes, Dulhut et d'Ailleboust de Manthet défont un détachement iroquois, en tuent dix-huit.

Denononville, se sachant révoqué, en attendant son successeur, envoie LeGardeur de Saint-Pierre apporter ses instructions au commandeur Duvault de Valrennes à Cataracoui, de faire sauter le fort qui n'est plus défendable, et de rentrer à Montréal, mais de tarder le plus longtemps possible avant l'hiver, au cas d'un ordre contraire de son successeur.

Frontenac fait la traversée sur une frégate de la flotte de LaCaffinière, qui le dépose à Québec le 15 octobre; puis l'amiral se dirige vers New York, qu'il doit attaquer de concert avec Frontenac. Il semble donc que ce dernier a des instructions pour conduire une armée contre la colonie de New York aussitôt arrivé à Québec. La longueur imprévue de la traversée rend une telle campagne irréalisable.

Le nouveau gouverneur se dispute avec l'ancien à propos de la démolition de Cataracoui, mais laisse passer l'occasion d'annuler. Les galériens sont arrivés sur la même flotte et Frontenac en envoie quatre avec trois de ses émissaires personnels, en Iroquoisie, pour traiter de paix.

En même temps, d'Iberville a quitté la baie James, et arrive à Québec le 28 octobre à bord d'un des navires qu'il a pris aux Anglais.

En décembre, le père Carheil, missionnaire chez les Outaouais, voit leur désaffection se muter en hostilité envers les Français, et demande à Zacharie Jolliet d'avertir le gouverneur. Jolliet part aussitôt de la région du lac Nipissing et Frontenac, recevant un tel courrier en plein hiver, comprend le sérieux de la situation et se détermine de passer tout de suite aux actes. Mais il veut se concilier les Iroquois et va s'attaquer aux vrais instigateurs de la guerre qui sont les Anglais.

À Montréal, on réunit une troupe de deux cents hommes avec les officiers: d'Ailleboust de Manthet, Le Moyne de Sainte-Hélène, Le Moyne d'Iberville, Le Moyne de Bienville, Le Gardeur de Repentigny et Le Ber Du Chesne. Le gouverneur leur donne pour objectif la ville d'Albany.

On part début février 1690, en raquettes, pour remonter la rivière Richelieu, traverser la longueur du lac Champlain ainsi que le lac Saint-Sacrement (George). Les Français choisissent de s'attaquer à Schenectady, objectif plus à mesure de leurs moyens, et plus à leur portée. Ils entrent dans la place fortifiée sous couvert de la nuit du 18, tuent soixante défenseurs et amènent vingt huit prisonniers. Le reste des villageois s'échappent vers Albany. Des Agniers harcellent la troupe pendant le retour.

Sur les entrefaites, LaCaffinière, après avoir fait des prises devant New-York, et ne voyant aucun signe d'armée venant du Canada, retourne en France lorsque la baisse de ses vivres le commandent. Fait significatif, le marquis de Seignelay décède vers ce temps, et le roi nomme Louis Phélipeaux, comte de Pontchartrain ministre de la marine et des colonies. Il n' aucune connaissance dans ce domaine, mais le roi (qui n'en sait pas davantage) va l'instruire. La marine ne sera plus comme au temps des Colbert.

Frontenac prépare une deuxième expédition, en partant de Trois-Rivières, et comprenant une cinquantaine de miliciens sous la direction de François Hertel. Trois fils Hertel servent comme officiers. Cette troupe prend et détruit la place fortifiée de Salmon Falls (Berwick,Maine) le 27 mars, puis, avec ses prisonniers, doit frayer son chemin à travers cent cinquante assaillants au retour. Une partie de la troupe se dirige vers un rendez-vous devant Casco (Portland,Me.).

Un flibustier anglais de Ferryland, Terre-Neuve détruit le poste de Plaisance, apporte toutes les provisions, et laisse le commandant Parat et la garnison dans un dénuement complet. Parat quitte son poste à la première occasion, laissant Louis de Costebelle commander en attendant le successeur désigné, Jean-François Brouillan.



L'ACADIE

Phipps, un marchand de Boston qui s'était enrichi en trouvant une épave espagnole aux Antilles, réunit sept cents hommes et affrète quelques navires pour opérer un coup de main sur l'Acadie. Il débarque son armée près du fort de Port Royal à la mi-mai, et le commandant Menneval se rend à la première sommation, en obtenant la promesse que les propriétés seront respectées.

Phipps embarque ses quarante prisonniers et fait le tour de l'Acadie, allant jusqu'à Gaspé pour tout saccager, avant de rentrer à Boston. D'autres Bostonnais viennent incendier Port-Royal, pendant que Phipps, fort de ce triomphe, prépare un nouveau coup.

Enfin, Frontenac organise une troisième expédition à Québec qu'il confie à Robineau de Portneuf et qui a pour destination le bourg de Casco (Portland,Me.) au bord de la mer. Hertel et Saint-Castin le rallient le 29 mai sous les murs de la place.

Les défenseurs les voient venir, alors les Français doivent assiéger la place, une opération qu'ils réussissent quoique personne n'avait la moindre expérience dans cette technique. Les Anglais capitulent le lendemain, et l'on amène soixante hommes prisonniers. Quatre navires devant secourir la place, ne voyant pas de drapeau anglais, n'osent pas s'en approcher.

Les Iroquois ont rôti et mangé deux des envoyés de Frontenac. Des Hollandais rachètent le troisième, le chevalier d'Aux.

La petite guerre continue, mais les Canadiens sont aux aguets, et les pertes diminuent. En l'absence de son mari François Jarret de Verchères, Marie Perrault défend avec succès son habitation fortifiée contre un groupe d'Iroquois. Cependant, ces escarmouches gênent la culture des champs, la production agricole tombe et la disette se répand.

Les Anglais, étant de nouveau installés à la baie James, d'Iberville et Denys de Bonaventure s'y dirigent par mer, capturent le commandant du poste de New-Severn et deux navires. Bonaventure rentre à Québec, mais d'Iberville passe l'hiver à la baie.

La Compagnie de Londres, toujours solidement installée au fort de Bourbon qu'elle a renommé Nelson, envoie Kelsey explorer le fleuve qu'il appelle également Nelson. Il le remonte jusqu'au lac Ouinipeg qu'il traverse pour ensuite monter la rivière Saskatchouan.

A la rivière Des Prairies sur l'île de Montréal, vingt français, dont François Jarret, tombent en se défendant contre des Iroquois.



LE ROI JACQUES

En Europe, le 30 juin 1690, l'amiral de Tourville conduit une magnifique flotte contre une anglo-hollandaise un peu inférieure, et la détruit au large de Beachy Head. En Irlande, Jacques abandonne ses efforts pour réduire la ville de Londonderry, place forte des Anglo-protestants.

Sur le continent, le duc de Luxembourg défait les Hollandais à Fleurus, en Belgique, le premier juillet, mais cela n'empêche pas Guillaume d'Orange d'envoyer Churchill et Schomberg avec une armée de trente six mille hommes en Irlande.

La bataille a lieu à la rivière Boyne le 12 juillet (calendrier anglais). Les adhérents irlandais de Jacques fuient, laissant aux troupes françaises de couvrir la retraite. La marine française vient évacuer l'armée et la poignée d'Irlandais qui veulent encore se battre pour Jacques.

En Italie, Nicolas Catinat, le commandant français, défait le duc de Savoie et les Espagnols à Staffarde, près de Saluces, et occupe toute la Savoie sauf la forteresse de Montmélian.



INVASION

Les coloniaux anglais d'Amérique décident d'envahir le Canada sans l'assistance de la métropole. Winthrop conduit une armée au lac Saint-Sacrement pendant que Phipps dirige sa flotte de trente quatre navires sur Québec. Une épidémie de petite vérole fait périr une bonne partie de l'armée de Winthrop, l'obligeant à se retirer. Frontenac se trouve à Montréal occupé à sa défense, lorsqu'il apprend la retraite de Winthrop.

Le lendemain, un courrier lui révèle qu'une immense flotte s'approche de Québec. Le sieur Provost, major de Québec, de son chef, fait creuser des retranchements aux endroits stratégiques, que le gouverneur ne peut qu'approuver lors de son arrivée, le 14 octobre. Phipps fait une descente à la rivière Ouelle: le curé Terrier de Francheville rallie ses paroissiens et force les Anglais à rembarquer.



SIÈGE DE QUÉBEC

Phipps arrive devant Québec le 16 octobre avec deux mille sept cents miliciens à bord. Il envoie un officier lire une sommation au nom du roi Guillaume de céder la ville et le pays. Frontenac, entouré de ses officiers, refuse d'écrire, lui dit qu'il ne connaît pas le roi Guillaume, qu'il traite d'usurpateur, et qu'il répondra au commandant par la bouche de ses canons.

Phipps est surpris, car il croyait la ville non fortifiée. Dans la canonnade qui suit, il essuie plus de dommages qu'il en inflige à la ville. Le lendemain Callières arrive à la tête des troupes de Montréal.

Le major Whally débarque mille cinq cents hommes sur les battures de Beauport, où quelques centaines de Canadiens leur font une chaude réception. Les Anglais veulent avancer à la rivière Saint-Charles, mais la résistance est telle que la nuit tombe avant qu'ils aient pu la rejoindre.

Whally ordonne de rembarquer pendant la nuit, mais un problème d'organisation l'en empêche. Le lendemain, les escarmouches continuent, infligeant de lourdes pertes aux Anglais. La nuit suivante, ils réussissent leur rembarquement, en abandonnant leurs cinq canons.

Les officiers Clermont et LaTouche sont tombés pendant ces combats, LeMoyne de Sainte-Hélène est blessé, et mourra quelques jours après. Le vieux Nicolas Juchereau de Saint-Denis, à la tête de sa compagnie de miliciens a le bras fracassé par une balle.



RETRAITE

La saison étant avancée, Phipps s'éloigne, puis revient pour proposer un échange de prisonniers. Il rend les siens, qu'il avait capturé à l'île d'Anticosti, mais il y a très peu de prisonniers anglais à Québec. Frontenac offre d'en faire venir de Montréal, si l'autre veut bien attendre. Phipps préfère partir, mais



demande humblement permission d'acheter du bois de chauffage pour le voyage de retour, ce que le gouverneur accorde.

Les Anglais essuient une tempête dans le golfe et rentrent à Boston après avoir perdu neuf navires et mille hommes. Bilan désastreux pour une entreprise qui devait s'auto-financer.

En Italie, Catinat assiège et prend la forteresse de Montmélian sur le duc de Savoie.

En Belgique, le duc de Luxembourg prend la place forte de Mons tout en tenant en respect l'armée de Guillaume d'Orange campée tout près.



REPRISE

Villebon, nommé commandant en Acadie, remonte le drapeau du roi à Port Royal en 1691 juste avant l'arrivée du colonel Tyng de Boston pour gouverner. Il tombe prisonnier de Denys de Bonaventure qui saisit aussi son navire.

De Québec, Frontenac envoie Augustin Courtemanche avec dix hommes à Michilimacinac répandre la nouvelle de la défaite anglaise devant Québec, et encourager Hurons et Outaouais à reprendre la guerre contre les Iroquois, ce qu'il réussit.



LAPRAIRIE

De leur côté, les Iroquois se plaignent que les Anglais leur laissent presque toute l'effort de guerre. Il faut bien leur donner raison, alors le major Peter Schyler d'Albany conduit une troupe de trois cents hommes à Laprairie, où il attaque, en pleine nuit un campement de sept cents hommes sous le commandement de Jadon de Saint-Cyrque. Les Français finissent par repousser l'envahisseur, mais le commandeur ainsi que les officiers Domergue, d'Escairac et d'Hosta se sont fait tuer dans le combat. Schyler se retire sur Saint-Jean où Valrennes le rejoint, et le met en fuite. Ici, c'est LeBer du Chesne qui perd la vie.

A la baie d'Hudson, d'Iberville au fort Sainte-Anne, repousse une attaque anglaise, saisit un de leurs navires, avec lequel il revient à Québec. Il a laissé quelques-uns de ses compagnons qui construisent le fort Sainte-Thérèse sur les ruines du fort Severn.

A Plaisance, Terre-Neuve, Brouillan et LaHontan repoussent une attaque de l'amiral Williams, pendant que l'escadre du chevalier DuPalais mouille au Cap Breton.



COMBAT NAVAL AU COTENTIN

En 1692, Louis XIV veut envahir l'Angleterre, en profitant des appuis que Jacques est supposé y avoir pour le remettre sur son trône. Pour ce, le ministre Pontchartrain, n'osant pas expliquer au roi le danger, transmet la pression royale à Tourville, qui est contraint d'avancer sur la flotte adverse deux fois plus forte que la sienne. Tourville, qui attend l'arrivée de la flotte de Toulon, se méfie de ces supposés appuis. Mais, devant l'insistance du roi, et avant de se faire accuser de lâcheté, le 29 mai, il avance contre la flotte anglo-hollandaise.

Pas un navire anglais ne déserte, les Français font des prodiges en combattant pendant dix heures, sans perte de vaisseau. Mais ses munitions s'épuisant, Tourville doit battre en retraite. Il parvient à diriger la plupart de ses vaisseaux sur Saint-Malo, faisant barrière au Cotentin avec les vaisseaux qui restent. Il fait échouer ceux-ci sur la plage de Saint-Vaast-la-Hogue pour sauver ses équipages, tandis que d'innombrables marins anglais viennent en chaloupe mettre le feu aux vaisseaux. Bilan au 3 juin: onze vaisseaux de 80 canons et plus, et quatre de moindre poids, perdus. Sur les vingt neuf de sauvés, seulement cinq portent 80 canons. Beaucoup des vaisseaux détruits avaient moins de deux ans. Le roi perd confiance dans l'arme navale pour soutenir sa politique. Il refusera dorénavant de risquer le gros de sa flotte dans un seul engagement.

Au mois de juin, en Belgique, Louis XIV dirige lui-même le siège de Namur, qui tombe en huit jours, pendant que le duc de Luxembourg tient l'armée de Guillaume à l'écart.

Le trois août 1692, au petit jour, Guillaume conduit l'armée hollandaise au campement de Steinkerk, où il surprend l'armée du duc de Luxembourg. Celui-ci, quoique malade, parvient à redresser la situation, avant que l'arrivée de Condé, Vendôme, Choiseul, et Boufflers oblige les Hollandais à battre en retraite, ce qu'ils font en bon ordre.

Au Canada, en octobre, quelques Iroquois surprennent dans les champs, Madeleine Jarret de Verchères âgée de quatorze ans. Elle s'échappe et s'enferme dans le fort familiale. En l'absence de ses parents, elle dirige la défense, avec l'aide de son jeune frère Pierre et un vieux serviteur, jusqu'à l'arrivée de La Mollerie huit jours plus tard.

. Jacques Leber, propriétaire du fief de Senneville, y érige un fort en pierre au bord du lac des Deux-Montagnes assez spacieux pour loger une garnison. Ce poste est appelé à protéger l'île de Montréal de ce côté.



FRONTENAC ET LES IROQUOIS

A Québec, Frontenac se rendant enfin compte que les Iroquois se moquent de lui, envoie d'Ailleboust de Manthet, Courtemanche, Robutel, Le Gardeur de Tilly et six cents hommes porter la guerre chez les Agniers en janvier 1693. Les guerriers se dérobent, mais ne parviennent pas à évacuer les non-combattants. Après que les Français eurent détruit les trois bourgades et les magasins de victuailles, ils ramènent une foule de prisonniers à Montréal.

Guillaume III réunit une immense flotte en 1693 pour envahir la France. Apprenant ce projet un peu d'avance, Louis XIV confie le commandement de toutes les armées des côtes du Ponant à Vauban, qui se met aussitôt à fortifier les endroits stratégiques et à organiser les milices.

En même temps, l'amiral anglais Francis Wheeler se voit confier une flotte de quarante sept vaisseaux et navires de transport avec pour objectifs la prise de la Martinique et ensuite de Québec. Il se fait repousser de la Martinique, puis, en escale à Boston, se voit refuser toute contribution du gouverneur du Massachussetts, inquiet de sa propre sécurité.

Wheeler se dirige alors sur Plaisance, Terre-Neuve, qu'il trouve très bien défendu par Brouillan, LaHontan et Costebelle. Il retourne à Boston après avoir perdu trois mille hommes à la maladie qui se répand dans la ville.

Le 28 juin 1693, l'amiral Tourville, selon la nouvelle politique royale de se limiter aux entreprises navales rentables, attaque un immense convoi anglais au large de la ville portugaise de Lagos, et détruit vingt quatre navires et l'escorte que commande l'amiral Rooke.

En Belgique, le duc de Luxembourg défait Guillaume d'Orange à Neerwinden, le 29 juillet.

Le 4 octobre, en Italie, Catinat gagne la bataille de Marsaille sur le duc de Savoie et le prince Eugène qui dirige les troupes Impériales.

A la baie d'Hudson, trois navires anglais viennent mouiller devant le fort de Sainte-Anne. Les cinq Canadiens en garnison s'échappent et se rendent à pied à Montréal.

Une flotte anglaise bombarde Saint-Malo à la fin de 1693. On veut détruire la ville au moyen d'une "machine infernale": un navire bourré d'explosifs, de combustibles et de ferraille, que l'équipage mouille tout près de l'agglomération. Mais, une fois allumée, une lame le déplace au ras de la tour Bidouane où il saute en cassant beaucoup de vitres Au début de 1694, la marine anglaise bombarde Dieppe, qui est détruite dans un brasier spectaculaire.

En avril, une escadre de la flotte de Brest est mutée à Toulon. Enfin vient l'invasion tant attendu; le 18 juin: les Anglais que commande Berkeley, débarquent au Camaret au nombre de mille cinq cents et Vauban, commandant du Ponant, ayant prévu cette attaque se trouve à Brest, d'où il dirige la défense. Une centaine seulement d'assaillants parviennent à rembarquer.

A la fin juillet, Frontenac, sans attendre l'aval du roi, envoie Crisafy avec six cents hommes remonter le fort de Cataracoui, dont les remparts sont restés presque intacts. Il y laisse une garnison de quarante cinq hommes.

Louis de Joncaire, prisonnier des Tsonnontouans, gagne leur confiance, assez pour se voir confier le rôle d'ambassadeur afin de négocier la paix, lors d'une rencontre en Onnontagué en août.

De l'Acadie, Sebastien de Villieu dirige une centaine d'Abenaquis contre le village de Durham au Nouveau-Hampshire, le 26 août, le détruit et ramène de nombreux prisonniers.

A la baie d'Hudson, en octobre, d'Iberville, Serigny et Chateauguay saisissent le fort Nelson (Bourbon) des Anglais. Après avoir envoyé Renaudot explorer cette rive de la baie, vers le nord, dans l'espoir de trouver le passage à l'Asie, D'Iberville passe en France, en laissant Testard de LaForest et LeMoyne de Martigny en garnison.

Dans l'Ouest, les explorateurs Pierre LeSueur et Penicaut partent de Michilimacinac, traversent le lac Michigan et la baie des Puants, portagent à la rivière Ouisconsin, rejoignent le Mississipi qu'ils descendent jusqu'à la Missouri. Ils remontent celle-ci jusqu'à la rivière Verte (Heart, N.D.). Le but est d'établir les communications avec de futures colonies de la Louisiane.

Au cours de l'été, arrive à Québec un contingent de troupes de France.

A Paris, janvier 1695, le maréchal duc de Luxembourg décède. Il s'est mérité le sobriquet de "tapissier de Notre-Dame" vu le grand nombre de bannières prises à l'ennemi, décorant la cathédrale de Paris. Villeroy et le duc du Maine (fils du roi) le remplacent en Belgique.

En septembre, Guillaume d'Orange investit la forteresse belge de Namur, et Villeroy, voulant soulager la place, ordonne au duc du Maine, qui se trouve le plus rapproché, d'attaquer l'avant-garde ennemi que commande Vaudemont. Le duc tergiverse, ce qui donne à Vaudemont le temps de se retrancher. Les dispositions des alliés sont bientôt assez bien prises que les Français sont incapables de secourir la place, et Boufflers, le commandant, est contraint de capituler un mois plus tard.



FRONTENAC EN IROQUOISIE

Au Canada, les Onnontagués et les Onneyouts étant toujours hostiles aux Français, Frontenac décide de conduire lui-même une vaste opération contre eux. Il réunit une armée de deux mille trois cents hommes, blancs et rouges pour les forcer à la raison. Parmi les officiers, on trouve: Beauvais, Callières, Crisafy, Daneau deMuy, deGrais, Deschambault, Dumesnil, deGranpré, deGranville, Legardeur, LeMoyne, Morel, Ramezay, Robineau, Saint-Martin, Subercase et Vaudreuil.

On embarque à l'île Perrot le 7 juillet pour monter la rivière de Cataracoui (le fleuve Saint-Laurent) jusqu'au fort du même nom, nouvellement restauré, où les gens de l'ouest doivent rejoindre l'armée. Après avoir attendu quelques jours, Frontenac juge qu'il vaut mieux s'en passer que de perdre encore du temps.

Les Français traversent le lac Ontario et débarquent à la rivière Chouaguen (plus tard designée Oswego) qu'on remonte. Les Onnontagués ont évacué leurs villages, que les Français détruisent ainsi que le maïs dans les champs. Frontenac envoie Vaudreuil avec six cents hommes aux villages Onneyout où il ne trouve qu'une quarantaine de sachems.

Ceux-ci supplient qu'on ne détruise pas leurs cabanes ni leur maïs. Vaudeuil leur réplique qu'ils n'ont qu'a suivre l'armée à Montréal, donc, ils n'ont plus besoin ni des cabanes ni du maïs resté sur place. Alors, les Français détruisent tout et amènent les sachems.

Dans un conseil de guerre, on propose d'avancer chez les Goyogouin, pour y semer la même destruction et d'établir un fort dans chacun des cantons. Frontenac décide que c'est inutile et dangereux de laisser des garnisons isolées dans le pays iroquois, rappelant, sans l'avouer, l'expérience de Denonville à Niagara. Après d'autres destructions, le gouverneur donne le signal du retour.

En Italie, le maréchal Catinat défait encore une fois le duc de Savoie et lui fait signer le traité de Notre-Dame de Lorette, par lequel la fille du duc épouse le duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV. Elle sera la mère de Louis XV.



IBERVILLE A PEMAQUID

D'Iberville et Denys de Bonaventure arrivent de Rochefort en Acadie en juillet commandant chacun un vaisseau du roi. Ils défont une flottille de trois frégates anglaises au large du fleuve Saint-Jean, ensuite ils passent à Pentagoët embarquer Saint-Castin, Villieu, Testard de Montigny, d'Amours et leurs troupes, pour aller à Pemaquid, où ils arrivent le 13 août 1696.

Le commandant anglais Chubb se rend sans conditions après avoir encaissé quelques bombes, puis les Français démolissent la forteresse et amènent leurs prisonniers à Pentagoët. Tandis que les vaisseaux partent pour Terre-Neuve, Villieu, Saint-Castin et vingt deux soldats restent à Pentagoet pour un échange de prisonniers. Vient une frégate anglaise pour cet échange, mais voyant les Français peu méfiants et si peu nombreux, les Anglais les saisissent et les amènent à Boston. Frontenac sera obligé de payer rançon pour les libérer.



CHURCH EN ACADIE

En même temps, le Bostonnais Church fait des ravages à Beaubassin, où des Acadiens commencent seulement à s'établir, puis il se rend à Naxoat sur le fleuve Saint-Jean en septembre. Hawthorne vient le renforcer avec deux navires. Villebon les repousse avec l'aide de D'Amours de Clignancourt, Robineau de Neuvilette, le capitaine Batiste et des guerriers Malécites.

Puisque l'Espagne fait partie de l'alliance contre la France, DePointis porte la guerre au Mexique, saisissant la ville de Carthagène après un siège de cinq jours, et en tirant une rançon de douze millions.



IBERVILLE A TERRE-NEUVE

De son côté, d'Iberville, rendu à Plaisance, entreprend la conquête des postes anglais de Terre-Neuve par terre, avec la participation de d'Amours de Chauffours, d'Amours de Plaine, Dugué de Boisbriand, Daneau de Muy et Testard de Montigny, pendant que le gouverneur Brouillan attaque la capitale de Saint-Jean par mer.

Les Français se retrouvent à Plaisance en mai 1697 après avoir détruit tous les postes anglais sauf la place forte de Carbonaer. D'Iberville se dispose pour en faire le siège lorsqu'arrive de France son frère, de Serigny, avec cinq vaisseaux, et des instructions adressées à d'Iberville d'en prendre le commandement et d'aller enlever le dernier poste anglais de la baie d'Hudson, le fort de Bourbon (Nelson).

L'escadre quitte Plaisance le huit juillet, puis, seize jours plus tard, une flotte de douze vaisseaux français arrive sous le commandement de l'amiral Nesmond. Celui-ci se rend à la capitale de la Terre-Neuve anglaise, y aperçoit la flotte de l'amiral Norris, sensiblement égale à la sienne. Le roi a donné des instructions à tous ses commandeurs d'éviter les affrontements d'envergure, alors, Nesmond vire de bord et se rend à Québec pendant que les deux mille hommes de Norris continuent la reconstruction des fortifications de Saint-Jean.

A Québec, Nesmond constate que les Canadiens ne sont pas en état de faire campagne contre la colonie de New York, but principal de son voyage; donc il laisse des vivres, car il y a disette, et retourne en France.



IBERVILLE A LA BAIE D'HUDSON

Pour d'Iberville et ses compagnons, le voyage dans la baie d'Hudson est pénible. Les glaces dispersent les vaisseaux, le plus petit se fait écraser entre deux banquises et coule. On parvient à sauver l'équipage. Un autre rencontre trois navires anglais avec lesquels il échange des coups de canon.

Le 4 septembre 1697, d'Iberville, sur le Pélican portant 44 canons, se trouve seul à mouiller devant le fort de Bourbon. Peu après apparaissent trois voiles; il fait les signaux convenus: pas de réponse. Ce sont des Anglais. Il lève l'ancre et avance sur eux.

La canonnade commence aussitôt qu'ils sont à portée. Après quelques heures de combat, d'Iberville lâche une bordée sur la ligne de flottaison du Hampshire, 56 canons, au moment qu'il gîte, puis, en se redressant, celui-ci coule promptement. D'Iberville vire pour attaquer le deuxième qui n'est qu'une frégate, et qui baisse pavillon aussitôt.

D'Iberville veut poursuivre la troisième, aussi une frégate, mais le Pélican fait de l'eau, ayant encaissé plusieurs boulets à la flottaison. Le temps de colmater les brèches importantes, et l'adversaire est trop loin.

Pendant la nuit, une violente tempête s'élève, les deux navires chassent sur leurs ancres, et s'échouent. On sauve les équipages dont de nombreux blessés et malades, puis d'Iberville ordonne les travaux de siège. En peu de jours, les trois autres vaisseaux français arrivent et les Anglais capitulent le 12 septembre.

Dans l'Ouest, les Miamis (Illinois) doivent se défendre contre les Iroquois, les Sioux et une bande de Sauteurs. La disette qui persiste au Canada empêche Frontenac d'entreprendre quelque campagne.



COUP DE KONDIARONK

Le chef huron Kondiaronk, décidé enfin à mettre ses talents au service des Français, fait sa petite contribution. En traversant le lac Erié, avec cent cinquante guerriers, il aperçoit un attroupement d'Iroquois de nombre à peu près égal sur la berge. Une soixantaine d'autres voguent au large en canot; alors, il fait mine de fuir, et les Iroquois en canot le poursuivent. Lorsque ceux-ci sont suffisamment éloignés de leurs copains, Kondiaronk donne le signal à ses hommes qui virent et fusillent les soixante Iroquois. Ceux restés à terre prennent alors la fuite.

A une autre occasion, le chef onnontagué "Chaudière Noire" que les Français ont souvent eu l'occasion de redouter, fait la chasse avec quarante guerriers aux alentours du fort Cataracoui. Un groupe de jeunes Algonquins sous Kiouet les surprend et les défait. Chaudière Noire, mortellement blessé, exprime son dépit de mourir de "la main d'un enfant".

En Hollande, Hennepin publie un récit de son voyage au Mississipi, et propose à Guillaume d'Orange de s'emparer de ce territoire.

Vers ce temps, Henri de Tonty fait publier, à Paris, le récit des découvertes de LaSalle. En Espagne, le 8 août 1697, le duc de Vendôme occupe la ville de Barcelone.





En Europe de l'Est, les Impériaux sous le prince Eugène parviennent à expulser les Ottomans de la Serbie en gagnant la bataille de Zenta, le premier septembre. Eugène occupe la ville de Belgrade et commence des négociations de paix avec le sultan.



LA PAIX DE RYSWICK

Les alliés acceptent enfin de signer le traité de Ryswick avec la France, le 20 septembre 1697. Par ce traité, la France se voit confirmer la possession de la côte Atlantique de l'Amérique au nord de la rivière Kennebec (44e parallèle), ce qui comprend Pentagoët, le fleuve Saint-Jean et l'Acadie péninsulaire; les côtes ouest et sud de Terre-Neuve, et le bassin de la baie d'Hudson, en laissant seulement le poste de traite d'Albany (Sainte-Anne) aux Anglais. L'Angleterre reconnaît comme français le bassin des Grands Lacs et l'immense vallée du Mississipi.

En Europe, Louis XIV remet à l'Espagne et à l'Empire les conquêtes faites sur eux, et rend la Lorraine à son duc Léopold. Il accepte que les Hollandais maintiennent des garnisons dans les places dites de la Barrière en Belgique qui demeure politiquement espagnol. Il reconnaît enfin Guillaume roi d'Angleterre mais continue à pensionner Jacques Stuart, qui réside, oublié, au château de Saint-Germain

La Hollande s'est ruinée dans ce conflit, ayant dû fournir la plupart des troupes qui ont affronté les Français. Leur association avec l'Angleterre a permis aux commerçants de ce pays de s'introduire dans les colonies hollandaises, au détriment des Hollandais.

La France s'est également ruinée dans cette guerre. Elle en est sortie avec des dettes qui prendraient bien des années de paix à se résorber. Le roi impose la consigne de la parcimonie dans les dépenses d'état, dont la marine.

L'Angleterre a réussi à s'affirmer comme le comptoir commercial de l'Europe, en s'accaparant une bonne partie du commerce hollandais et son chiffre d'affaires sans précédent apporte assez de revenus à l'état pour permettre de maintenir une marine inégalée et toujours prête à servir. A la guerre des armées succède la guerre économique.

Au Canada, les Iroquois ne se sentent pas liés par cette paix, ils ont laissé parler les gouverneurs de New York en leur nom mais ne se reconnaissent nullement sujets britanniques. Ils continuent la pratique d'une petite guerre tout en envoyant de temps en temps une ambassade pour négocier. Frontenac souhaite bien conclure cette paix qu'il avait promise au roi, mais il décède en 1698, laissant la tâche à son successeur Louis-Hector de Callières.

EN LOUISIANE

D'Iberville quitte la baie d'Hudson pour aller en France avec les restants de son escadre. Le ministre Pontchartrain lui demande alors de réaliser le projet manqué de LaSalle: établir une colonie aux bouches du Mississipi. Le ministre demande au Canadien d'éviter tout affrontement avec les Espagnols, vu l'activité diplomatique à propos de la succession.

D'Iberville quitte LaRochelle le 24 octobre 1698 avec son équipe de Canadiens qui a choisi de continuer à partager son sort. Les Espagnols ont vent des préparatifs pour la Louisiane, et se hâtent d'envoyer une troupe au golfe du Mexique, laquelle érige le poste de Pensacola dans un havre qu'envisage justement d'Iberville.

Lorsque celui-ci s'y présente, le commandant le menace de ses canons, et d'Iberville se retire après avoir sondé la rade. D'Iberville trouve les bouches du Mississipi un peu plus loin et établit le poste de Biloxi en déça de quelques lieues.

Aux Balkans, le prince Eugène signe, au nom de l'empereur, le traité de Karlowitz avec le sultan, par lequel les Ottomans cèdent la Hongrie et la Transylvanie à l'Empire, La Morée et la Dalmatie à Venise, la Podolie et l'Ukraine occidentale à la Pologne et Azof à la Russie de Pierre le Grand. Ce dernier fait déjà sentir sa présence, et, par cette acquisition, il gagne accès à la mer Noire.

En 1699, le roi nomme Jérôme de Pontchartrain ministre de la marine à la place de son père. D'Iberville amène deux cents colons à Biloxi, en Louisiane, l'an 1700. Parmi eux se trouvent ses frères, Bienville et Chateauguay, ainsi que Juchereau de Saint-Denis, LeVasseur, Dugué de Boisbriand, Denys de LaRonde, Sauvolle et le père Paul de Ru.

Au cours de l'été, au Canada, Callières envoie en Iroquoisie LeMoyne de Maricourt, Joncaire et le père Bruyas dans le but de chercher des appuis pour la paix.

En Acadie, le gouverneur Robineau de Villebon décède et Villieu prend l'intérim, mais c'est Brouillan que la cour de Versailles nomme à ce poste.

A NewYork,Livingston propose une occupation anglaise du détroit entre les lacs Erié et Huron. On en a vent à Québec et Callières envoie Cadillac y établir une colonie agro-militaire l'année suivante, ce qui solidifie les communications entre le Canada et la Louisiane. Dans cette dernière colonie, d'Iberville et Tonty parviennent à établir la paix entre les Chicasas et les Chactas alliée aux Illinois.

La récente guerre a amené des conditions difficiles dans la population canadienne; on compte un grand nombre d'orphelins, d'invalides et de vieillards sans ressources. Pour les soulager, François Charron conçoit l'idée d'un hôpital général à Montréal. Il s'associe Pierre LeBer et Jean Fredin pour l'établir à la pointe-à-Callières où il se trouve toujours. Monseigneur de Saint-Vallier, évêque de la Nouvelle-France, fait de même à Québec, en utilisant le couvent Notre-Dame des Anges des Récollets. Cet édifice sert encore d'hôpital générale aujourd'hui.



L'ESPAGNE

La question de la succession d'Espagne s'est posé dès que Charles II accèda au trône à l'âge de quatre ans en 1665. Nous savons que, vu sa mauvaise santé, trois ans plus tard on discutait du partage de l'Empire espagnol. La reine-mère et régente Marie-Anne s'y opposa résolument.

En 1698, Charles étant au plus mal, Louis XIV et Guillaume d'Orange parviennent à s'entendre, le 8 septembre, sur un projet de partage. Charles a vent du projet, s'oppose, comme tous les Espagnols, à quelque partage que ce soit et fait un testament en faveur de Joseph-Ferdinand-Léopold de Wittelsbach, héritier de Bavière, âgé de quatre ans. Mais ce prince décède le 6 février 1699.

Pendant ce temps, le marquis d'Harcourt, ambassadeur français à la cour de Madrid y emploie ses considérables talents pour dissiper petit à petit les préjugés anti-français.

Charles favorise alors la candidature de son homonyme, fils cadet de l'empereur Léopold d'Habsbourg. Cette préférence est vite connue à Versailles, et Louis XIV rappelle son ambassadeur qu'il met à la tête d'une armée campée sur la frontière des Pyrénées. De leur côté, les représentants allemands de l'empereur, deviennent tellement confiants et insolents, qu'ils se rendent insupportables aux Espagnols.



LE DUC D'ANJOU

Excédé, le conseil propose alors comme futur roi, le duc d'Anjou, deuxième fils du Grand Dauphin, à la condition qu'il renonce à la succession française. Le roi Charles est d'accord, refait son testament en conséquence, et décède le premier novembre 1700. La diplomatie du duc d'Harcourt a porté fruit au delà de toute attente.

C'est la surprise à Versailles, où les ministres Pontchartrain et Beauvilliers s'opposent à son acceptation, craignant d'attirer l'hostilité de l'Angleterre. Louis l'accepte, le 11 novembre tout en se disant incapable de retirer à Philippe, duc d'Anjou, ses droits à la succession de France.

Avec l'accession de son petit-fils au trône d'Espagne, sous le nom de Philippe V, Louis voit ses frontières entourées de pays amis. Il ne tarde pas à se sentir chez lui en Belgique, dépendance espagnole, en expulsant les garnisons hollandaises des places de la Barrière, en mars 1701, geste peu amical envers Guillaume d'Orange, toujours stathouder de la Hollande, et roi de l'Angleterre. Ces places sont: Luxembourg, Namur, Charleroi, Mons, Ath, Oudenard, Courtrai et Nieuport.

D'autre part, en Italie, le duc de Mantoue accepte une garnison française, et le prince de Vaudemont, gouverneur du Milanais, annonce reconnaître Philippe comme son roi. Le Portugal reconnaît également Philippe roi d'Espagne.

En Angleterre, Guillaume d'Orange, ne tarde pas à soutenir la candidature de Charles, fils cadet de l'empereur Léopold, comme roi d'Espagne et obtient l'apui de l'Angleterre, la Hollande, l'Empire, le Danemark et quelques princes allemands.

La France s'assure l'appui de la Suède, de la Bavière, de la Savoie et de Cologne. Louis XIV, estime que ce sont les armées qui décideront, mais il réitère au ministre Pontchartrain l'ordre de limiter les armements de la marine, par un besoin d'économie, et d'éviter de risquer la flotte en des batailles rangées. La marine est donc appelée à jouer un rôle secondaire contre un adversaire toute puissante sur mer



EUGÈNE

Le prince Eugène reçoit le commandement des armées de l'Empire, et envahit les possessions espagnoles d'Italie par le Trentin en juillet 1701, avec trente mille hommes. Louis XIV a donné des consignes à ses généraux de ne pas commencer les hostilités. Il envoie le maréchal de Catinat commander en Italie, ce qui déçoit le comte de Tessé, qui dirigeait à ce moment. Ce dernier subit l'influence de Vaudemont gouverneur du Milanais, anciennement général dans l'armée Impériale, et qui, dit-on, contribue sans laisser voir, à la dissidence entre les deux généraux.

Les Impériaux, bien renseignés, battent Saint-Fremont à Carpi, et les Français sont contraints de se retirer derrière la rivière Oglio. Cet insuccès et d'autres qui suivent servent de motifs à Tessé pour décrier Catinat auprès du roi, tellement que ce dernier nomme le duc de Villeroy commandant suprême en Italie.



MARLBOROUGH

Aux Pays-Bas, Guillaume d'Orange, languissant depuis une chute de cheval, confie le commandement de l'armée anglo-hollandaise à John Churchill, devenu le duc de Marlborough. Celui-ci, qui a fait son apprentissage militaire sous Turenne, part de Nimègue pour repousser Boufflers à Diest, puis prend Kaisersworth et Rheinberg dépendances de Cologne, en juillet 1701.

En Italie, le duc de Savoie, dirigeant une armée française, veut occuper le poste stratégique de Chiari; mais Eugène le devance, et le duc essuie de lourdes pertes en essayant de l'en expulser.

SUCCESSION ANGLAISE

Le 16 septembre, Jacques II décède au château de Saint-Germain. Sa veuve vient implorer Louis XIV de reconnaître son fils comme roi d'Angleterre sous le nom de Jacques III. Louis, jugeant la guerre commencée de toute façon, se laisse convaincre, contre l'avis de ses ministres. Il estime s'acquérir le soutien des jacobites anglais qui ont encore du poids

La nuit du 2 février 1702, le prince Eugène fait entrer quatre cents soldats par un égout dans la ville fortifiée de Crémone (Italie). Ceux-ci ouvrent les portes, et quatre mille autres entrent. A ce moment, le commandant d'Entragues, en train de préparer une revue de ses troupes, accourt et, en combattant les Impériaux, donne le temps au reste de la garnison de se lever. Villeroy entend le tumulte et s'approche à la hâte et sans escorte, tombe entre des mains ennemies. Le capitaine Praslin fait couper un pont sur la rivière Pô, ce qui empêche le reste de l'armée impériale d'entrer dans la ville. Le coup est raté, Eugène se retire après une journée de combats, amenant Villeroy et quelques autres prisonniers de marque. A cette nouvelle, le roi nomme le duc de Vendôme commandant en Italie.

En Angleterre, Guillaume meurt le 16 mars, et Anne Stuart, fille cadette de feu le roi Jacques II, et donc soeur de la défunte reine Marie, lui succède. Ne pouvant que respecter l'opinion publique furieusement montée contre Louis XIV, elle entérine la politique de son prédécesseur, et déclare formellement la guerre à la France, le 15 mai 1702. Elle confirme Marlboro dans le commandement de son armée ainsi que ministre de la guerre..



En Allemagne, le margrave de Bade met le siège à la ville de Landau en juin, et obtient la capitulation de sa garnison française le 14 octobre. Le duc de Villars avance contre le margrave, le défait et occupe le château de Freidlingen près de Huningue.

Aux Pays-Bas, Marlboro prend les places de Liège, Roermond et Venlo sur le Français Boufflers.



VIGO

L'amiral de Château-Renault, escortant, avec dix huit vaisseaux, un convoi de galions espagnols chargé de trésors d'Amérique, apprend que le port de Cadix est bloqué par une flotte anglo-hollandaise de cinquante vaisseaux sous l'amiral Rooke. Il veut se diriger sur Rochefort; les Espagnoles s'objectent, et insistent pour aller à Vigo, port qui n'offre aucune protection.

Rendu à cet endroit, Château-Renault se hâte de se mettre en défense, et presse les Espagnols de transporter leurs trésors en lieu sûr. Surgit la flotte de Rooke, le 22 octobre, qui détruit les Français, capture plusieurs galions encore chargés, et met le feu au reste. Les pertes sont immenses. Il semble que des firmes hollandaises, toujours impliquées dans le commerce des colonies espagnoles subissent leur part des pertes. La marine française ne conteste plus la britannique, et Louis XIV ne semble pas y voir d'inconvénient.

En janvier 1703, le duc de Savoie commence à se repentir de son alliance avec la France, et se met à négocier secrètement avec l'empereur.

L'amiral anglais Walker, envoyé aux Antilles, se fait repousser à la Guadeloupe. L'amiral Graydon lui enlève son commandement, réunit les deux flottes et se dirige vers Terre-Neuve.

En Europe, le 15 mai, Coëtlogon conduit cinq vaisseaux de Brest vers Toulon, rencontre un convoi hollandais au large de Lisbonne, détruit l'escorte aussi forte que son escadre, et fait quelques captures.

A Terre-Neuve, Amariton avec cinquante deux hommes attaque le poste de Ferryland où se trouvent trois cents Anglais, puis capture trois navires. Après avoir laissé des équipages dans ses prises, il bat en retraite vers Plaisance, à pied avec une douzaine d'hommes. Peu après, Graydon arrive devant Plaisance avec sa flotte combinée, estime que la place est imprenable et s'en va.



VAUDREUIL GOUVERNEUR

Au Canada, le marquis Philippe de Vaudreuil succède au gouverneur de Callières décédé. Il envoie Joncaire résider chez ses amis Tsonnontouans, à la demande de ceux-ci. Puis, il confie à LeNeuf de Beaubassin la conduite d'une expédition de Canadiens et d'Abenaquis contre la Nouvelle Angleterre.

Avec sa petite troupe, LeNeuf détruit toutes les habitations anglaises de Casco (Portland,Me.) à Wells sur la côte atlantique. Ces habitations empiétaient sur le territoire reconnu français à l'est de la Kennebec, mais un but non avoué est de détourner les Abénaquis d'une paix avec les Anglais. Les Acadiens craignent que cela n'attire l'hostilité anglaise sur eux-mêmes. Pour le moment, le torchon brûle plutôt entre Anglais et Abenaquis.

Aux Pays-Bas, Marlboro continue son avance, chasse les Français de Bonn dans la principauté de Cologne, de Huy et de Limbourg en Belgique espagnole.

Le duc de Vendôme a vent des négociations du duc de Savoie avec l'empereur, et, ayant encore le commandement de son armée de cinq mille hommes, prend la précaution de désarmer les Savoyards.



LE PORTUGAL

Les Portugais, à leur tour, perdant confiance en la capacité de la France de défendre leur pays contre la puissance navale des Anglais après la catastrophe de Vigo, intriguent longuement avant de s'allier à ces derniers, en annonçant qu'ils reconnaissent Charles d'Habsbourg comme roi d'Espagne. Autre conséquence de la faiblesse de la marine française.



VICTOIRE DE VILLARS

Louis XIV a assigné Villars en Allemagne pour assister Maximilien, électeur de Bavière contre les Impériaux. Villars écrase ces derniers à Hochstadt après une manoeuvre audacieuse, le 20 septembre 1703.

Mais l'électeur le trouve trop téméraire. Peut-être le général manque un peu d'égards envers le monarque. Ils se disputent âprement, après quoi, Maximilien demande à Louis XIV de le remplacer. Villars est muté aux Cevennes pour pacifier les camisards révoltés, et le roi envoie Tallard et Marsin conduire l'armée d'Allemagne. Tallart est occupé au siège de Landau, qu'il achève avant d'aller en Bavière.

L'archiduc Charles d'Autriche, prétendant à la couronne espagnole, va à Londres chercher l'appui direct de la reine Anne, ce qu'elle promet.

En Italie, Vendôme ne parvient pas à empêcher l'armée savoyarde de faire sa jonction avec l'armée allemande sous le comte von Starhemberg en janvier 1704.

En Amérique, le mois suivant, Vaudreuil envoie Hertel de Rouville avec quatre de ses frères et deux cents cinquante miliciens et Abenaquis en expédition vers la Nouvelle-Angleterre. Ils partent de Trois-Rivières, trouvent les sources du fleuve Connecticut, qu'ils descendent en raquettes pour attaquer le poste anglais le plus avancé, appelé Deerfield. Etant une place assez forte, ils y entrent sous le couvert de la nuit du 10 au 11 mars, tuant cinquante quatre défenseurs et amenant cent vingt prisonniers. Des Abenaquis ammènent plusieurs des leurs à la mission du Sault-au-Récollet.



INVASION DE L'ESPAGNE

En Europe, la reine Anne tient sa promesse: la marine anglaise débarque, sans l'opposition de la marine française, une armée sous Charles d'Habsbourg et le comte de Ruvigny à Lisbonne. Ce dernier qui s'appelle dorénavant lord Galloway est un immigré huguenot. Un contingent de Portugais s'y joint, et l'on s'achemine, en remontant le Tage, vers la frontière espagnole.

En Allemagne, Marlboro relève le défi français, et conduit son armée en Bavière, défait une armée franco-bavaroise à Donavert le 2 juillet, met la Bavière à contribution et rallie le prince Eugène qui arrive de l'Italie.



PREMIER SIÈGE DE PORT-ROYAL

Le même jour, en Acadie, une armée de cinq cents hommes de Boston que dirige Benjamin Church, débarque près de Port-Royal. Le gouverneur Brouillan a tôt fait d'organiser la défense et force l'ennemi à rembarquer. Church se reprend aux Mines, Beaubassin et Pentagoët, postes qui ne sont pas fortifiés. Les habitants fuient avec leur bétail, et leurs maisons brûlent.



GIBRALTAR

En Europe, l'amiral Rooke, toujours en croisière aux alentours de Cadix, saisit une occasion inespérée pour occuper le rocher de Gibraltar, endroit stratégique qui commande l'accès à la mer Méditerranée.

Le comte de Toulouse, fils du roi, conduit une flotte de cinquante vaisseaux pour l'en expulser. Rooke va à sa rencontre au large de Malaga le 24 août 1704. On se canonne toute la journée sans décision, puis le lendemain, Toulouse est en mesure de recommencer, mais le chevalier d'O, représentant du ministre Pontchartrain, refuse de risquer encore une fois la flotte, et les Anglais sont libres de renforcer Gibraltar qui devient presque imprenable.



DEUXIÈME BATAILLE DE HOCHSTADT

En Allemagne, Tallart s'empresse de rejoindre Marsin et l'électeur de Bavière pour leur permettre d'affronter les alliés réunis. Les Français prennent position dans la plaine de Hochstadt, Tallart place les deux-tiers de ses effectifs dans le village de Blenheim à titre de réserve et affronte les Anglo-Impériaux le 13 août.

A un moment critique de la bataille, lorsque les Français fléchissent, Tallart va lui-même chercher ses troupes de réserve. Mais, sans escorte, il se fait prendre par une troupe d'Impériaux. L'armée française est défaite, et se disperse. Les troupes qui se trouvent dans le village devenu un piège, se rendent sans avoir pu combattre. L'électeur se réfugie en Belgique. Même sur terre les Français ne sont plus invincibles.

En Amérique, Daniel Auger de Subercase, gouverneur de Terre-Neuve, avec une troupe de Canadiens et d'Abénaquis détruit la plupart des postes anglais de l'île au cours de l'hiver de 1704-1705.

En Allemagne, le 19 novembre, le margrave de Bade allié de l'empereur, reprend la ville de Landau, puis Trarbach dans le Palatinat, le 23.

Le duc de Vendôme commence le siège de Verue, en Italie le 26 décembre. La garnison impériale se rendra le 5 avril suivant.



En mars 1705, l'amiral de Pointis avance avec treize vaisseaux couvrir Tessé qui entreprend le siège de Gibraltar. Peu après qu'une violente tempête ait déradé huit des vaisseaux français, Leake surgit avec une flotte de trente cinq vaisseaux et détruit les cinq vaisseaux avec lesquels de Pointis ose accepter le combat. Tessé ramène ses troupes aux Pyrénées.

Villars a repris le commandement de l'armée d'Allemagne après avoir fait la paix chez les Camisards. Il force Marlboro à décamper des alentours de Trèves, en mai.

Le 6 de ce mois, on annonce le décès de l'empereur Léopold à Vienne, son fils Joseph lui succède à la couronne autrichienne, et peu après, il est élu empereur. Son frère Charles, qui cherche à se faire reconnaître roi d'Espagne, devient héritier présomptif de l'Empire, puisque Joseph n'a pas d'enfant.

Le 26 juillet, le vaisseau "la Seine" partant de la Rochelle avec un million de marchandises pour le Canada, est intercepté et pris après combat, par une escadre anglaise. Monseigneur de Saint-Vallier, évêque de la Nouvelle-France, se trouve à bord, et se fait conduire avec les autres prisonniers, en Angleterre. Il est obligé d'y rester pendant cinq ans après quoi les Anglais consentent de l'échanger contre le baron de Méan de Liége. La perte des marchandises entraîne une pénurie en Nouvelle-France, où, par nécessité, l'on commence alors le tissage des toiles pour la consommation locale.

En Louisiane, les Anglais de la Caroline se font des amis chez les Chicasas, les Alibamons et des Creeks et les poussent à combattre les autres nations amies des Français.

Le 16 août, en Italie, Vendôme défait Eugène à Cassano.



CHUTE DE BARCELONE

Une flotte débarque, près de Barcelone, une armée anglaise sous le comte de Peterboro, et une allemande sous le prince de Darmstadt. Après quelques bombardements, pendant lesquels le prince se fait tuer, on commence à négocier une capitulation. Les troupes allemandes, n'ayant plus de général, déferlent sur la ville en pillant et en violant.

Le commandant de la ville s'en plaint à Peterboro, qui offre aussitôt de rétablir l'ordre avec ses propres troupes, ce qu'il fait, à la stupéfaction et l'admiration de la population. Ensuite, les négociations reprennent et la ville capitule le 9 octobre. La population acclame Charles d'Habsbourg comme son roi. Encore un triomphe de la marine britannique. En même temps, Galloway défait l'armée franco-espagnole du duc de Berwick (fils de feu le roi Jacques Stuart), à Alcantara.

En Acadie, le gouverneur Brouillan décède le 22 septembre et Denys de Bonaventure fait l'intérim. La cour nommera Subercase pour gouverner l'Acadie.

Louis XIV renforce l'armée d'Espagne que dirige le comte de Tessé, et envoie la flotte de Toulon sous le commandement du comte de Toulouse pour reprendre Barcelone.



RAMILLIES

En même temps le duc de Marlboro avance en Belgique. Le duc de Villeroy lui fait face à Ramillies le 23 mai et se fait écraser. Les Anglo-Hollandais occupent Anvers, Bruxelles et presque toute la Belgique. Louis XIV rappelle Vendôme de l'Italie dans l'espoir de redresser la situation dans les Pays-Bas.



D'IBERVILLE AUX ANTILLES

Aux Antilles, d'Iberville et Chavagnac conduisent une escadre de douze vaisseaux contre l'île de Nièves, endroit difficile à aborder. Ils la prennent d'assaut et retournent à la Havane avec une foule de prisonniers. D'Iberville prépare alors une expédition contre la Caroline mais, atteint de malaria, il en meurt. Le projet n'aura pas de suite.

Aux Grands Lacs, une chicane entre Miamis et Outaouais dégénère en conflit armé.. Le commandant Cadillac de Détroit doit combattre les premiers pour rétablir la paix.



LES IMPÉRIAUX EN ESPAGNE

En Espagne, une puissante flotte anglaise vient secourir Barcelone, et le comte de Toulouse, bien inférieur, se retire pour ne pas voir détruire la sienne. Le comte de Tessé abandonne alors le siège et retire son armée au delà des Pyrénées. Les Anglo-Allemands occupent toute la Catalogne, prennent Valence et Carthagène. Près de la frontière Portugaise, Galloway prend la ville de Salamanque, puis, accompagné de Charles de Habsbourg , avance sur Madrid, le 26 juin, où ce dernier veut se faire acclamer roi. La population castillane le reçoit froidement.



TURIN

En Italie, Vendôme en quittant l'armée le 20 juin 1706, transmet le commandement nominal à son remplaçant, le duc d'Orléans. Mais, le ministre Chamillart le subordonne à La Feuillade, son gendre, qui en ce moment conduit le siège de Turin, capitale du duc de Savoie. Orléans veut aller au devant des Impériaux qui s'apprêtent à traverser la Doire. LaFeuillade refuse, et Marsin l'appuie.

Le prince Eugène avance sans encombre jusqu'aux lignes françaises devant Turin, les force le 7 septembre et disperse l'armée. Marsin est blessé mortellement, Orléans veut rallier l'armée et continuer le combat en Italie, mais LaFeuillade ordonne la retraite au delà des Alpes, en Provence. Le 9 septembre Medavy, comte de Grancey, pas au courant, défait le prince de Hesse dans le Mantouan.



REPRISE EN ESPAGNE

Le duc de Berwick monte une offensive en Espagne, chasse les Impériaux de Madrid ce qui permet à Philippe V d'y rentrer aux acclamations de la population, le 20 septembre. Une flotte anglaise enlève l'île de Majorque le 25.

En Italie, le général français Medavy, se trouvant isolé au centre de l'Italie, s'entend avec les impériaux pour lui permettre d'évacuer le Milanais.

Subercase arrive en Acadie le 28 octobre pour assumer son poste de gouverneur. Philippe Pastour de Costebelle lui succède comme gouverneur de Terre-Neuve.

A Londres, la reine Anne annonce l'union des parlements d'Angleterre et d'Ecosse, c'est-à-dire, l'abolition du gouvernement distinctif de l'Ecosse. Mesure pour éliminer tout espoir d'une restauration des Stuarts dans ce pays.

A Versailles, Louis XIV fait des ouvertures pour la paix, tout en recrutant de nouvelles armées.

Berwick continue son avance en Espagne, défait les Anglo-Impériaux à Almanza le 25 avril 1707 et occupe Valence.



SUCCES DE VILLARS

Le maréchal de Villars envahit le Palatinat en mai, les Impériaux sous le margrave de Bayreuth et le duc du Hanovre fuient. Les Français occupent Heidelberg,

Mannheim et le reste de la principauté, avancent à Ulm et libèrent les prisonniers pris à Hochstadt trois ans auparavant.



DEUXIÈME SIÈGE DE PORT-ROYAL

En Amérique, Dudley, le gouverneur du Massachussetts, réunit une armée de mille six cents miliciens sous le commandement de John March, qui se dirige à Port Royal à bord de vingt cinq navires. Les Anglais commencent le siège le 7 juin, juste après l'arrivée de Denys de LaRonde à la tête de soixante Canadiens.

Après quelques jours de siège, Saint-Castin, fils, arrivant de Pentagoët avec une troupe d'Abenaquis, se met à harceler les arrières des assiégeants. Les Anglais rembarquent en désordre le



15, et retournent à Casco, où le gouverneur leur interdit de descendre. Dudley fait plutôt embarquer des renforts et Wainwright prend le commandement, pour un nouvel essai.

En Europe, le prince Eugène et le duc de Savoie franchissent le col de Tende sans opposition, entrent en Provence et prennent la ville de Nice, le commandant français Sailly se retirant au delà du Var.



TROISIÈME SIÈGE DE PORT-ROYAL

En Acadie, Wainwright se retrouve devant Port-Royal le 20 août. C'est la panique dans le fort où s'est réfugiée la population. Mais Subercase conduit les opérations avec une main de fer, et les Abénaquis sont encouragés de leur premier succès. Saint-Castin harcèle de nouveau les assiégeants, puis les LaTour et les Entremont accourent du cap de Sable avec les Micmacs, les d'Amours de Jemsec avec les Etchemins, LeJeune de La Hève avec des Métis.



Saint Castin tend une embuscade dans laquelle tombe une troupe plus forte que prévue. Subercase s'aperçoit de la difficulté et envoie La Boularderie avec cent cinquante hommes à son secours. Mais celui-ci s'en prend à l'ensemble des Anglais, et tombe après un furieux combat. Saint-Castin s'y est jeté aussi et Subercase rallie tout son monde pour mettre les Anglais en fuite. On les talonne jusqu'à leurs chaloupes. La flotte quitte le bassin le premier septembre. Le jeune Saillan meurt de ses blessures, mais La Boularderie et Saint-Castin se remettent des leurs.



SIÈGE DE TOULON

En Europe, les Impériaux n'ont pas perdu de temps, après avoir reçu les hommages déplacés de l'évêque Fleury de Fréjus, ils mettent le siège à la ville de Toulon en même temps qu'une flotte anglaise bloque le port. Pendant que Louis XIV fait dépêcher des troupes du Rhin et de l'Espagne pour renforcer Tessé qui organise la défense, les marins font couler bas l'escadre pour qu'elle ne brûle pas. On parvient à chasser les Savoyards et les Impériaux le 22 août.

En Amérique, les Anglais incitent les Yamasis à attaquer Pensacola, en Floride espagnole. Bienville commandant en Louisiane voisine, envoie une centaine d'hommes pour la secourir.

Sur mer, Forbin et Duguay-Trouin enlèvent un convoi anglo-hollandais de deux cents navires après avoir détruit quatre des cinq vaisseaux l'escortant au large du cap Lizard, le 21 septembre. Ce désastre cause des remous à Londres où le parti pour la paix gagne nombre de partisans. Des Antilles, Ducasse escorte heureusement un convoi de galions en Espagne.

En Acadie, les Antillais, Morpain et Maisonnat (Capitaine Batiste) et les Acadiens Saint-Castin et Denys de La Ronde font la course contre les navires anglais. Cela apporte un peu de renfort à une population ruinée par les déprédations ennemies.

En mars 1708, Claude de Forbin conduit une flotte portant une armée de six mille hommes sous le commandement du comte de Gacé et le roi Jacques vers l'Ecosse. Mais les Anglais sont avertis, les partisans jacobites ne sont pas au rendez-vous et Forbin doit se frayer un passage à travers une flotte anglaise pour le retour.

En Louisiane, Bienville envoie son frère Châteauguay chez les Chicasas pour établir la paix avec les Chactas, ce que celui-ci réussit. Il y laisse deux jeunes Français pour apprendre leur langue et tenir Bienville au courant. Les Anglais de la Caroline incitent des guerres intertribales et achètent les prisonniers pour en faire des esclaves.

Du Canada, une troupe de deux cents hommes que dirigent Hertel de Rouville, Saint-Ours, La Gauchetière et Boucher de LaPerrière prend d'assaut le village fortifié de Haverhill près de Boston, en défaisant les deux cents trente défenseurs. Puis, elle doit combattre toute la population armée au retour. Hertel de Chambly et Jarret de Verchères y perdent la vie. Les Français rentrent à Montréal avec cent prisonniers.

La marine britannique enlève l'île de Sardaigne des Espagnols pour la donner à l'empereur.



OUDENAARDE

En Belgique, Marlboro et Eugène, par leur diligence, prennent le pas sur l'armée française que dirige conjointement le duc de Bourgogne, petit-fils du roi, et le duc de Vendôme. Ces derniers subissent une défaite complète à Oudenaarde avec dispersion de l'armée, le 11 juillet 1708. Puis les alliés avancent vers Lille. Boufflers se jette dedans et en organise la défense avec quelques troupes. Eugène ouvre la tranchée le 22 août pendant que Marlboro commande l'armée d'observation. Boufflers dirige tellement bien la défense que la population se rend à peine compte qu'elle est assiégée. La ville capitule le 23 octobre, Boufflers se retirant dans la citadelle qu'avait construit Vauban. Ce n'est que le 9 décembre qu'Eugène en obtient la reddition.

Une des places où des troupes françaises défaites se sont réfugiées est Gand, que Marlboro et Eugène investissent le 11 décembre. Le commandant LaMothe rend la ville après seulement trois jours de siège, contrariant le Lieutenant général espagnol Caprès. Le roi congédie son ministre de guerre, Chamillart, et le remplace par Daniel-François Voysin.



TENTATIVES DE PAIX

Louis XIV, aux abois, envoie secrètement le maréchal d'Huxelles et l'abbé de Polignac à Gertruydemberg, en Hollande pour négocier une paix. Le stathouder Hensius exige que la France s'allie à l'Angleterre et l'Empire pour expulser Philippe V de l'Espagne. Le roi annonçant qu'il préfère faire la guerre à ses ennemis plutôt qu'à son petit fils, rappelle ses représentants, et demande un nouvel effort de la population. Demarets, contrôleur des finances est au désespoir pour trouver les ressources pour la campagne à venir.

En Amérique, l'assemblée du Massachussetts envoie Samuel Vetch à Londres demander des renforts pour une expédition contre la Nouvelle-France. La reine Anne promet cinq régiments, et forts de cela, les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre lèvent des milliers de miliciens.

A Terre-Neuve, Costebelle permet à Brouillan de Saint-Ovide de faire campagne contre les postes de pêche anglais de l'île. Avec Denys de LaRonde, Espiet de Pensens, Lefebvre-Duplessis, d'Ailleboust-d'Argenteuil, Aubert de LaChesnaye et cent soixante hommes, il prend d'assaut les forts de Saint-Jean le 9 janvier 1709. Saint-Ovide souhaite laisser une garnison à Saint-Jean, mais Costebelle l'ordonne de faire sauter la place et revenir à Plaisance.

A Versailles, en juin, le roi invite Chamillart à démissionner et Daniel Voysin lui succède comme ministre de la guerre.

En Amérique, au cours de l'été, Nicholson, à la tête d'une armée de miliciens, avance d'Albany en remontant le fleuve Hudson. Il construit un chapelet de fortins en route, avant d'arriver au lac Champlain. Vaudreuil envoie Ramezay avec mille cinq cents hommes pour lui disputer le passage. Mais Nicholson ne se sent pas assez fort pour conquérir le Canada avec sa seule troupe et compte sur l'arrivée de l'escadre de l'Angleterre à Québec. Pendant qu'il attend, la maladie se répand parmi ses troupes, et il finit par les retirer.

En Espagne, le général Starhemberg prend la ville de Balaguer au Français Besons, qui, peu après se fait rappeler avec une partie de l'armée pour renforcer les défenses de la France.



MALPLAQUET

En Belgique, Eugène et Marlboro prennent Tournai le 29 juillet et marchent sur Mons. Villars avance pour les arrêter à Malplaquet, le 11 septembre. A un moment critique de la bataille, Villars est blessé, on le transporte inconscient hors du champ. Mais on n'avertit pas assez vite Boufflers, qui se trouve à l'autre extrémité des lignes. Le moment d'hésitation suffit pour que les alliés prennent le dessus, et Boufflers doit battre en retraite, ce qu'il réussit, cependant, en bon ordre. Il regroupe l'armée sous les canons de Le Quesnoy et Valenciennes. Mais, faute de ressources, il ne peut empêcher les alliés d'assiéger Mons qui capitule le 20 octobre.

En Amérique, Vaudreuil envoie une expédition à la baie d'Hudson tenter de chasser les Anglais qui sont établis à Sainte-Anne (Albany). LeMoyne de Martigny et d'Ailleboust de Manthet commandent. Les deux se font tuer dans le combat, et les Français abandonnent l'entreprise.

La marine de guerre française se limite à la course, les difficultés financières obligent. Ainsi, Duguay-Trouin attaque un convoi anglais dans la Manche, détruit un vaisseau, amène quatre captures.

En Méditerranée, Cassard, avec un seul vaisseau, chasse l'escorte anglaise et conduit le convoi de Smyrne à Marseille.

Les récoltes françaises de 1709 sont mauvaises, il s'en suit une disette. Les Camisards se soulèvent de nouveau. Mais la misère dans la population facilite le recrutement de nouvelles armées.

En Belgique, les alliés commencent leur avance en juin, prenant les places fortes de Douai, Béthune, d'Aire et Saint-Venant: les frontières de la France sont ouvertes.

A Terre-Neuve, Costebelle organise une expédition contre la forteresse de Carbonnière. Picoté de Belestre dirige un détachement et Gaspard Bertrand, l'autre. Arrivé devant la place, Bertrand voit l'occasion de saisir une frégate qui mouille dans le port. Il réussit l'abordage mais se fait tuer. Ses compagnons, voyant approcher d'autres navires, prennent le large avec leur capture. Picoté, de son coté, détruit les installations et habitations, mais ne peut entamer la forteresse avec sa seule troupe. Il se retire donc à Plaisance.

À Paris, Cadillac, nommé gouverneur de la Louisiane pour remplacer de Bienville rappellé, convainc le financier Crozat de former une compagnie pour développer la colonie.



QUATRIÈME SIÈGE DE PORT-ROYAL

La reine Anne d'Angleterre, avec un an de retard, envoie une escadre de cinq vaisseaux à Boston pour aider les coloniaux à envahir l'Acadie. Alors Nicholson s'embarque avec deux mille hommes pour attaquer Port-Royal que bloque déjà un vaisseau. Il commence le siège le 24 septembre 1710. Subercase n'a que deux cents quatre-vingt soldats et peu de possibilités de secours. Il défend la place pendant dix-neuf jours avant d'offrir une capitulation. Denys de LaRonde apprend la nouvelle en mer et se dirige sur Plaisance. Saint-Castin arrivant aussi par mer, s'échappe de justesse mais perd son navire. Les Anglais laissent une garnison.

En Espagne, Starhemberg, commandant de l'armée impériale, attaque avec succès le roi Philippe sous les murs de Saragosse. Le marquis de Bay arrivant à la hâte de l'Estrémadure, ne peut que recueillir les Espagnols en fuite.

Philippe se retire à Valladolid et lance un appel à la population. Celle-ci répond avec entrain: les hommes s'enrôlent, les dames riches apportent leur argenterie à la monnaie. Mais il manque de généraux: de Bay ne peut être aux deux extrémités du pays en même temps. Alors, Philippe fait appel à son grand-père Louis XIV pour lui envoyer le duc de Vendôme.

En même temps, Charles de Habsbourg insiste encore une fois pour se faire acclamer à Madrid. Il s'y fait encore huer, la population crie "vive Philippe". Et l'armée qui l'escorte ne parvient pas à trouver le moindre approvisionnement en Castille. La disette oblige les Impériaux à retourner en Aragon accompagnés de Charles, après avoir perdu un temps précieux.



SUCCÈS DE VENDOME

A Versailles, Vendôme, qui souhaite servir en Espagne, en obtient le mandat, rejoint Philippe en septembre à Valladolid, et conduit l'armée renouvelée vers l'adversaire. Starhemberg, veut lui tendre un piège. Il remplit la petite place forte de Brihuega avec ses troupes anglo-hollandaises sous le commandement du général Stanhope, puis se tient quelques lieues plus loin avec le reste de son armée. Vendôme, croyant avoir affaire à une garnison ordinaire, laisset le comte de San Estevan de Gormaz emporter la place après trois assauts, pendant que lui-même combat l,Allemand..

Starhemberg se retire en bon ordre, et prend la route de la Catalogne pendant la nuit. Après avoir été près de tout perdre, Philippe se voit assuré de son trône, et les Impériaux sont en fuite. Vendôme décède peu après à l'âge de cinquante huit ans.

A Londres, les Whigs, parti dont Marlboro est le chef, perdent le pouvoir au parlement à la fin de 1710.

A Versailles, le ministre Pontchartrain projette la reprise de Port-Royal en Acadie, et demande à Vaudreuil de fournir aux Abenaquis le nécessaire pour conserver leur alliance. Il nomme Anselme de Saint-Castin gouverneur de l'Acadie.

Avant la fin de l'année a lieu la naissance d'un fils au duc de Bourgogne ce qui assure la succession à la troisième génération. Il deviendra le roi Louis XV.

En Angleterre, l'abbé Gautier, ami des nouveaux ministres tory, le lord Bolingbroke et le comte d'Oxford, est autorisé à négocier secrètement avec le marquis Colbert de Torcy pour trouver des modalités pouvant conduire à une paix.

En Acadie, Saint-Castin n'a pas attendu sa nomination pour se mettre à harceler, avec des Canadiens et des Abénaquis, la garnison anglaise de Port-Royal. Morpain fait la liaison avec Costebelle à Plaisance.



LE GRAND DAUPHIN

A Versailles, Louis, surnommé de Grand Dauphin, et seul fils légitime de Louis XIV, décède le 14 avril 1711, à l'âge de cinquante ans ("fils de roi, père de roi, jamais roi"). Son fils ainé, le duc de Bourgogne devient dauphin, c'est-à-dire héritier à la couronne de France.



CHARLES DE HABSBOURG

En Autriche, l'empereur Joseph décède trois jours plus tard à l'âge de trente trois ans, et sans enfants. Son frère Charles, prétendant à la couronne espagnole, devient alors archiduc d'Autriche et candidat à la couronne impériale.

L'Angleterre a armé une flotte de neuf vaisseaux, et soixante navires de transport portant sept mille cinq cents soldats et fusiliers marins, en partie tirés de l'armée de Marlboro, qui arrivent à Boston le 25 juin et qui a pour objectif la ville de Québec.

Nicholson à la direction d'une troupe de deux mille miliciens, prend la route de Montréal par le lac Champlain, pendant que la flotte que dirige Walker lève l'ancre le 30 juillet.

Le 22 août, dans le golfe du Saint-Laurent, lors d'une nuit orageuse, huit navires s'éventrent sur les hauts-fonds entourant l'île aux Oeufs, entraînant la perte de mille deux cents hommes. En constatant les dégâts, Walker réunit un conseil de guerre, avec le général Jack Hill, et l'on tombe d'accord pour abandonner l'entreprise. Lorsque Nicholson apprend cela au lac Champlain, il se retire vers Albany

Poursuivant sa politique de coups de main profitables, Pontchartrain envoie Duguay-Trouin avec sept vaisseaux à Rio de Janeiro, au Brésil, colonie portugaise, qu'il prend le 12 septembre et en tire une

forte rançon. Les finances françaises sont à ce point désespérantes, que l'on doit calculer la rentabilité de chaque opération navale.

En Belgique, Marlboro avance toujours: il prend Valenciennes, puis Bouchain en septembre

Aux Grands Lacs, les Renards, sous l'influence anglaise, complotent avec les Kikapous et Mascoutins pour tenter de détruire le poste français de Détroit. Le commandant DuBuisson se rallie des Hurons, Poutéouatamis, Sakis, Malhomines, Osages, et va les attaquer dans leurs retranchements. Après un siège prolongé, les Renards se rendent à discrétion. Selon la politique française bien établie, DuBuisson les libère sur promesse de garder la paix et de chasser les émissaires anglais qui pourraient les visiter.



MOUVEMENT POUR LA PAIX

A Londres, le nouveau ministère commence à comprendre, avec l'aide de l'abbé Gautier, qu'il y a peu d' intérêt à continuer d'appuyer la candidature de Charles de Habsbourg en Espagne depuis qu'il est devenu empereur. Cela reviendrait à créer une autre superpuissance, contraire à la politique constante de l'Angleterre pour favoriser un équilibre des puissances.

La reine Anne ordonne à Marlboro de cesser de combattre, à la fin de 1711, et elle fait débuter de vraies négociations pour la paix, sur la base d'un engagement de Louis XIV d'exclure définitivement Philippe de la succession française.

Au début de 1712, les délégués des pays belligérants se réunissent à Utrecht, où le ministre Bolingbroke oblige les Hollandais récalcitrants à participer.

Pour motiver les Hollandais à la paix, Louis XIV envoie Cassard ravager leur colonie de la Guyanne. Celui-ci prend LaPraye le 4 mai, ensuite Sint Iago, puis Massarant. Peu après il passe à Surinam qu'il occupe.

En Flandres, le 6 juillet, le prince Eugène, sans les Anglais, mais avec les troupes du Brandebourg, du Palatinat, de Saxe, de Hesse, du Danemark et de Hanovre, ce qui lui donne encore cent mille hommes, prend la place forte de Le Quesnoy puis avance vers Landrecies.

Villars, qui a reçu du roi des instructions de ménager la seule armée française qui reste, se fait maintenant demander de sauver à tout prix Landrecies, dernière barrière avant Paris.



REVIREMENT

Sur les entrefaites, le magistrat Lefebvre d'Orval fait remarquer à Villars que les lignes ennemies aux alentours de Denain semblent bien vulnérables, et les convois de ravitaillement d'Eugène doivent passer par là. Villars fait sienne l'observation, donne le change à Eugène en marchant ostensiblement vers Landrecies, puis vire brusquement et rétrograde vers Denain. La garnison allemande est désemparée, les Français prennent la place le 24 juillet 1712 en désarmant une foule de prisonniers. Dans le même élan, Villars reprend Marchiennes le 30, ainsi que les magasins de l'armée impériale. Il fait le siège de Douai, qui se rend le 10 septembre, puis le Quesnoy, et enfin Bouchain qui tombe le 19 octobre.

En Espagne, Philippe a signifié le 10 juillet 1712 qu'il renonçait à la succession de France, ce qui est d'autant plus significatif que son frère aîné et héritier direct de Louis XIV, Louis, le duc de Bourgogne, vient de mourir. Le fils de ce dernier devient dauphin et héritier à l'âge de deux ans.



ARMISTICE

Le 17 juillet l'Angleterre et la France signent un armistice, les Anglais occupent le port de Dunkerque en garantie. Les troupes anglaises, liégeoises, hollandaises et de Holstein sous le général Ormond se retirent à Gand.

A Paris, Antoine Crozat reçoit les lettres patentes pour sa compagnie de Louisiane, le 14 septembre.

Les négociations continuent à Utrecht, entre Bolingbroke pour l'Angleterre et Colbert de Torcy pour la France. On signe le deuxième traité de la Barrière le 30 janvier 1713.

Le 25 février, à Brandebourg, l'électeur Frédéric III décède. Son fils se fait reconnaître roi par les délégués à Utrecht, et la France lui cède une partie du duché de Gueldre et Neuchatel en échange de la principauté d'Orange. C'est le début d'une présence prussienne en Rhénanie qui pèsera lourd un jour.

A Paris, la Grande Chambre enregistre la renonciation du roi d'Espagne et ses successeurs à la couronne de France. En même temps, le duc d'Orléans et le duc de Berry, troisième fils du roi, renoncent à la couronne d'Espagne.



LES TRAITÉS D'UTRECHT

Le 11 avril, à Utrecht, signature des six premiers traités. La France et l'Espagne s'engagent à:

- Cesser tout appui aux Stuart

- Admettre la succession protestante en Angleterre.

- Céder l'Acadie, le bassin de la baie d'Hudson, Terre-Neuve, et l'île de Saint-Christophe (Antilles) à l'Angleterre. Cependant, la France conserve le droit de pêche le long de la côte orientale de Terre-Neuve et le droit de faire sécher le poisson sur les berges.

- Interdiction d'installations militaires dans l'Ouest américain qui sera ouverte à tous les commerçants.

- Céder les villes de Furnes, Menin, Tournai et Ypres à la Belgique qui devient autrichiene.

- Céder le monopole de l'asiento (traite des noirs dans les colonies espagnoles) à l'Angleterre.

- Démolir les fortifications et installations portuaires de Dunkerque.

L'Empire continue la guerre. Villars prend Spire et Worms, pendant que Besons commence le siège de Landau le 24 juin, et Dillon prend Kaiserlautern d'assaut.



Le 13 juillet, toujours à Utrecht, signature de traités entre l'Angleterre et l'Espagne, par lesquels:

- Philippe est reconnu roi.

- L'Espagne cède Gibraltar et Minorque à l'Angleterre.

- L'Espagne accorde à l'Angleterre la permission d'envoyer un navire chaque année dans les colonies pour le commerce.

- L'Espagne cède le monopole de l'asiento à l'Angleterre.

- L'Espagne cède la Sicile à la Savoie.

En Amérique, Saint-Ovide reçoit des instructions de Versailles d'établir un poste sur l'île du Cap Breton que l'on renomme île Royale, et d'y accueillir les Acadiens qui veulent se soustraire au régime anglais.

Les finances publiques françaises sont dans un état déplorable: il y a des retards considérables dans la paie des officiers et soldats. Les fournisseurs non payés font faillite. Le roi pratique une certaine parcimonie, mais le déficit reste énorme, et l'on a constamment recours à des expédients.



TRAITÉ DE RASTADT

Le 6 mars 1714, Villars et le prince Eugène, chacun mandaté par son gouvernement, négocient et signent le traité de Rastadt par lequel:

- la France se voit confirmer la possession de l'Alsace, de Strasbourg et de Landau,

- l'Empereur reçoit Naples, le Milanais, la Toscane et la Belgique, dont Furnes, Menin, Tournai et Ypres.

L'Empire espagnol se fait effectivement entamer.

- L'empereur conserve la Sardaigne, mais doit rétablir les princes qui s'étaient alliés à la France, particulièrement l'électeur de Bavière.



En Caroline, les Tuscaroras se défendent contre les Anglais et obtiennent le soutien des tribus voisines. A la fin pourtant, ils subissent la défaite et quittent le pays pour aller se joindre à leurs compatriotes Iroquois.

Ensuite, un nommé Hughes cherche à induire les Chéroquis, à expulser les Français de la vallée du Mississipi. Les Anglais offrent toujours un commerce avantageux aux Indigènes, que la compagnie de Crozat ne parvient pas à égaler.

Bienville envoie Louis Juchereau de Saint-Denis en mission diplomatique chez les Espagnols du Texas. Juchereau construit un fort chez les Natchitoches.

Cadillac, fort d'une nomination du roi, s'installe comme gouverneur de la Louisiane en 1714. En peu de temps, le système d'alliances que d'Iberville et Bienville avaient créé chez les Sauvages, se défait, le nouveau gouverneur ne connaissant pas assez bien la mentalité sauvage, et les méprisant.

Juchereau au Texas visite le commandant de San Juan Batista, Diego Ramon, qui le réfère à son supérieur. Celui-ci l'arrête et l'envoie à Mexico. Là, Juchereau trouve un compatriote au service de l'Espagne qui lui arrange les choses. Il est de retour à Mobile en juillet 1715.

D'autre part, Penigaud et LaLoyre capturent l'Anglais Hughes au Mississipi, et le conduisent à Mobile. Bienville le libère, mais Hughes se fait tuer en passant chez les Tohomès. Bourgmond, en voyage d'exploration, remonte le fleuve Missouri jusqu'à la rivière Blanche.



OUVERTURES VERS L'EMPIRE

A Versailles, le roi délègue Torcy et Villars pour tenter un rapprochement avec l'Empire autrichien contre l'Angleterre. Il comprend que la situation internationale a radicalement changé, et que le danger pour la France ne vient plus de l'Empire, mais de l'Angleterre qui a su absorber la puissance commerciale de la Hollande.

Villeroy, gouverneur du dauphin, obtient que Fleury, évêque de Fréjus devienne son précepteur.



DÉCÈS DE LOUIS XIV

Le roi tombe malade et meurt le premier septembre, après avoir désigné le duc du Maine, un de ses fils naturels comme futur régent.

Le duc d'Orléans, petit fils légitime de Louis XIII, et donc neveu de Louis XIV, parvient à écarter le duc du Maine, et assume lui-même la régence avec l'appui du Conseil. Le duc a pour homme de confiance un ecclésiastique nommé Dubois.









LA RÉGENCE

Le duc d'Orléans crée un conseil de régence comprenant, entre autres: le duc de Maine, le comte de Toulouse, le duc de Villeroy, le duc de Harcourt, Colbert de Torcy, Pontchartrain et le chancelier Voysin. Peu après, le duc d'Orléans écarte Torcy du pouvoir.

En Espagne, le roi Philippe, devenu veuf, a épousé Elisabeth Farnèse de Parme, femme entreprenante qui écarte la princesse d'Ursins, représentante de la cour de Versailles, et pousse le roi à nommer Julio Alberoni ministre. Celui-ci est résident de l'Espagne depuis le temps du duc de Vendôme. Le nouveau ministre entreprend une réforme de l'administration.

Philippe V a peine à cacher qu'il vise la régence de France à laquelle il n'a pas renoncé et il estime y avoir autant droit que le duc d'Orléans.

A Paris, en mai 1716, un aventurier écossais du nom de John Law, qui s'est acquis une certaine notoriété en publiant un livre sur l'économie, ouvre une banque avec l'appui du Régent.

Avec la défaite de la Suède par le tsar russe Pierre le Grand, et la victoire de l'Autriche sur les Turcs, qui s'étaient alliés à la France, le Régent estime qu'il est prudent de s'entendre avec l'Angleterre et la Hollande, les problèmes financiers étant assez graves pour exclure tout affrontement avec les anciens ennemi

Après une entreprise avortée de Jacques III Stuart en Angleterre, Philippe d'Orléans négocie avec le ministre anglais Horace Walpole, conscient des tendances espagnoles, et négocie la triple alliance en incluant la Hollande.

Le 15 novembre, 1716, la Hollande signe le troisième traité de la Barrière avec l'empereur Charles, par lequel les Hollandais peuvent placer jusqu'à trente cinq mille hommes en garnison dans sept villes suivantes Furnes, Knokke, Menin, Namur, Tournai, Warneton, et Ypres. de la Belgique:

En Amérique, le gouverneur de la Louisiane, Cadillac, commet un impair en refusant de fumer le calumet avec les Natchez qui avaient secouru quelques Français. Les relations se gâtent. En Caroline, des Apalachis esclaves des Anglais, parviennent à se libérer et se réfugient chez les Cahouites.

A Paris, le maréchal d'Estrées propose au comte de Toulouse de faire passer douze à quinze cent colons en Louisiane pour faire contrepoids à la population de cinquante mille Anglais de la Caroline. s.

En Louisiane, le 15 mars, Bienville, commandant militaire subordonné à Cadillac, accompagné de DuTisné, Pailhoux, Richebourg et cinquante hommes, maîtrise un millier de Natchez qui avaient tué quelques Français et qui, ensuite acceptent de faire réparation. On établit la paix entre eux, les Tonicas et les Yazous.

Pour garantir cette paix, Bienville construit le fort Rosalie au milieu du pays des Natchez, et y laisse une garnison. Les Anglais se cherchent aussi des amis parmi les Sauvages, leur offrant des marchandises moins chères, et payant plus pour les produits indigènes. Avec la crise économique en France, les Français doivent utiliser la diplomatie plutôt que les bas prix pour s'attacher les naturels.

A Versailles, le Régent crée un conseil de la marine sous la présidence nominale du maréchal d'Estrées, mais la direction réelle demeure chez le comte de Toulouse. Ce conseil nomme Jean-Michiele de Lepinay gouverneur de la Louisiane pour remplacer Cadillac, pendant que Bienville portera le titre de Lieutenant du roi chez les Natchez. C'est le rétrograder une fois de plus, parce qu'on lui reproche des irrégularités dans son administration antérieure.

En Europe, le régent accepte, sous pression de l'Angleterre, de détruire les écluses que Louis XIV avait fait commencer à Mardyck voisin de Dunkerque.



DÉBUTS DE LOUISBOURG

En Amérique, Costebelle et les personnes qui avaient dû évacuer Plaisance, Terre-Neuve, selon le traité d'Utrecht, se sont établies à l'île Royale (île du Cap Breton), au bord d'un havre naturel qu'on désigne dorénavant Louisbourg. Les frères de Saint-Jean-de-Dieu y fondent un hospice-hôpital.



La présence anglaise en Acadie se résume à cent hommes en garnison à Port-Royal et un établissement de pêche à Canso. C'est justement la faiblesse de cette occupation qui incite les Acadiens à demeurer sur leurs terres ancestrales. Pour ceux-ci recommence une vie sous occupation comme ils l'ont connue tant de fois auparavant. Ils appuient en sous-main les Micmacs qui harcellent ouvertement les forces d'occupation. Le gouverneur de la Nouvelle-France, Philippe de Vaudreuil encourage les Acadiens à se déplacer à l'île Saint-Jean encore française, où les terres sont fertiles. Puisque ces terres sont en bois debout, très peu se déplacent.

En Louisiane, le 10 octobre, Lepinay envoie Juchereau de Saint-Denis avec Derbanne et quatre hommes explorer et établir des relations chez les Assinaïs,

Les représentants de la France, de l'Angleterre et de la Hollande signent à La Haye, capitale de la Hollande, le traité de la Triple Alliance, le 4 janvier 1717. Ce traité a pour but ostensible de garder la paix entre eux, et de s'appuyer mutuellement contre toute agression extérieure.



RÉHABILITATION DE BIENVILLE

Le 10 mai, 1717, le conseil de la marine se ravise et accorde le rang de commandant général des troupes en Louisiane à Le Moyne de Bienville et lui accorde la croix de Saint-Louis. Le conseil décide aussi que le pays des Illinois relèvera dorénavant de la Louisiane plutôt que du Canada, géographie oblige. Bienville fonde la ville de la Nouvelle-Orléans sur les bords de ce fleuve, endroit favorable à l'agriculture. Vu les difficultés de navigation sur ce fleuve, le siège du gouvernement reste à Mobile.

En Europe, le cardinal Alberoni, après avoir relevé les finances, les manufactures, l'armée et la marine de l'Espagne, envoie, le 12 juillet 1717, le marquis de Leyde avec une flotte s'emparer de l'île de Sardaigne, que le traité d'Utrecht avait accordé à l'Empire. Le prince de Cellamare, ambassadeur à Versailles, cherche à convaincre le régent d'abandonner la Triple Alliance. Lorsque celui-ci se montre intraitable, il s'abouche secrètement avec le duc du Maine, rival du duc d'Orléans.

En Amérique, l'Espagnol duc de Linarès occupe le Texas, envoie Domingo Ramon et Juchereau de Saint-Denis établir quatre missions espagnoles chez les Assinais près de la rivière Neches.

Le 13 janvier 1718, le conseil de la marine accepte la démission de Crozat et sa compagnie de Louisiane, démission que celui-ci avait offerte six mois auparavant. Sa compagnie avait subi d'importantes pertes en tentant le développement de cette colonie.



BIENVILLE, GOUVERNEUR

En mai, Boisbrillant, lieutenant du roi, apporte à Mobile le brevet de gouverneur pour Bienville. et le rappel de Lespinay. Il amène aussi trois compagnies de soldats et soixante neuf colons.

Au mois d'août, le conseil de la marine décide de confier la Louisiane à une nouvelle Compagnie de l'Occident et du Mississipi dont John Law est directeur, et d'Artaguiette, Duce et Moreau conseillers. Law fait beaucoup de publicité pour vendre des actions de sa compagnie que la population souscrit avec

entrain. Les fonds pour les généreux dividendes viennent de la vente de nouvelles actions. Leur valeur en bourse monte en flèche, on se les arrache.

On veut développer la Louisiane, qui souffre d'un manque chronique de colons. On ramasse des vagabonds des rues de Paris, puis on libère des prisonniers pour les envoyer à Mobile.

En Espagne, Alberoni, poursuivant sa politique de soustraire l'Espagne des clauses défavorables du traité d'Utrecht, envoie le marquis de Leyde occuper la Sicile aux dépens du duc de Savoie. Cette fois, les Anglais interviennent, l'amiral Byng défait la flotte espagnole sous Gastaneta, mais le marquis, déjà débarqué avec son armée, prend la ville de Messine. On fait jouer la Triple-Alliance, en y adjoignant l'Empire, pour s'opposer aux Espagnols. La marine anglaise transporte une armée autrichienne en Sicile.

En France, le 24 septembre 1718, l'abbé Dubois devient ministre des affaires étrangères, et dissout le conseil pour diriger tout seul. Il devient cardinal peu après.



GUERRE FRANCO-ESPAGNOLE

Les relations entre le duc d'Orléans et Philippe d'Espagne s'enveniment lorsque on découvre les démarches de Cellamare avec le duc du Maine pour renverser le duc d'Orléans et sortir la France de la Triple Alliance. Le régent s'engage, avec ses alliés, dans une guerre contre l'Espagne, et envoie le duc de Berwick diriger une expédition en partant de Bayonne vers la Biscaye.

LeMoyne de Sérigny arrive en Louisiane avec trois frégates, pour apporter à son frère Bienville, l'avis de guerre contre l'Espagne. Avec cent quarante hommes recrutés sur place en plus des soldats à bord des frégates, les Français prennent Pensacola puis transportent le commandant Matamoros et sa garnison de cent soixante hommes à Cuba.

Le 6 août, don Alphonso Carascosa reprend Pensacola, et attaque Mobile d'où Bienville le repousse. Le, l'Espagnol tente une descente à l'île de la Balise, à l'embouchure du Mississipi, que Sérigny repousse, puis le premier se contente de retourner à Pensacola. Ensuite, Bienville, Serigny et Champmeslin montent une nouvelle attaque contre Pensacola qui retombe entre leurs mains le 18 septembre.

Pendant cette guerre d'opérette, Bienville trouve le temps d'envoyer DuTisné en voyage d'exploration au haut Missouri. Les Osages se montrent très sympathiques, puis les Panis plutôt hostiles. Il parvient à s'entendre avec eux, mais ceux-ci refusent de le laisser aller chez les Padoucas, leurs voisins ennemis.

La compagnie n'avait pas prévu de services d'accueil pour le flot de colons ex-bagnards qui arrivent sans avertissement à Mobile. La forêt tropicale au bord du golfe du Mexique est un milieu bien différent des rues de Paris, et les vivres manquent souvent même pour la population établie. Le taux de mortalité est tellement élevé, que le chiffre de la population n'augmente nullement.



DÉFAITE ESPAGNOLE

L'Espagne signe le traité de Cambrai avec la Triple Alliance le 17 février 1720, par lequel Philippe est contraint de congédier Alberoni, rappeller Cellamare, rendre les îles de Sicile et de Sardaigne à leurs anciens occupants, et les Français remettent Pensacola. Sauf pour une attaque sur Fontarabie, la guerre a causé bien peu de dégâts, mais les Anglais étaient heureux de voir leurs rivaux se combattre entre eux.



AVENTURE DE LAW

A Paris, un mois auparavant, Law devient contrôleur général des finances du gouvernement. Au temps du traité de Cambrai, après une spéculation débridée des actions de la Compagnie du Mississipi, les actionnaires Paris, Dubois, Conti et Bourbon vendent leurs parts et encaissent leurs billets. Les petits actionnaires perdent confiance, veulent encaisser aussi.

Alors, Law obtient du Régent l'interdiction aux particuliers de détenir de l'or. Au lieu d'affermir les billets, cette mesure provoque la panique: tous veulent se faire rembourser. On arrête le paiement des billets de la compagnie. La valeur des actions tombe à zéro: les actionnaires et déposants subissent d'immenses pertes. A la fin de décembre John Law quitte tranquillement la France au moyen d'un passeport que le duc d'Orléans lui a signé.

En Louisiane, Bienville envoie LaHarpe remonter la rivière Rouge, nouer des relations avec les Indigènes mécontents des Espagnols. LaHarpe se rend chez les Nassonites, d'où il envoie ses compliments au commandant espagnol Alarcane. En même temps, il demande la permission de faire des échanges. Celui-ci l'invite poliment à déguerpir. LaHarpe fait alors valoir les titres français sur ce territoire, et noue des bonnes relations avec les Touacaras et les Canécis.

Au lac Michigan, LaPorte de Louvigny doit encore combattre les Renards, et parvient à leur faire accepter la paix. Le comte de Saint-Pierre fonde une colonie au Port LaJoie, sur l'île Saint-Jean et encourage les Acadiens à venir s'installer sur les terres fertiles et boisées. Cela ne leur sourit pas plus d'abandonner leurs beaux prés derrière les batardeaux.

Le duc d'Orléans envoie le père Charlevoix en Nouvelle-France, faire le point sur les explorations. Ce prêtre se rendra à Québec, et passera par le Mississipi jusqu'à la Nouvelle-Orléans où il atterrit en 1721. Son compte-rendu constitue un élément important dans la constitution d'une histoire de l'Amérique française.

Au cours de l'année, le duc, inquiet pour la succession française, négocie secrètement avec Philippe d'Espagne, un accord pour le mariage de Louis XV avec l'Infante alors âgée de trois ans.Celle-ci est dorénavant logée à Versailles.

Cette même année, l'ingénieur Pauger trouve le moyen de rendre le Mississipi navigable pour les océaniques jusqu'à la Nouvelle-Orléans qui devient alors la capitale de la Louisiane.



OSWEGO

Aux Grands Lacs, les Anglais veulent que les Tsonnontouans expulsent Joncaire, résidant toujours chez eux comme représentant chez eux comme représentant du gouverneur Vaudreuil. N'y réussissant pas, ils construisent en 1722 un magasin sur la rive sud du lac Ontario, à l'embouchure de la rivière Chouaguen (Oswego).

Ce poste devient le point terminal d'une navigation partant d'Albany, et qui remonte la rivière des Agniers (la Mohawk), puis, par un petit portage (Rome,N.Y.) passe au ruisseau du Chicot (Wood creek) puis au lac des Onneyout et sa décharge, la rivière des Chouaguens. En somme, les Anglais s'installent sur un comode passage à travers les Appalaches jusqu'aux Grands Lacs.

En Louisiane, Bienville envoie Veynard de Bourgmont tenter un rapprochement avec les Padoucas. Bourgmont érige le fort d'Orléans près de l'embouchure de la rivière Missouri, et établit la paix entre les Kansas, les Missouris, les Osages, les Otos, les Aiouas, les Pânis puis enfin avec les Padoucas

Un jour en Iroquoisie, le baron LeMoyne de Longueuil en visite chez les Onnontagués à quelques lieues en amont de l'embouchure de la rivière Chouaguen, lorsque passe un convoi anglais, dont le commandant lui demande son passeport. Longueuil demande alors aux chefs onnontagués s'ils ont cédé leur pays aux Anglais. Piqués, ils répondent que non, et engueulent les Anglais, les menaçant d'expulsion.



DÉCÈS

A Paris, le 10 août 1723, le cardinal Dubois décède. Le duc d'Orléans le suit au tombeau le 2 décembre, et le duc de Bourbon prend le poste de ministre, en laissant les affaires de religion à l'ancien évêque de Fréjus, monseigneur de Fleury. Le jeune Jean-Frédéric Phélipeaux, comte de Maurepas succède à son père Pontchartrain au ministère de la marine.

En Louisiane, fin septembre, Bienville monte une nouvelle expédition contre les Natchez, qui ont commis quelque méfait. Ils se soumettent et font réparation sans qu'il y eut combat.. Sur les entrefaites, l'intendant Jacques de LaChaise arrive de la métropole, pourvu de pouvoirs exceptionnels pour enquêter sur l'administration. Après le scandale de la compagnie de Law, on cherche des poux partout.



GUERRE ANGLO-ABENAQUIS

Dans le pays des Abénaquis, le 22 août 1724, les Bostonnais Moulton, Starman & Bourne dirigeant trois cents hommes, attaquent la mission de Narantchouak, qu'ils pensent être le quartier général des guerriers abénaquis qui font tant de dégâts à leurs postes-frontière. Ils y trouvent le père Rasles vers qui plusieurs Abénaquis accourent pour le protéger. Les Bostonnais le tuent ainsi que ses protecteurs.

Alors, la guerre se fait ouvertement, mais à la manière des Sauvages, qui harcèlent les Anglais assez efficacement pour que ceux-ci demandent à Vaudreuil d' intercéder pour la paix. Le gouverneur accepte et préside les négociations qui conduisent à un accord fixant la rivière Saco comme limite nord-est de la colonisation anglaise









NOUVEAU RAPPEL

En Louisiane, l'intendant La Chaise relève de nouveau des irrégularités qu'il attribue à Bienville et à son frère Chaâteauguay, et les juge assez sérieuses pour les condamner à rentrer sur- le- champ en France, ce qu'ils sont obligés de faire.

A Versailles, le duc de Bourbon estime que le projet de mariage de Louis XV avec l'infante trop lointain, rompt l'accord avec le roi Philippe d'Espagne, renvoie la princesse à Madrid et persuade Louis d'épouser Marie Leczinski, fille du roi déposé de Pologne, et l'on fait un mariage par procuration à Strasbourg, le 15 août 1725. Elle rencontre son époux peu après à Fontainbleau.

BEAUHARNOIS

à Québec, Vaudreuil décède après une administration de vingt-deux ans, le Charles Le Moyne, premier baron de Longueuil, prend l'intérim. La cour nomme Charles de Boische, marquis de Beauharnois, capitaine de vaisseau, gouverneur de la Nouvelle-France au début de 1726



FLEURY MINISTRE

Le 11 juin, à Versailles, une crise ministérielle entraîne l'exil du duc de Bourbon, et monseigneur de Fleury devient cardinal et ministre. Maurepas reste ministre de la marine, et Le Pelletier-des-Forts devient contrôleur général des finances. Il fixe la valeur de la livre française qui se maintiendra jusqu'en 1785, ce qui favorisera le commerce et l'industrie.

En Amérique, Beauharnois, voulant solidifier la présence française sur le lac Ontario face au poste anglais d'Oswego, envoie Gaspard Chaussegros de Lery un post à Niagara (aujourd'hui Youngstown, N.Y.). Celui-ci doit composer avec les Tsonnontouans, qui ne veulent pas de fortifications. Alors l'ingénieur leur montre des plans d'un manoir en pierre, avec étage. Les Sauvages, dont plusieurs ont déjà voyagé à Montréal où ils ont vu des édifices semblables, sont satisfaits. L'espacement des fenêtres et la solidité des murs et planchers sont tels que l'on peut placer des canons à l'étage. Mais l'adversaire visé est l'Anglais et non les Iroquois.

Etienne Salvert de Perier, officier de la marine, vient assumer le poste de gouverneur en Louisiane, un an après le départ des frères LeMoyne.. Depuis le départ de ceux-ci, les Anglais s'infiltrent chez les Chicasas et incitent ceux-ci à faire la guerre à leurs voisins et aux Français.

Dans l'Ouest, les Renards regroupés s'allient les Kikapous, les Malomines, les Mascoutens, les Puants et les Sakis contre les Français. Beauharnois envoie Lignery combattre les Malomines, ce qu'il fait avec assez de succès pour faire fuir les autres conjurés, et l'on détruit leurs habitations et récoltes.

L'intendant Hocquart madate Zacharie Hertel de la Fresnière d'aller construire en 1729 un fort permanent à la Pointe de La Chevelure sur le lac Champlain. Ce poste appelé Saint-Frédéric

soulèvera beaucoup d'objections de la part des Anglais de New-York, qui prétendent qu'il se trouve sur leur territoire.



LES NATCHEZ

En Louisiane, Perrier a nommé le sieur d'Etcheparre commandant du fort Rosalie. En 1729, celui-ci avise les Natchez dont le village se trouve voisin du fort, qu'ils doivent partir pour faire place à un domaine qu'il entend établir. Ces Indigènes, en bons termes avec les Français jusqu'alors, protestent en vain.

Mine de rien, le chef natchez organise un soulèvement général contre tous les Français du pays. La mère chrétienne de ce chef a vent de quelque chose, avertit Etchepart, et fausse le calendrier du chef qui doit assurer que tous les postes Français soient attaqués en même temps.

Etcheparre ignore l'avertissement, et les Natchez massacrent tous les Français des alentours du fort, mais pas ceux des autres postes, vu le calendrier faussé. Il y a des centaines de morts avant que Perrier soit averti, et répande l'alerte. Les Yazoux se soulèvent à leur tour et détruisent les forts de Saint-Claude et de Saint-Pierre avec leurs occupants.





Perrier envoie Loubois avec deux cents hommes contre les Natchez. Il détruit un de leurs villages, d'où les habitants s'étaient échappés, mais se fait repousser d'un autre. Il faut attendre des renforts de France.

Dans l'Ouest encore une fois , les Renards parviennent encore à inquiéter les Français, et Charly de Saint-Ange, avec six cents hommes les disperse. Ils recommencent encore, plus loin, et Coulon de Villiers les combat. Enfin, le 7 septembre 1730, Noyelles les défait de nouveau.

Perrier reçoit un renfort de cent cinquante hommes de France au cours de l'année. En janvier 1731 les officiers Salvert, Cresnoy et Kerlerec conduisent cinq cents hommes contre le chef-lieu fortifié des Natchez. Ceux-ci se rendent après un siège de quatre jours.

Contrairement à la politique habituelle des Français, Perrier envoie tous les prisonniers en esclavage à Saint-Domingue.



EXPLORATIONS

Le commerce des fourrures, toujours une source importante de revenus d'Etat pour la Nouvelle-France, a subi un certain déclin depuis que les nations sauvages du nord font leurs échanges aux postes anglais de la baie d'Hudson. Le gouverneur Beauharnois veut également rétablir l'influence française parmi ces populations, et désigne Pierre Gaultier de La Vérendrye, officier canadien, qui a servi dans l'armée pendant quatre années en France, pour faire un voyage d'exploration dans l'Ouest. Puisqu'il n'y a pas de fonds publics pour cette fin, l'expédition doit s'auto-financer, donc le gouverneur autorise la traite avec les Indigènes.

La Vérendrye quitte Montréal en 1731 avec ses fils Jean-Baptiste, Pierre, François, et Christophe Dufrost de La Jemerais ainsi que cinquante hommes. On prend la direction de Michilimacinac.

SAKIS

A la baie des Puants (lac Michigan), en 1732, les Renards ont gagné les Sakis à l'alliance anglaise. Coulon de Villiers père, LeGardeur de Répentigny et DuPlessis conduisent une troupe de Canadiens et de Hurons contre eux. Les officiers ne voulant pas croire que les Sakis tireraient sur eux, s'avancent à découvert. Un jeune Saki tire et blesse Nicolas-Antoine Coulon fils. Dans la fusillade qui suit, les trois officiers commandants se font tuer, et la troupe se retire. Le jeune Coulon réunit une nouvelle troupe et parvient à chasser les Sauvages rebelles au delà du Mississipi.

En 1733, après qu'ils aient exterminé les Yamasis, leurs anciens alliés, les Anglais de la Caroline, sous Oglethorpe, fondent la ville de Savannah sur leurs terres, premier poste dans ce qui deviendra la Georgie.

L'année suivante, Arnaud et Noyelles, partent de Montréal vers l'Ouest pour régler le compte des Renards. Ils les rejoignent à la rivière Moingovera (des Moines, Iowa), et parviennent à faire rentrer les Sakis au bercail. Mais les Renards se dérobent une nouvelle fois.



BIENVILLE DE RETOUR

A Versailles, le ministre Maurepas qui commence à comprendre l'importance de l'alliance avec les Indigènes, estime que le gouverneur Salvert de Perrier réalise mal cette politique en Louisiane. en réduisant les Natchez défaits à l'esclavage. Le ministre estime que les méfaits qu'on reprochait à Le Moyne de Bienville ne sont pas assez sérieux pour se priver de ses services. Les Le Moyne connaissent les Sauvages de longue date, et savent maintenir de bons rapports avec eux. Puisque l'empire français en Amérique repose entièrement sur la bonne volonté des Indigènes, Maurepas nomme alors Bienville, âgé de cinquante trois ans, une deuxième fois gouverneur de la Louisiane, et Salvert se fait rappeler.

Plus au nord, La Verendrye a construit le fort Saint-Pierre au Lac à la Pluie, le fort Saint-Charles sur le lac des Bois, le fort Maurepas à la rivière Ouinipeg et le fort de La Reine au confluent des rivières Assiniboine et la Rouge. Il explore les lacs Ouinipeg et Manitoba. Les forts serviront d'entrepôts pour les fourrures et de relais pour les voyageurs.



LES CHICASAS

En Louisiane, les Chicasas se sont entièrement liés aux Anglais, et font la guerre ouvertement aux tribus voisines. Devant les maîtriser pour rétablir la paix, Bienville obtient de Beauharnois qu'une petite armée de Canadiens et d'Illinois sous le sieur Pierre d'Artaguiette, vienne appuyer sa campagne contre cette nation. Bissot de Vincennes avec des Outaouais et des Iroquois les rallient.. Ils descendent l'Ohio et le Mississipi pour se trouver devant le village-capitale des Chicasas le 10 mai, 1736, jour fixé pour le rendez-vous.

Bienville, de son côté est parti de Mobile avec ses troupes françaises auxquels se joignent un millier de Chactas, et remonte la rivière Tombicbi, mais il subit des retards.

La capitale des Chicasas est devenue une véritable forteresse grâce à l'aide des Anglais. D'Artaguiette sous-estime la force de l'adversaire, et attaque sans attendre des nouvelles de Bienville.

Les Français se font repousser en laissant sur le terrain les deux commandants blessés, et les cadavres des officiers Petit, Courcelles, Courtigny, DuTisné, Mariauhau, Berry, Gravière, L'Anglois, de L'Isle, Groston de Saint-Ange le jeune, Tonty le jeune et bien d'autres. Le père Senat, refusant de quitter les blessés, se fait capturer avec eux. Un cadet du nom de Voisin dirige la retraite des survivants désemparés.

Bienville arrive devant l'objectif le 23 mai, attaque à son tour et se fait repousser avec de lourdes pertes. N'ayant pas de nouvelles d'Artaguiette, et voyant l'inutilité de nouveaux efforts, Bienville se résigne à battre en retraite. Les Chicasas ont alors tout le loisir de torturer leurs prisonniers à mort.

En 1737., on coule les premiers lingots de fer aux forges de Trois-Rivières

Dans l'Ouest, l'année suivante, La Verendrye remonte la rivière Souris, et fait le portage à la rivière Missouri en aval du confluent de la rivière de la Roche-Jaune, aujourd'hui la Yellow Stone (Dakota-Nord).

Encore une année, en Louisiane, les frères Mallet remontent le Mississipi, le Missouri, la Platte et se rendent jusqu'à Santa-Fe (Nouveau-Mexique), où les autorités espagnoles les reçoivent.



SOUMISSION DES CHICASAS

En Louisiane, la question des Chicasas n'étant pas encore réglée, un contingent de sept cents soldats arrive de France, en 1740 avec les officiers de Nouailles, Rosily et Kerlerec. De son côté, Beauharnois envoie une troupe du Canada avec les officiers Longueuil, Céloron, Boucher de Saint-Laurent, La Boissonnière ainsi qu'un contingent d' Illinois.

Bienville envoie Céloron en avant-garde avec cinq cents Canadiens et Sauvages qui, le 20 février attaquent assez vigoureusement les Chicasas, que ceux-ci, sachant que le gros de l'armée française est tout près, signifient qu'ils veulent faire la paix. Ils invitent Céloron à leur envoyer un de ses officiers.

Saint-Laurent s'offre d'y aller. Une fois dans le fort des Chicasas, l'officier devient conscient que plusieurs de ses hôtes discutent du choix d'assaisonnements avec lesquels le faire rôtir, plutôt que des conditions de paix. Mais l'avis des vieux sachems l'emporte, et on lui offre le calumet de la paix.

COMMERCE ESPAGNOL

Nous avons vu que le traité d'Utrecht accorde à l'Angleterre le privilège d'envoyer un navire marchand aux colonies Espagnoles chaque année. Cet accord, négocié entre la France et l'Angleterre, et que Louis XIV contraignit Philippe V d'accepter au nom de la paix, entame considérablement la souveraineté espagnole dans ses colonies, particulièrement par la manière que les Anglais l'interprètent.

Ceux-ci étirent cette clause en laissant mouiller un navire à l'année longue dans le port désigné, d'autres navires viennent y accoster pour en échanger le cargo, dans une procession continuelle; en effet, un grand nombre de navires font le commerce en dépassement du traité. D'autres navires visitent des ports non désignés, pour y faire la contrebande. Parfois les gardes-côtes espagnoles les interpellent: les incidents se multipliaient.

Un armateur

nommé Jenkins, présumé contrebandier, se plaint au parlement de Londres des mauvais traitements reçu des Espagnols. Sans que l'on se renseigne davantage sur les circonstances ni même sur les sévices, les parlementaires prennent feu et déclarent la guerre à l'Espagne en 1739. Ceci a pour résultat d'apporter aux contrebandiers l'appui ouverte de la puissante marine de guerre britannique



LA SUCCESSION D'AUTRICHE

D'autre part, l'empereur Charles VI, l'ancien rival de Philippe V d'Espagne, vieillissant, n'a que sa fille Marie-Thérèse comme héritière. La loi salique qui limite l'accès à la couronne autrichienne aux descendants mâles, ouvrirait la succession à une foule d'héritiers plus-ou- moins éloignés. Charles a pris la précaution de faire signer à tous les monarques d'Europe l'engagement (la Pragmatique Sanction) de reconnaître Marie-Thérèse comme future archiduchesse de l'Autriche, reine de Hongrie et de toutes les terres héréditaires des Habsbourg.

Mais la cour autrichienne s'était mêlée à une querelle dans la famille royale prussienne, et le jeune héritier, Frédéric, la victime, en garde rancune. Le roi de Prusse décède en mai 1740, laissant à Frédéric la couronne, une magnifique armée, un ample trésor royal, et aucune dette.

En octobre de la même année, Charles VI meurt et Marie-Thérèse prend la couronne autrichienne. Son époux, François de Lorraine pose sa candidature à la couronne impériale.



GUERRE

Frédéric dénonce la pragmatique sanction, et envahit la province autrichienne de Silésie. Marie-Thérèse résiste à cette agression en mobilisant son armée. De son côté, Charles-Albert de Wittelsbach, électeur de la Bavière pose également sa candidature à la couronne impériale, avec l'appui de la Prusse et de la France.

Le maréchal de Belle-Isle convainc le pacifique ministre-cardinal Fleury d'entrer en guerre contre l'Autriche pour appuyer la Bavière. Il est significatif que le roi Louis XV âgé de 30 ans, ne figure pas dans cette décision.

Le vieux maréchal conduit une armée française en Bohème et met le siège à Prague. Un de ses commandants, Maurice de Saxe, s'empare de la ville par un coup de main, ou plutôt « l'épée à la min » écrit-il. Le sénat bohémien élit alors Charles de Bavière roi de Bohème et électeur. Cela lui donne assez de votes à la diète de Francfort pour se faire élire empereur.

En Méditerranée, Don Navarro dirige une flotte espagnole en expédition contre La Spezzia en Italie, et, de retour s'arrête à Toulon, où elle est aussitôt bloquée par la flotte anglaise de Mathews.

Marie-Thérèse parvient à s'acquérir l'appui des Hongrois et renforce son armée. Le 17 mai 1742, Frédéric défait les Autrichiens que commande Charles de Lorraine, frère de François, à Chotusitz, mais ne dérange pas leur retraite.

Les Autrichiens occupent alors la Bavière et forcent l'armée française à se retirer vers Prague. Quelques jours plus tard, Frédéric entame des négociations discrètes avec l'Autriche («on peut s'entendre entre Allemands »), et qui aboutit à l'accord secret de Breslau du 11 juin.

Les Français se trouvent alors seuls à combattre l'Autriche, leur allié bavarois étant neutralisé. Le 10 août, Louis XV décide de son chef (c'est la première fois qu'il se manifeste, à l'âge de 32 ans), d'envoyer l'armée de Maillebois à Prague pour secourir Belle-Isle et Broglie. La jonction se fait entre Amberg et Egra sur la frontière de la Bohème, pendant que l'armée autrichienne reste immobile à Pilsen.

Le 20 octobre, le ministre Amelot ordonne à Belle-Isle de ramener son armée en France. Le maréchal quitte Prague le 16 décembre avec quatorze mille hommes et son artillerie, fait son chemin parmi de nombreux postes autrichiens, pour arriver dans le Haut-Palatinat sans aucune opposition. Une garnison française laissée à Prague assiégée, capitule le 16 décembre en obtenant les honneurs de guerre. Elle est libre de rentrer sans encombre en France avec son matériel.

Dans l'Ouest américain, les fils de La Verendrye, Louis et Pierre continuent les explorations de leur père, en passant chez les Mandanes, remontant la rivière Missouri, et la rivière de la Roche-Jaune. Devant le mont du Grand-Teton, ils abandonnent à cause de l'hostilité des Indigènes.



DÉMISSION

En Louisiane, Bienville, devant les résultats médiocres de sa guerre contre les Chicasas, qui ne se sont soumis que pour recommencer la guerre à leurs voisins, démissionne en 1743 et Pierre de Rigaud, marquis de Vaudreuil, fils de l'ancien gouverneur de la Nouvelle-France le remplace comme gouverneur de la Louisiane.



DÉCÈS

A Versailles, le cardinal Fleury décède, et Louis XV annonce qu'il prend l'administration en main. Sa résolution dure peu de temps, les ministres continueront à tout faire, le roi se contentant de se tenir au courant.

Georges II, roi d'Angleterre et du Hanovre, s'engage dans la guerre pour appuyer l'Autriche, et conduit une armée en Allemagne. Le maréchal de Noailles lui livre bataille à Dettingen. Le maréchal a le dessus lorsqu'un officier français conduit intempestivement une charge de cavalerie qui masque l'artillerie française. Noailles frustré, ordonne de rompre le combat. Le lendemain, le roi Georges se retire du champ de bataille, abandonnant ses blessés. Pourtant, on prétend qu'il a été victorieux!



PROJETS CONTRE L'ANGLETERRE

En janvier, 1744, Charles-Edouard, fils de Jacques III Stuart, prétendant à la couronne britannique, quitte sa résidence à Rome à l'instigation du cardinal de Tencin. Celui-ci gagne la cour de Versailles à l'idée d'une invasion de l'Angleterre pour rétablir les Stuarts à un moment où les Anglais sont peu contents de leur roi allemand qui ne parle même pas leur langue.

Roquefeuille va croiser devant Portsmouth avec dix neuf vaisseaux, tandis que Maurice de Saxe, devenu maréchal, organise l'embarquement de trente deux mille soldats à Dunkerque. Au même moment, l'amiral anglais Norris déjoue Roquefeuille en sortant de Portsmouth avec vingt cinq vaisseaux et va mouiller au large de Douvres. À Versailles, la cour décide après réflexion, que ce projet de tenter de placer un roi catholique en Angleterre causera des remous parmi les alliés saxons et prussiens protestants, et décide de l'abandonner.



TOULON

En même temps, l'amiral Don Navarro, est, depuis plus d'un an, bloqué à Toulon par la flotte anglaise de trente cinq vaisseaux de Mathews. Celle-ci mouille aux îles Hyères comme chez elle. Le 11 février, l'amiral Court La Bruyère dirige l'escadre de Toulon sur les Anglais pour ouvrir un passage aux Espagnoles qui suivent. Après une canonnade assez légère, Mathews se retire à Minorque, et les Espagnoles rentrent à Carthagène.



FORMALISATION

Louis XV déclare la guerre à l'Angleterre et à l'Autriche le 15 mars 1744, et le ministre Maurepas envoie aussitôt une corvette à Louisbourg, devenue une véritable forteresse, pour en aviser le commandant Duquesnel. Les instructions veulent qu'il équipe deux navires pour la course, et qu'il se prépare pour la défense. Suite à un litige sur les droits de pêche, Duquesnel envoie Dupont-Duvivier avec trois cent hommes au mois de mai, se saisir du port de Canseau. Les Anglais sont surpris ne sachant pas qu'il y a guerre, et se font conduire prisonniers à Louisbourg.



CAMPAGNE EN ACADIE

Fort de ce succès, Duvivier obtient l'accord réticent de Duquesnel pour une tentative contre Port-Royal, confiant que les Acadiens se soulèveront en masse pour

redevenir français. DuQuesnel lui prête cent hommes avec lesquels Duvivier voyage par mer à la baie Verte, d'où il passe à Beaubassin puis arrive aux Mines, le 24 août, en recrutant quelques Acadiens.



Mascarène, commandant anglais de Port-Royal a moins de cent soldats, mais il prend les affaires en main et les Acadiens acceptent des corvées pour remonter les fortifications. Pendant que Duvivier est encore loin, un navire arrive de Boston avec soixante-dix hommes. Un deuxième apporte une compagnie de miliciens.

Les Micmacs se montrent enthousiastes pour la cause française, et empêchent les Acadiens de travailler aux fortifications. Duvivier arrive dans la région de Port-Royal fin d'août, fait son quartier chez Nicolas Gauthier, ardent francophile.

La plupart des Acadiens se tiennent à l'écart, vue la faiblesse de l'entreprise, et redoutant les inévitables représailles anglaises. Duvivier met le siège à Port-Royal et attend l'arrivée de deux navires de Louisbourg. Mais Du Quesnel, a des problèmes avec sa garnison, qui se révolte à cause des agissements du commissaire Bigot.



PROJET ANGLAIS

Les prisonniers libérés, rendus à Boston racontent ce qu'ils ont vu à Louisbourg à William Shirley, gouverneur du Massachussetts, qui entrevoit la possibilité de conquérir cette place. Il demande la collaboration de la marine britannique et se met à recruter une armée, que le commerçant Pepperel offre de financer. Celui-ci reçoit le commandement des quatre mille hommes levés, et s'embarque au début d'avril 1745, à Boston.

A Versailles, le ministre Maurepas a connaissance de ces préparatifs, et envoie le vaisseau "le Vigilant" et la frégate "la Renommée" de Brest le 26 avril. Il prépare l'armement d'une escadre qui doit suivre peu après.

Aux Antilles, l'amiral Warren reçoit l'ordre d'aller soutenir les Américains, et les rejoint le 4 mai à Canseau. C'est une véritable flotte qui se présente devant Louisbourg le 11 mai. On débarque à l'anse aux Cormorants sans trouver d'opposition.

Devant ce grand nombre d'envahisseurs, DuChambon se laisse convaincre que la batterie Royale, à quelque distance de la ville est indéfendable, et consent à son évacuation. On quitte les lieux à la hâte en laissant les canons de quarante deux livres mal encloués, et on ne détruit pas les munitions. Les Anglais ont tôt fait de s'en emparer.

Avec leurs trouvailles, en plus de leur propre artillerie, les Anglais établissent de puissantes batteries sur les collines qui dominent la ville, et commencent à bombarder. DuChambon envoie un courrier à Paul Marin devant Port-Royal depuis trois semaines, lui demandant d'accourir.

Le trente mai, le vaisseau Vigilant approche. L'escadre anglaise est cachée derrière un cap, et Warren envoie une frégate servir d'appât. Le Français se met à sa poursuite et tombe dans le milieu de l'escadre. Il est bientôt obligé de baisser pavillon. La frégate La Renommée s'échappe

L'île d'Entrée, hérissée de canons, interdit l'entrée du havre à la flotte ennemie. Les Anglais essayent de la prendre d'assaut. Les Français sous le commandant Charles-Joseph d'Ailleboust les repoussent. Alors, les assaillants montent des canons au sommet de la pointe de la Lanterne, qui surplombe l'île. Cette batterie se met en action le 21 juin, puis en quelques jours, tous les canons de l'île sont démontés. Les vaisseaux entrent dans le port, et Pepperel prépare l'assaut. DuChambon entame alors des négociations qui aboutissent à la reddition du 28 juin 1745.



SECOURS

Salvert de Perrier avec une escadre de sept vaisseaux fait voile au début juillet de Brest, et apprend la chute de Louisbourg pendant qu'il est encore loin en mer. Ses instructions veulent aussi qu'il attaque Port-Royal, mais craignant l'escadre britannique dans les parages, il préfère retourner en France. Il est bon de songer à la compétence du ministre Maurepas qui a pris quinze mois pour préparer une escadre insuffisante en vue de reconquérir l'Acadie. Pourtant les ressources y étaient, comme nous allons voir.



FONTENOY

En Europe, une armée française a envahi la Belgique, et le duc de Cumberland, fils du roi George, s'y oppose avec une forte armée anglaise. Le maréchal de Saxe, commandant français, le défait à Fontenoy après un combat long et meurtrier, et occupe une grande partie de la Belgique.

Au Canada, pendant l'été, Beauharnois envoie Rigaud de Vaudreuil avec un gros détachement vers la Nouvelle-Angleterre. Rigaud s'attaque au fort Massachussetts que défend une poignée d'hommes. Il les amène prisonniers après avoir brûlé la place. Paul Marin détruit le poste de Saratoga sur le fleuve Hudson.

En Europe, une armée française sous le général Lowendal prend la ville d'Oudenard.



CHARLES-EDOUARD STUART

De son côté, Charles-Edouard, fils du roi déchu, Jacques III, s'entend au mois de novembre avec l'armateur jacobite Antoine Walsh de Saint-Malo pour se faire transporter en Ecosse avec sept cents partisans. Cette fois, le gouvernement français n'est pas visiblement impliqué, l'expédition passe pour une action de particuliers. Les Ecossais se rallient au prince en grand nombre. Ils sont victorieux à Prestonpans, et marchent sur Londres.

Au décès de l'empereur Charles de Bavière, les représentants de la Prusse, de l'Autriche, de la Saxe et de la Pologne signent un traité, pour appuyer la candidature de François de Lorraine, l'époux de Marie-Thérèse, et sous cette condition, Frédéric peut garder la Silésie. Ce traité se fait à l'insu de Londres et de Versailles.

En Angleterre, le duc de Cumberland, arrivé à la hâte du continent, repousse Charles-Edouard jusqu'au nord de l'Ecosse et l'écrase à Culloden le 16 avril 1746. Charles-Edouard parvient à fuir vers la France.

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EXPÉDITION DU DUC D'ANVILLE

Maurepas réunit un nouvel armement sous la direction du duc d'Anville, pour conquérir l'île Royale et l'Acadie. Il quitte La Rochelle le 22 juin 1746, avec dix vaisseaux de ligne et cinquante huit navires de transport portant trois mille cinq cent soldats. Le chef d'escadre Conflans a des instructions de le rejoindre après une campagne aux Antilles. Beauharnois envoie Roch de Ramezay avec sept cents hommes vers l'Acadie pour l'appuyer.

Aux Antilles, Conflans défait l'escadre de Davers et capture vingt navires. A son retour, il ne voit personne en Acadie, ne s'attarde pas, et rentre à Brest.

D'Anville subit des vents contraires, et prend trois mois pour faire la traversée, arrivant en vue de l'Acadie vers le 15 septembre chargé de malades. Une terrible tempête disperse sa flotte. Des navires arrivent un à un pour jeter l'ancre dans le havre de Chibouctou et débarquer les malades. Il en meurt mille à terre après les deux mille en mer. L'épidémie se répand parmi les Micmacs venus les accueillir. Effrayés, . ils s'éloignent. D'Anville, saisi d'une syncope, meurt. Son second, d'Estournelle, devant l'ampleur du désastre, tente de se suicider.

Cependant, Ramezay a défait les Anglais à Port LaJoie sur l'île Saint-Jean, a recruté des Acadiens, et avance sur Port-Royal. Il se retire à Beaubassin quand la flotte tarde à apparaître. Aussitôt qu'il apprend sa présence à Chibouctou, il .se hâte à revenir.

Le marquis de La Jonquière prend alors le commandement de la flotte, et fait voile vers la baie des Français et Port-Royal. Une nouvelle tempête disperse ses vaisseaux et les fait dériver loin de l'objectif. À court de vivres, il rentre en France, après avoir averti Ramezay. Celui-ci se retire à Beaubassin, et le gouverneur Shirley, à Boston, apprenant le départ de la flotte française, envoie le colonel Noble avec cinq cents soldats en Acadie.

En novembre, aux Antilles, le comte Dubois de LaMotte escorte, avec trois vaisseaux, une

centaine de navires marchands lorsqu'il rencontre l'escadre de l'Anglais Digby-Dent, comptant cinq vaisseaux. LaMotte parvient à l'écarter sans perte.



COMBAT DES MINES

En Acadie, Noble arrive au début de l'hiver aux Mines et cantonne ses hommes chez les habitants. En janvier 1747, Ramezay, toujours à Beaubassin, conçoit une attaque contre ces Anglais. Etant incommodé par une blessure, il en confie l'exécution à Nicolas Coulon de Villiers. Y participent les officiers suivants: Aubert de Gaspé, Dazemard de Lussignan, Deschamps de Boishébert, La Corne de LaColombière, Le Gardeur de Saint-Pierre, Le Gardeur de Courtemanche, Le Gardeur de Répentigny, Le Marchand de Lignery, Liénard de Beaujeu, Marin de La Malgue, Tarieu de La Naudière, Saint-Ours, et trois cent hommes, rouges et blancs.

Pendant la nuit, ils cernent les maisons où sont logés les Anglais, puis les attaquent tous en même temps. Une centaine se font tuer, dont le colonel, les autres se rendent. Etant incapables de les nourrir, on les laisse partir pour Port-Royal sur promesse de ne plus servir dans l'année. Les Français se retirent à Beaubassin, et le mois d'avril suivant, les Anglais réoccupent les Mines.



COMBAT DE LA JONQUIÈRE

LaJonquière est nommé gouverneur de la Nouvelle-France, prenant la relève de Beauharnois qui y a servi pendant vingt et un ans. Maurepas confie à La Jonquière trois vaisseaux et trente deux navires de transport qu'il doit conduire à Québec. Le chevalier de Saint-Georges le rallie avec deux vaisseaux et quinze navires de la compagnie des Indes Orientales.

Les amiraux Anson et Warren, dirigeant quinze vaisseaux, attendent les Français au large du cap d'Ortégal. La Jonquière, ne pouvant les éviter, va au devant de l'adversaire avec ses cinq vaisseaux, pendant que les navires de charge prennent le large. Après un furieux combat qui occupe les Anglais toute la journée du 14 mai 1747, les vaisseaux français qui restent, dematés, leurs munitions épuisées, se rendent, mais les navires marchands sont hors de portée des Anglais. LaJonquière est fait prisonnier pour la durée de la guerre.

Au large de Brest, en même temps, DuBois de LaMotte, avec trois vaisseaux pour escorter cent onze navires marchands de retour des Antilles, se fait intercepter par l'escadre de neuf vaisseaux de Fox. Pendant que les vaisseaux combattent, soixante quatre des navires entrent à Brest, puis LaMotte y conduit tous ses vaisseaux.

Amérique, Saint-Luc de LaCorne détruit le fort Clinton près de Boston en juin. Les conditions sociales suite à la guerre incitent Marguerite d'Youville à prendre la relève des frères Charron pour rétablir l'hôpital générale de Montréal, situé hors les murs à la pointe à Callière.

En Hollande le maréchal de Saxe défait le duc de Cumberland le 2 juillet, à Laufeld, faubourg de Maastricht. Les Français prennent les villes d'Axel et Bergen-oop-Zoom.

Vu la non-disponibilité de La Jonquière, Maurepas nomme le comte Barrin de La Galissonnière gouverneur de la Nouvelle-France en intérim. Il débarque à Québec en septembre.

La marine britannique bloque tout les ports de la France. Lorsque le marquis de l'Etanduère conduit ses huit vaisseaux, escortant deux cents cinquante navires de transport vers Belle-Ile, l'amiral Hawke l'attend avec quatorze vaisseaux. Encore une fois, l'Etanduère amuse les Anglais pendant que les navires s'échappent et entrent à bon port. A la tombée de la nuit, il reste deux vaisseaux français au combat: celui de l'amiral, démâté, et l'Interpride que commande Louis-Philippe de Vaudreuil, fils de l'ancien gouverneur. Le hasard a laissé son vaisseau moins endommagé que les autres. Il vient au secours de son amiral, le prend en remorque et les deux vaisseaux rentrent à Brest.

Louis XV invite les plénipotentiaires de tous les pays belligérants à une conférence pour la paix à Aix-La-Chapelle. Les puissances se font prier. Puis, on apprend que le maréchal de Saxe a mis le siège à la place forte de Maastricht, tout près du lieu de la conférence. L'Angleterre et la Hollande signent une entente avec la France.

L'Autrichien Kaunitz ainsi que l'impératrice Marie-Thérèse prennent offense de cette paix séparée et refusent de négocier. Le maréchal entre dans Maastricht le 28 avril 1748. Louis XV avait déjà annoncé par son ministre Puysieulx, qu'il ne revendiquait aucun avantage territorial, et demande aux autres d'en faire autant. Mais Frédéric de Prusse a déjà fait accepter sa conquête de la Silésie.

L'Angleterre consent à rendre Louisbourg, anxieuse que la France évacue la Belgique. Le 8 novembre, Marie-Thérèse renonce de nouveau à la Silésie, et signe le traité d'Aix-La-Chapelle.

Peu après, Frédéric reçoit la visite de Sir John Legge, le représentant personnel du roi George 11 d'Angleterre et du Hanovre. Sir John porte des messages particulièrement amicaux du cabinet de Londres. On exprime le souhait que les puissances protestantes puissent trouver un terrain d'entente et cesser de se combattre.



Ensuite, Kaunitz devient ambassadeur de l'Autriche à Versailles, où il commence une campagne de rapprochement entre les deux royaumes. Il cherche à faire comprendre à Louis XV que c'est la Prusse et non plus l'Autriche qui est devenue le véritable adversaire de la France, et que la politique qu'avaient suivie François premier, Richelieu et Mazarin est périmée. C'est ce qu'avait compris Louis XIV juste avant sa mort.

Mais la cour de Versailles se laisse endormir par les belles paroles de Frédéric et les écrits insouciants de Voltaire et des encyclopédistes.



FRONTIÈRES

En Amérique, l'année 1748, des Hurons, domiciliés aux alentours du Détroit, subissent influence d'agents anglais, et font des problèmes au commandant Paul-Joseph LeMoyne, chevalier de Longueuil. Celui-ci envoie Picoté de Belestre avec une troupe pour les mettre à raison. Peu après que celui-ci croit la tâche achevée, les Hurons recommencent. LeMoyne reçoit un renfort de cent hommes, sous le commandement de Céloron de Blainville. Cette présence suffit pour que les rebelles fassent la paix.

La même année, des entrepreneurs de Virginie créent une compagnie pour le commerce des fourrures et la vente de terres dans la vallée de l'Ohio. Le traité d'Utrecht permet le commerce libre avec les Sauvages. Mais rien dans ce traité permet la possession des terres à l'ouest de Appalaches. Les autorités de la Nouvelle-France s'estiment protecteurs des Indigènes, et s'opposent à toute colonisation au delà les Appalaches, à laquelle ils s'astreignent eux-mêmes.

Puisque l'on vient de signer la paix, le gouverneur La Galissonnière, se contente de faire bâtir un fort en pierre sur la rive nord du lac Ontario, dans un havre naturel que les Indigènes appellent Toronto.

A Versailles, le roi met fin au régime de 60 ans des Phélipaux au ministère de la marine en congédiant le comte de Maurepas. Il ne semble pas que son incompétence, manifesté en 1746, soit un facteur; et son remplaçant Antoine-Louis Rouillé, Comte de Jouy en fonction le premier mai 1749, ne promet pas des merveilles..



PERIPLE DE CELORON

Le comte de La Galissonnière voulant se renseigner plus exactement sur l'attitude des Sauvages au sud des Grands Lacs vis-à-vis les Français, envoie Jean-Baptiste Céloron de Blainville avec Boucher de Niverville, Céloron fils, Coulon de Villiers, Joannès, les deux frères Joncaire, La Saussaye, LeBorgne, Le Gardeur de Courtemanche, Pécaudy de Contrecoeur, l'aumonier-cartographe-chroniqueur Bonnécamps, S.J. et deux cents hommes pour sonder les âmes et assurer une présence française au moins en dedans des limites du traité d'Utrecht.

Ceux-ci embarquent le 15 juin à Lachine, remontent le fleuve Saint-Laurent, campent une nuit chez le sieur François Piquet, P.S.S. occupé alors à construire une mission à l'embouchure de la rivière Osouégatchie. La troupe navigue la longueur du lac Ontario, portage à Niagara, pour passer au lac Erié, fait un nouveau portage au lac Chatauque le 16 juillet, et descend la rivière Conouango jusqu'à l'Ohio, où l'on enterre une plaque de plomb gravée d'une déclaration de possession. De même aux embouchures des rivières Chiniqué, Kanaouagon, Muskingum, Kenaouha, Sinioto (Scioto), Roche (Miami), Ouabache, et à la Blanche. Les Français retournent par Détroit, et le lac Erié. Conformément aux instructions, ils s'arrêtent au retour quelque jours chez le sieur Piquet pour avancer la construction de la mission qui sera fortifiée, et qui s'appellera La Présentation (Ogdensburg,N.Y.).

En Acadie, les Anglais s'affirment en créant une ville dans le havre de Chibouctou, que Brouillan avait tant admiré. Ils l'appellent Halifax et en font la capitale de la "Nova Scotia". Cette ville comptera en peu de temps pas moins de quatre mille habitants.

Ceci inquiète le comte de La Galissonnière qui encourage les Acadiens à quitter le territoire anglais et à s'installer dans l'île Saint-Jean. Il envoie Charles Deschamps de Boishébert avec une petite troupe fortifier le poste au fleuve Saint-Jean puis à la frontière de Beaubassin où les Anglais empiètent.

Le marquis de La Jonquière, libéré de l'Angleterre depuis la paix, vient relever La Galissonnière en août 1749. Ce dernier, aussitôt rentré en France, propose au ministre Rouillé d'établir dix mille anciens combattants dans la région de Détroit. Le ministre estime que cela sera trop coûteux, et n'en fait rien. Le comte continue de s'impliquer dans les affaires de la Nouvelle-France en siégeant à la commission binationale qui doit fixer les frontières entre les colonies.

Dans son compte-rendu au nouveau gouverneur, Céloron signale la forte influence anglaise, et la présence de nombreux traiteurs de cette nation chez les Miâmis, anciens amis des Français. Ces Indigènes vont jusqu'à arborer le drapeau britannique au dessus de leurs villages. Le chef "Demoiselle" se laisse appeler "Old Brittain" par ses nouveaux alliés.

Le gouverneur envoie Philippe Joncaire continuer l'oeuvre de son père chez les Tsonnontouans, c'est-à-dire, les maintenir dans la neutralité. La Jonquière, particulièrement conscient de la puissance de l'Angleterre sur mer, et bien au courant des traités, ne veut pas la provoquer par des manifestations militaires.

Le ministre Rouillé lui en fait des reproches. Il semble croire que le traité d'Aix-la-Chapelle annule le traité d'Utrecht. De toute façon, anticipant sur la future puissance de la marine française, qui est en pleine reconstruction; ce ministre enjoint expressément le gouverneur d'expulser de force les Anglais de l'Ohio.

D'autre part il est dans son droit en voulant appuyer vigoureusement les Acadiens. La Jonquière envoie donc le chevalier de La Corne avec une forte troupe à Beauséjour tout près de Beaubassin.. L'année suivante, 1750, le major Lawrence débarque avec mille miliciens anglais à Beaubassin. A son approche, les Acadiens brûlent leur village et se retirent derrière les lignes de La Corne.

Lawrence demande où se trouve la frontière, et La Corne lui indique la petite rivière Mesagouèche devant ses retranchements. Les Anglais érigent alors le fort Lawrence sur les ruines du village de Beaubassin.

La Corne commence la construction d'un fort en pierre dans son campement, pendant que l'abbé Le Loutre encourage les Acadiens à s'installer au nord du fort, où mieux, à l'île Saint-Jean. Des frégates anglaises patrouillent la "mer Rouge" et arraisonnent plusieurs embarcations.

La Jonquière fait équiper à Louisbourg un brigantin sous le commandement de Du Chambon de Vergor pour escorter une goélette qui doit aller au fleuve Saint-Jean. Une frégate anglaise les prend en chasse au large du cap de Sable, tire des bordées et Vergor, après cinq heures de combat, est contraint de se rendre devant la force supérieure. Amené à Halifax, le gouverneur Cornwallis le libère, mais garde le brigantin et la goélette, "pour commerce illicite dans une province britannique". La Jonquière ordonne au commandant de Louisbourg de faire des représailles. Celui-ci saisit quatre navires anglais qu'il fait vendre.



SYSTÈME CANADIEN

Celui-ci, comme les autres notables canadiens, s'objecte aux hostilités ouvertes contre les Anglais dans l'Ouest, craignant leur énorme supériorité numérique sur place, et leur capacité d'interdire au Canada tout secours de la France grâce à leur puissante marine. Longueuil ne s'illusionne pas sur la puissance maritime de la France. Il propose au ministre Rouillé qu'on se limite à appuyer les Sauvages dans leur lutte contre l'envahisseur. Quand les Sauvages combattent les colons anglais, cela ne crée pas de remous internationaux. D'ailleurs c'est la politique qu'avaient suivie tous les ministres de la marine depuis le temps de Colbert.

L'intendant François Bigot se moque de cette politique qu'il désigne dérisoirement le "système canadien". On prétend qu'il voit déjà son profit dans les activités militaires croissantes de la métropole.

Pourtant, les Sauvages sont encore assez puissants pour contester l'expansion anglaise, et les quelques cadeaux et munitions que cela peut coûter au trésor français est minime comparé au coût de l'envoi de troupes régulières de la métropole.





En juillet 1752, le marquis de Duquesne débarque à Québec pour succéder à La Jonquière. Comme son prédécesseur, il a reçu des instructions du ministre Rouillé de s'opposer aux coloniaux anglais par la manière forte.

Son premier geste est d'envoyer le sieur Paul Marin avec trois cents hommes au lac Erié pour y ériger des forts à Presqu'île, portage qu'il préfère à celui du lac Chatauque, puis à la rivière au Boeuf, tributaire de l'Ohio.

Restent les Miamis troubleurs. Charles Mouette de Langlade réunit deux cents cinquante Outaouais et Sauteux avec lesquels il défait les rebelles, qui se soumettent. Leur chef "Demoiselle", tué, passe dans la marmite. Ce succès fait beaucoup pour tenir les autres nations dans l'alliance française.

En Louisiane, Vaudreuil, que le ministre destine à un nouveau commandement, est rappelé en France et Kerlerec le remplace comme gouverneur en 1753.

La commission binationale qui doit fixer les frontières entre les colonies, tombe dans une impasse. Les diplomates pensent tout bas que seul les armes régleront la question. En Angleterre et dans ses colonies, on parle ouvertement de conquérir la Nouvelle-France avant que sa métropole ne soit parvenue à reconstituer sa marine.



LITIGE À L'OHIO

Cette même année 1753, le gouverneur Dinwiddie de la Virginie envoie le jeune George Washington au fort LeBoeuf sommer les militaires français de quitter tout le territoire au sud des Grands Lacs, conformément au traité d'Utrecht qui démilitarisait l'Ouest. Le commandeur LeGardeur de Saint-Pierre, en remplacement de Marin décédé, le reçoit poliment, lui explique (par un interprète) que son devoir d'officier lui interdit de quitter son poste, mais qu'il transmettra sa requête à Québec.

Dinwiddie confie alors à une troupe d'ouvriers la tâche de construire un fort à la jonction des rivières Ohio et Manengueulé, au printemps de 1754. Ceci aurait pour effet de couper la nouvelle route vers la Louisiane. Pécaudy de Contrecoeur, qui remplace Le Gardeur, y envoie Le Mercier en avril. Celui-ci chasse les Anglais et construit un fort avec le bois qu'ils venaient de préparer. Ce fort portera le nom de Duquesne.

Contrecoeur envoie une petite troupe sous la conduite de Joseph Coulon de Villiers pour sommer les Anglais de quitter la région. Washington, accompagné de miliciens, surprend les Français dans leur campement tôt le matin. Coulon avance pour s'identifier comme parlementaire, mais les Anglais tirent dessus, le tuant ainsi que la moitié de son escorte. Un d'eux parvient à fuir, les autres sont amenés captifs.

Contrecoeur réunit alors tous les hommes disponibles, quelque huit cents, qu'il confie à Louis Coulon de Villiers, frère de Joseph. Washington s'est retiré aux Grandes Prairies, dans une palissade de bois (fort Necessity) avec cinq cents hommes. Les Français y mettent le siège le 3 juillet et les Anglais se rendent après quelques coups de feu.

Villiers contraint Washington à signer un document par lequel celui-ci (qui ne connaît toujours pas le français) avoue l'assassinat de Joseph et de ses compagnons, puis il relâche les Anglais contre leur promesse de rester dorénavant au delà des Appalaches.

Le ministre Rouillé a écrit au gouverneur Duquesne le 31 mai pour l'aviser que Vaudreuil le remplacera le printemps suivant. Dans l'Ouest, les Anglais de la baie d' Hudson s'engagent en des explorations, chagrinés sans doute par le progrès des La Verendrye et autres Français. Hendry navigue la longueur du fleuve Nelson, traverse les lacs Ouinipeg et Manitoba, puis remonte la rivière Saskatchouan, embranchement nord, jusqu'à l'emplacement actuel de la ville d'Edmonton où il trouve des traiteurs canadiens. Curieusement, dans son compte-rendu, il ne fait pas état des montagnes Rocheuses, pourtant bien visibles de cet endroit.



CHANGEMENT DE MINISTRES

A Versailles, le roi enlève à Machault d'Arnouville, le ministère des finances: ses mesures pour diminuer le déficit en instituant un nouvel impôt ayant mécontenté trop de privilégiés. Jean Moreau de Seychelles le remplace. Puisque le ministre des affaires étrangères, Barberye de Saint-Contest vient de mourir fin juillet, le roi décide d'y loger Rouillé, et donner l'important ministère de la marine et des colonies à Machault, dont il reconnaît la compétence.

Devant les insistances de Kaunitz à vouloir améliorer les relations entre la France et l'Autriche, Louis XV permet à l'abbé de Bernis, ambassadeur de France à Vienne de négocier secrètement dans ce sens. Tellement secret qu'il omet d'en renseigner le ministre Rouillé.

En Espagne, des émissaires français influencent le ministre Ensenada dans le but de réchauffer l'alliance entre les deux couronnes. Le roi Ferdinand s'y oppose, ne voulant pas risquer une nouvelle guerre avec l'Angleterre, et congédie son ministre.



MOUVEMENTS GUERRIERS

Pendant que des préparatifs de guerre sont en cours en Angleterre, suite aux événements de l'Ohio, on parle ouvertement d'expulser les Acadiens de leurs terres. Le secrétaire d'état à Londres, Sir Thomas Robinson déclare à Mirepoux ambassadeur français, que "la Grande-Brétagne détient des titres irréfutables à la possession de l'Ohio parce que les Iroquois qui y habitent sont ses alliées et sujets; que depuis 1713 ils ont détruit les autres Sauvages qui y habitaient, se sont emparés de tout le pays et l'ont ensuite vendu aux Anglais".(cité par Frégault).

Pierre Rigaud, marquis de Vaudreuil-Cavagnal, gouverneur sortant de la Louisiane et fils de l'ancien gouverneur de la Nouvelle-France, reçoit le commandement des mains du marquis de Duquesne en juillet 1754, le premier Canadien à occuper ce poste. Ses instructions lui donnent aussi le titre de lieutenant général en Nouvelle-France, c'est-à-dire le commandement de toutes les opérations militaires. Pendant son séjour de deux ans en France, Vaudreuil a étudié le dossier du Canada puis, tenant compte de la détérioration des relations avec l'Angleterre, prépare son plan de guerre.

Le gouvernement britannique nomme le général Edward Braddock commandant en chef de toutes les armées en Amérique, et celui-ci embarque à Belfast avec mille soldats en janvier 1755.

Le ministre Machault apprend cela assez vite, et fait aussitôt armer dix-huit vaisseauxsous le commandement du comte Dubois de LaMotte, pour transporter trois mille soldats de l'armée de terre, avec leur général, le baron de Dieskau,

La troupe comprend un bataillon chacun des régiments de Béarn, Guyenne, Languedoc, LaReine et La Sarre. Vaudreuil sera du voyage, et le général lui est spécifiquement subordonné. La flotte part de Brest et de Rochefort en avril 1755. Peu après, l'amiral anglais Boscawen fait voile à partir de Plymouth avec une puissante flotte dans le but de l'intercepter. Pourtant, les deux puissances sont officiellement en paix.

Le 2 juin, en Acadie, le colonel Monckton conduit deux mille soldats au fort de Beauséjour, et commence à l'assiéger. Pendant ce temps, le capitaine Alexander Murray enlève aux Acadiens des Mines leurs armes de chasse et leurs canots.



L'ALCIDE ET LE LYS

Boscawen, rendu au large de Terre-Neuve rejoint trois vaisseaux français séparés de la flotte dans un brouillard: L'Alcide, armé en guerre, Hocquart capitaine; le Lys, en flûte, Lorgeril capitaine et le Dauphin-Royal, en flûte, Montalais capitaine, se trouvent entourés de dix-huit vaisseaux anglais. Le Dauphin-Royal s'échappe, mais le Lys et l'Alcide succombent après avoir épuisé leurs munitions. Le colonel Rostaigne s'y fait tuer. François Rigaud, frère du nouveau gouverneur et quatre cents hommes des régiments de Languedoc et LaSarre deviennent prisonniers.

Le 8 juin, rendu dans le golfe de Saint-Laurent, LaMotte détache sept vaisseaux portant des bataillons des régiments d'Artois et de Bourgogne pour aller ravitailler et renforcer Louisbourg. On n'est pas au courant du siège de Beauséjour.

Le reste de la flotte arrive heureusement à Québec: certainement le plus grand nombre de vaisseaux de ligne à jamais avoir mouillé devant la petite capitale. Deux mille six cents soldats y débarquent, et Vaudreuil engage l'intendant Bigot à commencer les préparatifs pour détruire le poste anglais d'Oswego.



Sur ces entrefaites, Braddock débarque à Hampton, en Virginie, remonte le Potomac jusqu'à Cumberland, le poste le plus avancé sur la frontière, où Washington l'attend avec mille deux cents miliciens et d'amples fournitures réunies à grands frais. Ils partent à pied vers l'Ohio, se taillant une route, nécessaire pour les voitures. En atteignant les Grandes Prairies, au delà les Appalaches, Braddock trouve le progrès trop lent, et décide de prendre les devants avec la meilleure moitié de ses troupes pour surprendre les Français, laissant le colonel Dunbar suivre à son rythme avec les gros bagages.



BEAUSEJOUR

En Acadie, le commandant Vergor à Beauséjour soutient le siège, avec l'appui de l'ingénieur Fiedmont et l'abbé LeLoutre, tandis que Pichon sème le défaitisme et

va jusqu'à renseigner les Anglais. Le 16 juin, une bombe défonce une casemate, tuant quatre personnes. Les Acadiens veulent en finir, et Vergor envoie à Monckton une offre de reddition, que ce dernier s'empresse d'accepter. Le fortin de Gaspareau, à la baie Verte (la mer Rouge) capitule à un détachement le même jour. Le Loutre parvient à s'échapper et se rend à Québec.



LA MANENGUEULE

Dans le pays de l'Ohio, Contrecoeur, toujours commandant au fort Duquesne, informé du progrès de l'armée de Braddock, envoie au devant une troupe de huit cents hommes, coureurs de bois, miliciens, soldats réguliers, cadets, Sauvages chrétiens et païens, sous le commandement de Beaujeu avec Dumas et Lignery en second. Les lieutenants Le Gardeur de Courtemanche, Le Borgne, Testart de Montigny et Carqueville y figurent. Le but est de harceler les Anglais et gêner leur avance. Les Français ont déjà transporté leur artillerie au fort Machault

Les deux troupes se rencontrent brusquement sur une bute déboisée, les Anglais venant de traverser à gué la rivière Manengueulé. Dans le temps de le dire, les réguliers font front, et commencent un feu roulant de mousqueterie, technique éprouvée lors de la bataille de Fontenoy.

Beaujeu tombe, des cadets et Sauvages fuient, Dumas prend vite le commandement, rallie les autres, et les place à l'abri des arbres qui entourent la clairière où sont alignés les Anglais. Braddock refuse l'offre de Washington d'aller avec ses miliciens débusquer les Français. Il tient à ce que tous ses hommes gardent parfaitement leurs rangs. Il fait avancer des canons et maintient le tir sans que ses hommes ne voient aucun adversaire.

Mais les Français, bien cachés, font mouche à chaque coup. Braddock perd plusieurs chevaux successivement avant d'être lui-même gravement blessé. Les survivants, voyant leur général tomber, prennent panique, et fuient vers la rivière. Quelques une s'occupent de transporter le général sur un brancard hors du champ de bataille jonché de cadavres.

Le gué est étroit, beaucoup se noient. Les autres rejoignent Dunbar en quelques jours de fuite éperdue, et la panique se répand parmi les hommes de celui-ci. C'est alors que Braddock meurt; on l'enterre dans la route à la suggestion des Sauvages amis avec l'idée qu'avec le passage des voitures, sa tombe serait invisible. Supposant l'adversaire à leurs talons, les Anglais mettent le feu aux bagages puis toute l'armée continue sa fuite vers Cumberland. Pourtant, les Français, épuisés sont encore sur le champ de bataille à soigner leurs propres blessés. Ils enterrent Beaujeu, Carqueville, Tarieu de La Pérade et plusieurs autres. Quelques jours plus tard, les Français trouvent le cadavre de Braddock à la Grande Prairie, et récupèrent ses papiers qui comprennent tous ses plans de campagne.

Le gouverneur Dinwiddie exhorte ses hommes à reprendre la campagne. Rien n'y fait, et Washington admet qu'il ne reste aux soldats qu'à prendre leurs quartiers d'hiver, en juillet! Les frontières de la Pennsylvanie et de la Virginie sont dorénavant ouvertes aux incursions des Sauvages.

En Acadie, une troupe d'Anglais force Boishébert à se retirer vers le haut de la rivière Saint-Jean avec ses protégés acadiens.

A Versailles, la cour est en effervescence à la réception de la nouvelle de l'agression de Boscawen. Elle apprend que les Anglais ont saisi tous les navires marchands français qu'ils ont pu trouver en mer et dans leurs ports, quoiqu'on avait pas déclaré la guerre. D'Argenson, ministre de la guerre propose l'invasion de la Belgique, Rouillé l'appuie, ne sachant rien des entretiens entre Bernis et Kaunitz. Machault et le reste du conseil s'y opposent, voulant se donner le maximum de temps pour renforcer la marine.

Dans la province de New York, William Johnson, propriétaire terrien puissant et commandant des troupes provinciales, s'est offert de saisir le fort Saint-Frédéric, et s'y prépare depuis le printemps. Il a fortifié le fort Edward sur le fleuve Hudson où commence le portage vers le lac Saint-Sacrement. En visitant les lieux, il estime qu'il faut également protéger le terme du portage et commence la construction d'un campement retranché sur le lac même, avec deux mille cinq cents hommes. Il a laissé cinq cents hommes au fort Edward.



LE LAC SAINT-SACREMENT

Le général remonte le Richelieu, traverse le lac Champlain et laisse deux mille hommes dans un campement à Carillon, au portage vers le lac Saint-Sacrement. Puis il avance rapidement avec les miliciens et Sauvages au Grand Marais, et de là à pied vers le fort Edward. D'après certains, ce sont les Iroquois qui s'objectent à franchir la hauteur des terres entre le versant du lac et celui de la rivière Hudson. Quoiqu'il en soit, le général se sent contraint de changer d'objectif, n'ayant pas assez de troupes régulières avec lui pour imposer, et prend le chemin vers le nouveau campement de Johnson. Celui-ci, apprenant l'approche des Français, envoie Williams avec mille hommes leur faire face.

Dieskau leur tend un piège qui ne réussit que partiellement, mais Williams est tué et sa troupe est mise en fuite, le 8 septembre. Parmi les Français, La Fuyonnière, du régiment de Languedoc, Le Moyne de Longueuil et Le Gardeur de Saint-Pierre sont tués. Sans prendre le temps de rallier toute sa petite troupe, Dieskau poursuit et veut pénétrer dans le campement avec les fuyards. Les mille cinq cents Anglais dans les retranchements repoussent facilement la poignée d'assaillants.

Le général ordonne un nouvel assaut à l'arrivée du reste de ses hommes, mais se fait blesser. Ses compagnons veulent le transporter, ce qu'il refuse, et confie le commandement à Montreuil, qui sonne la retraite. Les Français se retirent en bon ordre, les Anglais ne les poursuivant pas, se contentant de ramasser le général, que Johnson fait soigner. Il y a quelques escarmouches avec les "rangers" de Rogers, avant que les Français soient tous réunis à Carillon.

Johnson envoie un courrier à Albany annoncer une grande victoire. Puis le temps passe, sans qu'il n'envoie aucune autre nouvelle. On finit par se demander s'il avait oublié que son objectif était le fort de Saint-Frédéric, et comment se fait-il qu'après une si éclatante victoire, il ne soit pas avancé jusqu'à Montréal. Vient le temps froid, Johnson licencie ses miliciens, et admet qu'après le combat qu'ils ont soutenu, ils étaient trop terrorisés pour sortir des retranchements

Depuis la guerre de succession d'Autriche, la France est alliée à la Prusse par traité. Le roi de ce pays, Frédéric, qui ne s'est pas toujours révélé un allié loyal, commence à voir des avantages d'une alliance anglaise. Il joue le lien familial avec le roi Georges II, pour négocier un pacte avec ce pays. Frédéric est en mesure de protéger le Hanovre deuxième possession de Georges, contre des excursions françaises; et l'Angleterre peut apporter un puissant soutien financier à la Prusse, pays plutôt pauvre. D'autre part, le décès de Maurice de Saxe prive la France de son meilleur général. Donc, en admettant que "les puissances protestantes peuvent s'entendre" les deux monarques négocient dans le plus grand secret un traité de paix et d'assistance mutuelle. Ce traité se signe à Westminster le 16 janvier 1756.



RAPPROCHEMENT AUTRICHIEN

Marie-Thérèse, à Vienne, sans être au courant, redoute pourtant depuis quelque temps la possibilité d'une entente entre les deux monarques protestants, qui la laisserait complètement isolée en ce moment où la guerre s'annonce. Il lui semble naturel que les deux principales puissances catholiques, la France et l'Empire autrichien, trouvent un terrain d'accord. Son représentant Kaunitz est toujours à Versailles, où il a l'oreille du roi, mais Louis XV intervient peu dans les affaires, et Kaunitz doit lui-même convaincre la cour de l'utilité d'un renversement des alliances.

A Dresde, le comte de Broglie, ambassadeur auprès d'Auguste III, roi de Saxe et de Pologne, flairant l'entente entre l'Angleterre et la Prusse, préconise lui aussi un rapprochement de la France avec l'Autriche dans un message adressé au ministre Rouillé le 6 février 1756.



RENFORT DE FRANCE

Grâce à l'activité et la compétence du ministre Machault, arrive à Québec, après le départ des glaces, un escadre sous le commandement de Beaussier de L'Isle, portant plus de mille soldats des régiments de La Sarre et de Royal-Roussillon, plus un nouvel état-major: le général marquis de Montcalm; le maréchal de camp et brigadier de Lévis; le colonel Bourlamaque, les aides de camp Bougainville et Rochebeaucour; les lieutenants-colonels Senesergues et Bernetz.

Les instructions du ministre, qui se rappelle l'erreur de Dieskau, réitèrent à Montcalm qu'il est entièrement subordonné au gouverneur sur le plan militaire.

A Versailles, au mois d'avril, la nouvelle de l'alliance anglo-prussienne éclate et quelques membres du conseil (pas tous) comprennent la duplicité de Frédéric de Prusse. On reconnaît enfin la justesse de la thèse de Bernis, qui entre au conseil et signe le traité de Versailles avec l'Autriche, le premier mai 1756.



MINORQUE

En même temps, le ministre Machault utilise les ressources de la marine au maximum pour organiser une expédition contre l'île de Minorque, anglaise depuis le traité d'Utrecht. De Toulon, l'amiral La Galissonnière dirige un escadre de douze vaisseaux escortant une flotte de navires sur laquelle s'est embarquée l'armée du maréchal de Richelieu. Elle descend dans l'île sans difficulté.

Le 17 mai, l'Angleterre déclare formellement la guerre à la France, et l'amiral Byng dont la flotte se trouve déjà en Méditerranée, arrive le 20 pour chasser l'escadre de La Galissonnière. Après un vif combat, Byng abandonne et retourne à Gibraltar pour réparer ses domages, laissant les Français libres d'achever la conquête de l'île. C'est le premier succès majeur de la marine depuis le ministère des Colbert.



OSWEGO

En Amérique, Montcalm trouve Vaudreuil à Montréal, occupé à préparer une expédition contre Chouaguen (Oswego). Le gouverneur en confie le commandement au général.

A ce moment, François Coulon, avec mille cent hommes disperse un convoi anglais à un des portages de la rivière Chouaguen, ensuite, selon ses instructions, il conduit sa troupe à la baie de Niaouré au lac Ontario. Lui-même est réaffecté à l'Ohio et Rigaud le remplace. Bougainville arrive à la baie avec une nouvelle troupe. La petite marine française balaie les embarcations anglaises du lac.

Montcalm se rend très visiblement à Carillon, où se trouve déjà Lévis, pour donner le change aux Anglais. Il s'assure que tout est tranquille de ce côté, puis retourne rapidement à Montréal. Il est significatif qu'il exprime à Vaudreuil ses doutes sur la possibilité de réussir le projet contre Chouaguen, mais Vaudreuil insiste, et Montcalm prend le chemin de Cataracoui.

Au fort Duquesne sur l'Ohio, le commandant Dumas envoie François Coulon, Le Gardeur de Répentigny, Picoté de Belestre, Renaud Du Buisson, des Canadiens et des Sauvages vers la frontière anglaise. Ils franchissent les Appalaches pour détruire le fort Granville (Lewiston, Pa.) sur la Juniata, et tous les colons du comté de Mifflin fuient.

Le 13 août, trois mille Français commencent le siège du fort Ontario, sur la rive droite de la Chouaguen. Le commandant Mercer épuise les munitions du fort pendant la journée et profite de la nuit pour se retirer avec ses hommes dans le fort Oswego situé sur la rive gauche.

Montcalm, apercevant ce mouvement, demande à Rigaud de traverser avec ses miliciens. A l'aurore, pendant que les Canadiens défilent par le gué, Montcalm résume le bombardement. Mercer se fait tuer, et son adjoint lève le drapeau blanc en voyant les Canadiens se ranger rapidement autour de ses remparts. Pendant que les Français désarment leurs mille cinq cents prisonniers, le colonel Webb approche par la rivière avec des renforts. Lorsqu'il apprend la chute d'Oswego, il bat en retraite sans que Montcalm fasse le moindre geste pour le poursuivre. Le moins qu'on peut conclure .c'est que cet officier manque de zèle pour sa tâche.

Webb détruit les postes sur la route y inclus les forts Bull et Williams fraîchement reconstruits au portage de la Mohawk.



MINISTÈRE DE PITT

En Angleterre, William Pitt devient premier ministre, remplaçant Newcastle, et imprime une nouvelle vigueur à l'effort de guerre. Il fait fusiller l'amiral Byng, vaincu de Minorque, devant tous les officiers de la marine pour leur faire comprendre que la marine puissante doit l'emporter à chaque coup.

Au cours de l'hiver, à Versailles, le ministre Machault prépare un nouvel envoi en Amérique, destination Louisbourg, jugeant que ce sera la prochaine cible des Anglais. En même temps, il prépare l'envoi à Québec, de deux bataillons du régiment de Berry en renfort et huit compagnies des régiments La Reine et Languedoc pour remplacer ceux perdus lors de la prise du Lys et de l'Alcide.



L'ATTENTAT DE DAMIENS

Le 5 janvier 1757, un nommé Damiens attaque Louis XV au couteau et le blesse. Pendant qu'il se fait soigner, le roi, selon certains historiens, demande à Machault d'Arnouville de suggérer , comme de son chef, à Mme de Pompadour de s'éloigner de la cour pendant quelques temps. Selon d'autres, c'est la reine et le dauphin qui font pression sur d'Argenson pour éloigner la favorite. Il refile la tâche à Machault. Lorsqu'il devient évident que la blessure royale n'est pas du tout dangereuse, la favorite, revient en faveur, s'en prend aux ministres, et fait pression sur le roi pour les congédier. Le roi est trop dépendant du soutien morale de la favorite pour lui résister, et écrit des lettres de cachet enjoignant Machault et Voyer d'Argenson à se retirer de la cour au début de février 1757. Pourtant, Machault est le meilleur administrateur de la marine depuis les Colbert..

Le roi nomme Peirenc de Moras ministre de la marine et Voyer de Paulmy, neveu d'Argenson, ministre de la guerre. Bernis, dans son journal intime, déplore un tel changement à un moment aussi critique. Le nouveau ministre de la marine, quoique compétent, ne connaît rien aux affaires de la marine et n'a aucun loisir pour faire son apprentissage: il faut tout de suite tant bien que mal continuer l'oeuvre de Machault. Heureusement les dispositions sont déjà prises pour la campagne suivante.

A Brest, le chevalier de Baufremont a déjà ses instructions, et dirige une escadre de cinq vaisseaux vers les Antilles :pour ensuite se diriger à Louisbourg.

En Amérique, en plein hiver, Rigaud quitte Montréal pour le lac Saint-Sacrement, à la tête de mille deux cents hommes secondé par les officiers français Albergatti, Dumas, Florimont, Poulariez, Raymond, Savournin et Wolff, ainsi que les Canadiens Denys de Saint-Simon, Langy, Le Moyne, Lotbinière, Saint-Martin, et Saint-Ours. Le Mercier en Amérique depuis 1740, est assimilé aux Canadiens.

On a l'espoir de chasser les Anglais de leur pied-à-terre au bord du lac et qu'ils appellent le fort William-Henry. Arrivés sur les lieux, les officiers Dumas, Le Mercier et Poularièz estiment le fort trop bien défendu pour un coup de main, n'ayant pas d'artillerie. Pourtant, les défenseurs n'osent pas déranger les Français dans leur travail de destruction de tout ce qui se trouve en dehors des fortifications: embarcations, entrepôts et bois préparé qui brûlent pendant plusieurs jours.



DÉFENSE DE LOUISBOURG

En mars, Du Revest conduit quatre vaisseaux de Toulon vers Louisbourg. Il déjoue une flotte anglaise en passant le détroit de Gibraltar, puis se fraie un passage à travers une deuxième pour arriver intacte dans le havre de Louisbourg.

Le 3 mai, le comte Dubois de La Motte conduit une flotte de neuf vaisseaux, dont deux de première classe plus cinq frégates de Brest vers Louisbourg:

LaMotte en détache deux pour transporter cinq cents soixante-dix soldats du régiment de Berry à Québec.



LE LAC SAINT-SACREMENT

Pendant ce temps, Vaudreuil assemble une armée pour chasser les Anglais du lac Saint-Sacrement, et d'envahir la province de New York. Le ralliement se fait à Saint-Jean sur le Richelieu, et le premier juillet s'y trouvent les régiments de Béarn, de Guyenne, du Languedoc, de La Reine, du Royal-Roussillon et de La Sarre.

Montcalm commande, assisté de Lévis, Bourlamaque et l'ingénieur Desandrouins.

Les officiers des troupes de la marine et les miliciens comprennent: Aubert, Boucher de La Perrière, Coulon, Dumas, Hertel, La Chapelle, La Corne, La Motte, Mouet de Langlade, Langy, Le Moyne de Longueuil, Le Gardeur de Courtemanche, Le Gardeur de Répentigny, Marin, Pécaudy de Contrecoeur, Renaud DesMeloises, Rigaud, Saint-Ours et Vassan.

Cette armée de six mille cinq cents hommes navigue sur des bateaux plats la longueur du lac Champlain, portage au lac Saint-Sacrement, puis débarque juste hors de vue du fort William-Henry. On y trouve quelque mille six cents Sauvages réunis pour l'occasion, et qui comprennent des Abenaquis, Aiouas, Maloumines, Mascoutens, Nepissin-gues, et même des Renards et Sakis, avec qui on avait eu tant de difficultés peu d'années auparavant.

Le général surestime la tâche, en accepte cette présence sauvage, qu'il aurait pu envoyer ailleurs semer la panique en Nouvelle-Angleterre. Mais, pour ce, il faudrait obtenir la collaboration des officiers canadiens, qui savent les encadrer, ce qu'il ne veut pas faire. Donc les primitifs ne sont que des spectateurs encombrants qui ne contribuent nullement aux travaux sauf pour ébranler le morale des troupes adverses.

Après un siège routinier, et en absence du moindre mouvement des Anglais terrés au fort Edward, Monroe fait une offre de reddition, que Montcalm accepte, et accorde aux vaincus de se retirer au fort Edward sur parole.

. Il n'a donc aucune intention d'envahir le New York que lui avait ordonné le gouverneur. Il aurait été mieux de diriger ses prisonniers vers Boston, qui est dans une autre direction, et reprendre son avance vers le fort Edward puis Albany. Il perd un temps précieux à rétablir l'ordre parmi les primitifs qui entrent en trombe dans le fort, aussitôt que les coups de feu cessent et se servent d'alcool qu'ils y trouvent. Ensuite débute un massacre des blessés dans l'infirmerie avant que les officiers français parviennent assez maladroitement à rétablir l'ordre.

Le général n'avait pas pensé confier aux officiers canadiens la direction des Sauvages, ni d'autres

tâches, ayant peu d'estime pour les «coloniaux ».. Il fait brûler le fort William-Henry, et donne l'ordre du retour, ignorant les autres objectifs dont l'avance vers Albany que Vaudreuil avait ordonné. Montcalm prétexte que les miliciens doivent retourner chez eux pour les semailles, ce qui n'est pas de sa compétence. Pendant ce temps les Anglais commencent à évacuer Albany, et la panique gagne même New-York avant qu'on apprend la retraite des Français.

Rendu à Québec, Montcalm essuie les reproches de Vaudreuil pour n'avoir pas achevé sa tâche au New York. Montcalm écrit au ministère se plaignant des reproches qu'il prétend oiseux, et demande son rappel.



LOUISBOURG

Le commandeur en chef des armées britanniques, le lord Loudon, avait réuni toutes les troupes disponibles pour une attaque contre Louisbourg. Son armée est en mer en direction de cette place lorsqu'on l'avertit du siège du fort William-Henry. En même temps, l'amiral Holbourne qui le transporte apprend qu'une flotte française aussi forte que la sienne mouille dans le port de Louisbourg. Il fait demi-tour pour chercher des renforts à Halifax, puis se dirige de nouveau vers l'île Royale. Après qu'une violente tempête ait dispersé sa flotte, il remet son entreprise à l'année suivante.

En Louisiane, Kerlerec s'épuise à maintenir l'alliance des Alibamons, Chactas, Chéroquis et Illinois. Il veut réunir les Sauvages pour attaquer les colonies de Virginie et de Caroline, mais le manque de moyens matériels l'oblige à rester sur la défensive. Il envoie alors son meilleur officier, Charles-Philippe Aubry avec une petite troupe renforcer Lignery au fort Duquesne.

La marine britannique est active: l'amiral Hawke attaque l'île d'Aix, en détruit les fortifications, mais ne pousse pas plus loin vers Rochefort.



ALLEMAGNE

Après la victoire de d'Estrées sur Cumberland et ses

Hanovriens, le maréchal de Richelieu cerne et fait capituler ceux-ci, puis les relâche sans les désarmer. Suite à l'appel pressant de Soubise, Richelieu lui envoie un important renfort, avec lequel celui-là attaque le roi Frédéric, à Rossbach, en Bavière. L'armée franco-autrichienne subit une défaite complète le 5 novembre.



PERTES DE LA MARINE

Sur les entrefaites, à Louisbourg, la baisse des vivres oblige Dubois de La Motte de ramener sa flotte vers la France. Il n'y a plus de grandes exploitations agricoles acadiennes pour ravitailler ni garnison ni flotte, qui pourraient autrement hiverner à Louisbourg. Une épidémie de typhus se déclare à bord de la flotte pendant la traversée. On doit jeter trois mille six cents cadavres à la mer, puis, arrivé à Brest, la maladie se répand dans la ville, faisant encore des milliers de morts. Cela ne facilitera pas la campagne de l'année suivante.

Vaudreuil tente un rapprochement avec un groupe de colons allemands installés le long de la rivière Mohawk, un des passages pour envahir New-York. Devant leur refus, il y envoie Picoté de Belestre avec trois cents Sauvages qui détruisent leur village ainsi que le fort Herkimer, le 13 novembre et ramènent cent cinquante prisonniers.

Malgré que Montcalm ait renvoyé les miliciens chez eux après la prise du fort William-Henry, pour faire les récoltes, celles-ci manquent, à cause du mauvais temps. Il y a disette: on doit rationner la viande et le pain. Le taux de mortalité est élevé, particulièrement parmi les réfugiés acadiens.



NOUVELLE DÉFENSE DE LOUISBOURG

Le ministre Moras prépare un nouvel armement pour Louisbourg, plus menacé que jamais. Il ordonne à La Clue de s'y diriger avec huit vaisseaux de Toulon.

En s'approchant de Gibraltar, La Clue aperçoit la puissante flotte de l'amiral Osborne lui barrant la route. Il se réfugie à Carthagène et Moras envoie trois vaisseaux: pour le dégager. Osborne les devance et les force au combat, en capture deux. Il ne reste plus à La Clue qu'à attendre l'éloignement d'Osborne pour retourner à Toulon.

A Rochefort, en avril, le marquis Des Gouttes fait voile sur "le Prudent" de 74 canons avec trois frégates et deux navires de transport. Cinq autres vaisseaux partent quelques jours plus tard, pour trouver leur chemin barré par l'escadre de Hawke. Ils s'échouent, mais se libèrent pendant la nuit à la marée montante, pour revenir à Rochefort.

A Brest, Moras parvient à équiper quatre vaisseaux, dont trois chargés de troupes. Beaussier de L'Isle dirige cette escadre à travers le blocus de Hawke, puis, au large de l'île-Royale, déjoue l'escadre de neuf vaisseaux de Hardy, pour entrer intact dans le port de Louisbourg. Des Gouttes l'a devancé.

Du Chaffault Du Besné lève l'ancre le 2 mai à Rochefort avec quatre vaisseaux. Il arrive au début de juin au large de l'île-Royale, que bloquent dix vaisseaux anglais. Du Besné se rend discrètement dans un havre voisin pour y débarquer ses mille deux cents soldats, qui entrent sans difficulté par terre dans Louisbourg. L'escadre se dirige ensuite vers le fleuve Saint-Laurent.

Deux frégates: dont l'Aréthuse de Vauquelin parviennent à entrer dans le port, mais Montbaron, le commandant du vaisseau le Bizarre qui les accompagne, ne s'y risque pas et va rejoindre Du Besné dans le fleuve.

Le 11 mai, on achève d' armer deux autres vaisseaux à Brest sous le commandement de Blénac: Deux jours plus tard, Hawke en capture un, puis les vingt-deux vaisseaux de Boscawen attendent celui de Blénac au large de Louisbourg. Il parvient à s'échapper et retourne en France. Moras a donc réussi à mettre vingt et un vaisseaux en mer, dans des conditions difficiles, et, constatant les piètres résultats: seulement six vaisseaux arrivés à destination, il démissionne du ministère le 27 mai, et le roi nomme Claude-Louis de Massiac, officier de la marine pour le



remplacer. En même temps, le roi remplace Voyer de Paulmy au ministère de guerre, par le comte d'Estrées, le vainqueur des Anglais à Hastenbeck.

En Angleterre, le ministre Pitt a envoyé pas moins de trente mille soldats en Amérique pour la campagne de 1758. Ses flottes bloquent tous les ports de France et lui permettent de transporter des troupes vers n'importe quel objectif. Le plus gros contingent, douze mille hommes sous le commandement de Jeffrey Amherst, est destiné à Louisbourg et Québec.

En même temps, le général Abercromby, commandant en chef de toutes les armées britanniques d'Amérique, avance d'Albany avec sept mille soldats réguliers et neuf mille miliciens, en direction de Montréal. On n'en sait rien ni à Québec, ni à Montréal. En plus, le brigadier John Forbes avance en Pennsylvanie vers l'Ohio avec six mille cinq cents hommes.

Montcalm se rend à Montréal le 22 février pour recevoir les éclaireurs revenant des frontières, pendant que Vaudreuil organise une expédition contre Albany via Chouaguen. Il y assigne 2500 hommes (400 réguliers, 400 troupes de marine, puis miliciens et Sauvages). sous Lévis, Rigaud, Le Moyne et de Senezergues.

Les éclaireurs n'ont pas détecté de mouvement d'importance du côté d'Albany. Vaudreuil et Montcalm sont d'accord pour estimer que l'adversaire ne tentera rien au lac Saint-Sacrement. Par prudence, Vaudreuil envoie le général avec trois mille soldats de l'armée de terre à Carillon avec instructions d'empêcher tout rétablissement au site de l'ancien campement du lac Saint-Sacrement détruit l'année précédente. Lévis conduit ses 2500 hommes vers le lac Ontario comme prévu. La plupart des habitants-miliciens restent sur leurs terres pour les semences.



SIÈGE DE LOUISBOURG

Boscawen passe à Halifax le 9 mai, puis repart le 28 avec toute la flotte et l'armée pour Louisbourg où il arrive le 2 juin. Le mauvais temps retarde le débarquement jusqu'au 8. Le gouverneur de Louisbourg, Drucourt, a établi des retranchements à l'anse des Cormorans, où descendent effectivement les Anglais, mais en si grand nombre, qu'il ne reste aux Français qu'à battre en retraite jusqu'aux remparts.

Reprenant le scénario de 1745, le brigadier Wolfe débarque mille deux cents hommes à la pointe de la Lanterne, installe ses canons sur le cap qui surplombe l'île d' Entrée, et commence à la bombarder le 12 juin. Le 15,

Vauquelin, ayant la permission de quitter le port s'il le peut, parvient à sortir sa frégate, et semer Hardy qui le poursuit. L'artillerie française de l'île d'Entrée est détruite le 25.

Sur les entrefaites, Boishébert a ses ordres pour diriger quelques mille Acadiens vers Louisbourg.; mais il juge téméraire de faire avancer une troupe affamée, sans formation militaire et mal équipée, contre un aussi puissant adversaire.

En Europe, le 4 juin, les Anglais débarquent une armée de seize mille hommes dans la baie de Cancale. Le marquis de La Châtre s'enferme avec ses deux mille soldats dans Saint-Malo, pendant que le duc d'Aiguillon réunit les miliciens de la Bretagne pour repousser l'envahisseur.



CARILLON

Montcalm arrive à Carillon le 30 juin où Bourlamaque le reçoit avec l'information nouvelle qu'une immense armée d'invasion se prépare à embarquer à la tête du lac Saint-.Sacrement. Le général expédie un courrier au gouverneur pour demander des renforts. Aussitôt averti, Vaudreuil envoie des ordres à Lévis, sur la route de Cataracoui, de changer de direction, et diriger ses troupes à la hâte vers Carillon. En même temps, il lance un appel à tous les miliciens, qu'il envoie à mesure que les compagnies se forment, vers le lac Champlain.

Le 4 juillet, Montcalm envoie Langy en reconnaissance au fond du lac Saint-.Sacrement. Celui-ci examine le campement anglais du haut d'une colline voisine, compte 900 bateaux, 135 berges, puis un grand nombre de bateaux plats chargés d'artillerie. Pendant ce temps, Montcalm fait commencer des retranchements à 500 toises au devant du fort. M. de Raymond apporte la nouvelle que Lévis et ses troupes approchent à marches forcées.



Un détachement français sous Langy et Trépézec posté sur les rives du lac Saint-Sacrement n'est pas assez fort pour empêcher le débarquement de l'armée anglaise, le 5 juillet, et bat en retraite. Les Anglais campent sur la plage pour la nuit. Le 6, l'avant-garde ennemie, sous lord Howe, avance dès 5 heures et les Français se retirent. Mais ils s'égarent dans l'épaisse forêt et se font cerner. Dans un furieux combat, Trépezec est tué, Langy blessé. Montcalm avance pour accueillir les survivants.

Étrangement, les Anglais n'apparaissent pas.Howe est tombé dans le combat. Il était l'adjoint indispensable d'Abercromby. Le lendemain, les Anglais se retirent jusqu'au portage et s'y fortifient. Pouchot arrive à Carillon avec 300 hommes, puis Trécesson avec le régiment de Berry.

Montcalm reprend confiance devant la lenteur de l'adversaire et a tout le temps voulu pour faire ériger des chevaux de frise devant les retranchements.

Le 8 juillet, Lévis et Senezergues arrivent de leur côté avant l'aurore avec cinq cents hommes. Abercromby fait son apparition à l'orée de la forêt à midi trente et pense faire une bouchée de la petite armée française.

Il donne l'ordre d'attaquer sans attendre l'arrivée de son artillerie. Les Anglais se font repousser. Sur les entrefaites, arrivent encore trois cents Canadiens, qui prennent place dans les retranchements. Les Anglais se reprennent, pour se faire aussitôt foudroyer. Leur général persiste à les renvoyer encore au devant, sans pouvoir ébranler la ligne française.

A la fin, Abercromby, voyant ses efforts inutiles, sonne la retraite. Ses troupes abandonnent même quelques blessés, et disparaissent dans la forêt. Montcalm n'ose pas croire qu'il a réussi a repousser un adversaire quatre ou cinq fois plus fort que lui!

Ses éclaireurs le cherchent le lendemain, mais la forêt est déserte jusqu'au lac Saint-Sacrement. La grève est jonchée du débris d'une armée visiblement en fuite. Celle-ci est déjà rendue à l'extrémité sud du lac. Abercromby y laisse huit mille hommes, et continue sa retraite avec le reste jusqu'à Albany. Le 11 juillet, Rigaud arrive à Carillon avec 2500 Canadiens et le 13, six cents Sauvages font leur apparition. Les Français sont alors aussi nombreux que les Anglais dans la région. Lors d'une escarmouche avec des Rangers au Grand Marais, le 17 juillet, Courtemanche apprend que Bradstreet conduit une troupe d'Albany en direction du lac Ontario. Il avise aussitôt Vaudreuil à Montréal. qui doit mobiliser d'autres miliciens. Ceux-ci ne partent qu'au début d'août de Lachine, au nombre de 1500 hommes sous le commandement de Duplessis-Faber et de Montigny. A Louisbourg, Drucourt fait évacuer la batterie Royale le 11 juillet, tient bon jusqu'au 26. Suuite à six semaines de bombardements intenses, ses remparts démolis, ses vaisseaux détruits, le port ouvert à la flotte adverse, il accepte l'offre de capitulation que lui fait Amherst. Il se console en sachant que la saison est trop avancée pour permettre aux Anglais d'avancer contre Québec. Les Anglais transportent tous les résidents français et acadiens des îles Royale et Saint-Jean vers la France.



CATARACOUI

L'armée de Bradstreet arrive à Chouaguen le 21 août. Au moyen de centaines de chaloupes, elle traverse le lac Ontario également sans encombre. Pourtant, les Français ont plusieurs barques montées de canons qui auraient gêné le mouvement anglais, mais ils sont tous à Cataracoui échoués pour le carénage

Lévis, en partant du lac Ontario, avait laissé des instructions à tous les hommes disponibles de le suivre, avec, pour résultat qu'il ne reste au commandeur Payen de Noyan de Cataracoui que cent cinquante hommes. Pourtant, il résiste pendant deux jours avant de capituler, le 25 août. Les Anglais y trouvent une quantité importante de provisions et de munitions destinée au pays de l'Ohio, qu'ils emportent, après avoir détruit les barques et le fort.

La troupe de Montréal est à la Présentation le 27, lorsqu'elle apprend la capitulation. Elle s'y arrête pour attendre de nouvelles instructions.

En Acadie, le brigadier Wolfe a pour tâche de capturer tous les Acadiens installés sur les côtes du golfe Saint-Laurent jusqu'en Gaspésie. Le major Morris enlève les Acadiens restés au cap de Sable et au fleuve Saint-Jean.



En France, le duc d'Aiguillon est parvenu à réunir suffisamment de troupes pour attaquer les Anglais qui s'affairent déjà à rembarquer de la plage de Saint-Cast. Il avance hardiment le 3 septembre pour en tuer un millier, et saisir huit cents prisonniers.

Le 7, à Versailles, Nicolas Berryer, ancien lieutenant de police, annonce qu'il assume le ministère de la marine, succédant à Massiac désemparé.



LE FORT DUQUESNE

En Pennsylvanie, le brigadier Forbes a construit le fort Ligonier, à seize lieues du fort Duquesne. Il fait avancer le major Grant avec huit cents hommes pour reconnaître le terrain. Lignery envoie Aubry, Corbière, Picoté de Belestre, Saint-Ours, et mille cinq cents hommes à sa rencontre. Les Anglais sont défaits et un grand nombre, y inclus Grant, capturés.

Forbes laisse alors son armée à Ligonier, et, conjointement avec le gouverneur Denny de la Pennsylvanie, négocie le traité d'Easton avec les Chaouanons, Hurons, Iroquois, Lenapes, Mahicans et Mingos, obtenant leur neutralité vis à vis les Français. Forbes et Denny promettent qu'aucun colon s'établira à l'ouest des Appalaches.

Au mois de novembre, Lignery commence à manquer de provisions pour sa forte troupe, la perte du fort de Cataracoui se fait sentir. L'inaction de Forbes laisse croire à un abandon pour l'hiver, alors il donne congé à la plupart de ses hommes, dont Aubry et ses troupes de la Louisiane, et en garde seulement trois cents. Mais les Sauvages, rassurés par les Anglais, les renseignent sur la diminution des effectifs à Duquesne. Forbes en profite pour réunir deux mille cinq cents soldats avec un minimum de bagages, fait une marche rapide vers le fort. Lignery, averti un peu d'avance, parvient à évacuer son artillerie, fait sauter le fort et se retire au fort Machault. Forbes construit le fort Pitt à côté des ruines.



CONGÉDIEMENT

En Europe, Du Besné, ramenant ses vaisseaux de Québec, fraie son chemin à travers une escadre de Boscawen pour entrer heureusement à Brest. Bougainville et Doreil sont à bord, envoyés par Montcalm triomphant et Vaudreuil, moins. Bougainville a ses entrées privilégiés à la cour, est donc plus capable que d'autres d'obtenir quelque chose. Les deux voyageurs renseignent le ministre Berryer sur les événements, et rendent le courrier de Vaudreuil demandant des renforts.

Mais Bougainville ardent admirateur de Montcalm, raconte au nouveau ministre que c'est par incurie que Vaudreuil a ignoré l'importance des troupes adverses, exposant ainsi le général aux plus grands périls à Carillon, et que celui-ci a surmonté grâce à son talent exceptionnel. Il suggère à Berryer de rappeler Vaudreuil et le remplacer par Montcalm.

Berryer, qui n'a pas encore étudié les dossiers, tombe d'accord, mais, sans rappeller formellement le gouverneur, accorde une promotion à Montcalm, le nommant lieutenant-général, soit le même grade que le gouverneur. De plus, il écrit à Vaudreuil: « M. de Montcalm devra être consulté, non seulement sur toutes les opérations, mais encore sur toutes les parties de l'administration qui auront rapport à la défense de la colonie » (ordres du roi, série B, vol.109) C'est un congédiement à peine voilé.

STRATÉGIE FRANÇAISE

Berryer ordonne à un entrepreneur de transporter quelques compagnies de soldats et des vivres à Québec. Puis, de concert avec le duc de Choiseul et le maréchal de Belle-Isle, qui vient de remplacer le comte d'Estrées comme ministre de guerre, commence l'organisation d'une armée de débarquement pour l'Angleterre, ce qui devrait forcer les Anglais d'abandonner toute nouvelle entreprise en Amérique. Ce plan aurait de l'effet en autant qu'on l' exécute au printemps.

Aucun des trois ministres ne connaît quoi que ce soit des affaires maritimes. Berryer s'occupe de la marine depuis quelques mois seulement et doit compter sur un adjoint pour le renseigner. Tout reposera sur l'amiral de Conflans, âgé de 69 ans qui a les plus grandes difficultés à armer sa flotte, vu l'état lamentable des arsenaux suite au régime de Massiac. On donne des instructions à La Clue de conduire l'escadre de Toulon à Rochefort.

Dans l'imminence d'une attaque contre Québec, les Canadiens s'enrôlent. D'après un recensement de Vaudreuil, ( qui n'a pas encore connaissance de son congédiement) la milice et les troupes de la marine comptent:

Gouvernement de Québec 7511 hommes

Gouvernement des Trois-Rivières 1313 hommes

Gouvernement de Montréal 6405 hommes

Total 15229 hommes

La moitié de la population étant constituée de femmes, c'est à peu près tous les mâles âgés de plus de quinze ans qui se trouvent dans l'armée.

Avec les quatre mille soldats de l'armée de terre en plus, on a l'espoir de faire bonne figure pourvu qu'il arrive des provisions, car la disette est toujours présente. Le capitaine Canon de la marine marchande accoste avec sa flottille portant trois cents soldats, des vivres et munitions vers Québec. Vauquelin l' escorte avec six frégates.

Lorsque Doreil et Bougainville, à bord de la même flottille, débarquent à Québec le 10 mai 1759, et transmettent le courrier de la cour à Vaudreuil, toute l'armée apprend que Montcalm est devenu le commandant suprême.

Le gouverneur ne porte plus qu'un titre vide, Montcalm dirige tout et porte dorénavant la responsabilité pour tout ce qui se passera . Pis, tous les officiers canadiens perdent également ce qui leur reste d' influence dans les affaires militaires.

Par conséquent, lorsque Joncaire, représentant du gouverneur chez les Tsonnontouans, apprend d'eux qu'une armée anglaise de cinq mille hommes doit partir de Corlaer (Schenectady) le 20 mai pour se diriger vers l'Ouest. L'objectif ne peut être que Niagara. Il avertit aussitôt le capitaine Pouchot, du régiment de Béarn, en route pour assumer le commandement de ce fort. Celui-ci s'attarde à la pointe-à-Baril pour attendre l'achèvement de deux corvettes sur lesquels il s'embarque avec ses hommes pour se diriger vers Niagara. Il admettra dans ses mémoires avoir reçu le renseignement de Joncaire, mais continue ses préparatifs pour la reconquête de l'Ohio. Cependant, il envoie, début juin, Céloron sur la corvette l'Outaouaise aller voir à Chouaguen.



LES ANGLAIS DEVANT QUEBEC

La flottille de Canon a devancé la flotte anglaise de Saunders qui a hiverné à Halifax.. Le 26 juin, cette flotte de vingt-deux vaisseaux jette l'ancre dans la rade de Québec. Une centaine de navires transportent plus de huit mille soldats d'élite, sous le commandement de James Wolfe, devenu général de brigade.

Montcalm, maintenent seul commandeur, place le gros de son armée, soit dix mille hommes solidement retranchés aux battures de Beauport. Malheureusement, le général, a peu d'espérance de succès, et exprime son pessimisme. Il n'est donc pas surprenant qu'un sentiment de panique s'est emparé de ceux qui ont à lancer des brûlots destinés à chasser sinon détruire la flotte anglaise. Ces brûlots allumés et évacués trop tôt, les marins anglais n'ont pas de peine à les écarter de leurs navires et les laisser se consommer sur la plage.

Wolfe débarque à l'est de la rivière Montmorency, et cherche un gué par lequel il pourra prendre les Français de revers. Quels que soient ses déplacements le long de la rivière, il trouve toujours une forte troupe devant lui pour lui barrer le passage. Le temps passe, il essaye une descente sur les battures,se fait repousser. Il fait débarquer des gros canons à la pointe Lévis, face à Québec, le 29 juin et Monckton en dirige l'installation.



CÉCITÉ D'UN CAPITAINE DE CORVETTE

Au lac Ontario sur l'Outaouaise, Céloron (un Canadien) en butte au mépris de Pouchot, ne trouve rien à Chouaguen, le premier juillet. Il remonte la rivière de quelques arpents sans apercevoir les Anglais en train de faire le portage à peine un kilomètre plus loin! Il retourne à Niagara, en longeant la rive nord hors de vue de la rive sud tandis qu'une longue lignée de bateaux plats anglais longe cette même rive. .



Les Anglais, sous le commandement de Prideaux, en arrivant à Chouaguen, y laisse. Haldimand avec quelque mille hommes, qui se hâtent à se retrancher. Le 5, le chevalier de La Corne arrive de la Présentation avec une troupe égale en nombre et tente de déloger les Anglais. Haldimand parvient à le repousser.

Prideau débarque le 6 juillet près de Niagara mais hors de la vue des défenseurs. Blainville sur l'Outaouaise rentre en même temps au nord du fort pour annoncer l'absence d'ennemis sur le lac. Les Anglais ont commencé à se retrancher lorsque Pouchot apprend leur présence par une volée de boulets. Après un si brutal réveil, il envoie un courrier indigène à Lignery au pays d'en haut pour le rallier avec tout le monde possible.

SOURICIÈRE

À Niagara, le 23 juillet, Pouchot reçoit des nouvelles des troupes du pays d'en haut. Il semble que l'Anglais Johnson, remplaçant de Prideaux tué accidentellement, les ait reçues aussi, car il prépare une embuscade. La troupe, comptant un millier d'hommes et les officiers Lignery, Aubry, Marin, Testard de Montigny, Le Gardeur de Repentigny et Coulon de Villiers donnent dans le piège le 24 sans se méfier. Lignery meurt de ses blessures, Le Gardeur conduit la retraite des survivants, mais les autres officiers et la plupart des hommes sont capturés.

Johnson envoie une liste de ses prisonniers à Pouchot, qui refuse de croire, mais il doit bien se rendre à l'évidence. Il capitule le 25 et seul La Corne barre encore la route à Montréal par le fleuve. Le Gardeur fait sauter les forts de Machault, aux Boeufs et Presqu'île et se retire à Détroit.



CARILLON

Lorsqu'Amherst arrive sous les remparts de Carillon, Bourlamaque s'en est déjà retiré en y laissant Hébécourt et trois cents hommes. Ceux-ci les font sauter le 26 juillet et retraitent au fort Saint-Frédéric, les patrouilles anglaises à leurs trousses.

Mais ce fort n'est pas plus défendable, pouvant être facilement contourné, alors Bourlamaque le fait également sauter le 31 à l'approche des Anglais. Il se retire à l'île aux Noix, sur le Richelieu, où il fait solidifier les retranchements.

Au lieu de presser l'adversaire, Amherst s'occupe à construire un nouveau fort à Saint-Frédéric, puis il s'avise de se construire une flotte de barques, nécessaire, estime-t-il pour affronter les navires français.

A Québec, Montcalm, apprenant la perte de Niagara et craignant une avance anglaise sur Montréal, y envoie Lévis avec huit cents hommes pour en renforcer les défenses, pendant que les Anglais détruisent systématiquement les seigneuries en bas de Québec.

A Québec les vaisseaux anglais se trouvent en nombre en haut de la ville et l'on tente des débarquements ici et là, mais Bougainville avec une équipe volante de deux mille grenadiers et quelques centaines de cavaliers, les repousse chaque fois.



LE MORBIHAN

L'amiral Conflans, commandant de l'entreprise, dirige les préparatifs à Brest. Vingt mille soldats réunis au golfe de Morbihan sous le commandement du duc d'Aiguillon, sont prêts à partir à bord leurs navires de transport. Mais, bloqués par l'escadre de Duff, il faut que la flotte de Conflans vienne les dégager pour les escorter en Angleterre. L'amiral Hawke se tient au large de Brest avec une flotte aussi puissante que ce que peuvent réunir les Français.

Conflans continue ses préparatifs, qui sont difficiles en autant qu'il manque du matériel dans l'arsenal; on en avait vendu pendant l'administration de Massiac pour payer des arriérages..

En Amérique, Lévis, voyant que les vainqueurs de Niagara ne font aucun mouvement vers Montréal, retourne à cette ville après avoir visité de Léry à La Présentation et proposé des fortifications additionnelles.







DÉBARQUEMENT

À Québec, plusieurs vaisseaux passent en haut de la ville la nuit du 12 septembre, pendant que d'autres font démonstration devant les battures de Beauport. Bougainville, au Cap Rouge, ne s'émeut pas de la concentration de vaisseaux entre Sillery et Québec. Mais Vaudreuil demande au régiment de Guyenne de se poster sur les plaines d'Abraham. Montcalm annule cet ordre et rappelle le régiment à Beauport pendant la nuit.

Avant l'aurore du 13, Wolfe a débarqué avec quelques milliers de soldats à l'anse au Foulon, où il a supprimé une petite garnison que commande Vergor du Chambon. Les batteries de Samos et Sillery bombardent les vaisseaux jusqu'à ce que le colonel Howe en expulse les artilleurs. Quelques hommes s'échappent et courent avertir Montcalm à Beauport vers six heures.

Montcalm ne veut pas croire, d'autres dépêches arrivent. Il se hâte de réunir environ trois mille hommes, qui sortent par les portes Saint-Jean et Saint-Louis. Rendu sur la butte à Neveu, il est étonné de voir l'armée anglaise au delà d'un vallon devant lui. Des miliciens, qui se sont placés dans les bois du côté du chemin de Sainte-Foy, incommodent assez les Anglais avec leur feu que Wolfe fait coucher ses hommes pour moins s'exposer

Vaudreuil envoie un courrier à Bougainville au Cap Rouge, demandant d'accourir. Montcalm mande toutes les troupes de Beauport de se hâter. Le gouverneur envoie une note au général le priant d'attendre tous les renforts avant d'agir. L'armée anglaise aussi augmente, les débarquements continuent, et l'on parvient même à monter quelques petits canons.



LA BATAILLE

Vers dix heures, Montcalm, las d'attendre l'arrivé de Bougainville, donne le signal d'avancer. Mais le terrain que les Français doivent traverser est accidenté, et selon certains témoignages, les rangs deviennent comme des colonnes avant d'être à la portée des Anglais.

C'est une masse disparate de soldats réguliers disciplinés et de miliciens habitués à la guerre de partisan qui charge avec peu d'ordre, tandis que les soldats anglais parfaitement disciplinés attendent l'ordre de Wolfe.Montcalm ordonne "feu" trop loin de l'ennemi et la décharge général l'atteint à peine. Ceux-ci avancent et commencent leur feu roulant de plus près.

Les miliciens se jettent à terre au premier coup de feu de l'adversaire, ceci donne l'impression aux réguliers que la moitié de l'armée est tombée. La panique les saisit, ils lâchent pied, puis c'est au tour des miliciens, couchés, de se trouver abandonnés, ils reculent à leur tour, en voyant venir les Anglais, brandissant leurs baïonnettes. Mais ils s'arrêtent pour retourner le feu de temps en temps. Montcalm cherche à remettre l'ordre, se fait entraîner dans le mouvement de fuite vers la ville. Il est atteint d'une balle dans le dos, il chancelle, on le soutient sur son cheval, puis, on le conduit dans la ville. Les miliciens embusqués, continuent à tirer sur l'Anglais, et constituent la seule résistance pendant que le gros de l'armée traverse la rivière Saint-Charles.

Wolfe blessé, meurt en entendant les exclamations de triomphe. Monckton et Carleton sont blessés, Townshend prend le commandement et interrompt la poursuite. Il range son armée pour recevoir Bougainville dont il sait l'approche.



BOUGAINVILLE

Bougainville, qui a si peu d'estime pour le gouverneur, n'a pas attaché d'importance à sa note, et arrive vers midi sur le champ de bataille. Il se trouve avec ses neuf cents hommes face à toute l'armée anglaise. Il bat en retraite, et ne fait aucun geste pour prendre le commandement de l'armée désemparée, qu'il pourrait facilement rejoindre. Pourtant, il est le plus haut gradé à Québec, en l'absence de Lévis.

Vaudreuil envoie un courrier à Lévis à Montréal. Puis, lui et l'intendant assistent à un conseil, auquel assistent les officiers: de l'armée de terre: d'Alquier, Duchat, Dumas, Duparquet, Manneville, Montreuil, Pontleroy et Poulariès. Bougainville, le plus haut gradé dans la région, n'y est pas. Tous sauf Montreuil votent contre la proposition du gouverneur et l'intendant d'attendre Lévis sur place.



. Cette décision fatale est prise en absence totale d'officiers canadiens qui commandent pourtant les trois quarts des effectifs. Depuis l'arrivé de l'ordre du roi au printemps, Vaudreuil et les Canadiens n'ont plus aucune influence sur les affaires militaires.



RETRAITE

Les officiers décident de retirer l'armée à Jacques-Cartier et d'abandonner la ville de Québec à son sort, craignant que l'armée anglaise coupe leurs communications avec le reste du pays. On laisse mille deux cents hommes en garnison sous le commandement de Roch de Ramezay, avec des vivres pour deux jours et des instructions de capituler lorsque les vivres manqueront. Vaudreuil ne peut faire plus que de lui donner une liste des conditions minimales qu'il doit exiger, et lui-même suit l'armée pour ne pas entraîner toute la Nouvelle-France dans une éventuelle reddition.

L'armée quitte la ville pendant la nuit, et se trouve à la Pointe-aux-Trembles (Neuville) le lendemain. Le seul mouvement que font les Anglais est d'occuper l'hôpital Général situé tout près du champ de bataille. Tous les blessés français qui s'y trouvent deviennent alors prisonniers de guerre.



ACTION DE LEVIS

Le courrier de Vaudreuil rejoint Lévis à Montréal tôt le matin du 15. Avec un peu plus de diligence, le courrier serait arrivé le soir du 14. Levis se révèle à la hauteur. Il se hâte de prendre le chemin de Québec, ordonnant à tous les hommes sur son parcours de le suivre. Il arrive à la Pointe-aux-Trembles le 17, cueille des fuyards qu'il absorbe dans son armée grandissante. Il trouve Bougainville, le dégrade pour ne pas avoir pris ses responsabilités. Il dépêche Belcourt avec sa cavalerie chargée de victuailles à Québec, et des instructions à Ramezay de tenir bon.

Mais celui-ci ne sait pas le miracle qui vient de s'opérer dans l'armée. Il a tenu un conseil de guerre le 15 où assistèrent Ailleboust de Cerry, Aubrespy, Aureillan, Bernetz, Bigot (capitaine), Doms, Fiedmont, Joannes, Lestang, Lussignan, Marrol, Parfourru, Pelegrin, Saint-Vincent, et où seul Fiedmont propose de prolonger la résistance. Après avoir écouté les bourgeois de la ville, qui ne demandent que la cessation des hostilités, le 17 dans l'après-midi, Ramezay envoie un parlementaire pour capituler.



CAPITULATION

Townsend, dans une position peu confortable entre deux armées ennemies, saisit l'aubaine, accepte les conditions et s'empresse d'occuper la ville, ruinée, sans doute, mais encore entourée de remparts de canons. En apprenant cela, Lévis donne le signal de retraite et fait retrancher son armée à Jacques-Cartier. Les miliciens de la région de Québec désertent en bloc, voyant s'évanouir tout espoir d'un succès militaire, et voulant sauver ce qui reste de leurs foyers. La flotte anglaise quitte Québec le 18 octobre, y laissant Murray avec sept mille hommes et d'abondantes provisions.



«UNE SOTTE CAMPAGNE»

De son côté, Amherst a avancé jusqu'à la baie de Missisquoi, puis trouvant la saison trop avancée, revient au nouveau fort de Crown Point qu'il achève de construire près des ruines de Saint-Frédéric.

La saison se termine donc au lac Champlain, avec les Français en toute sécurité à l'île-aux-Noix, et Amherst toujours occupé à fortifier Crown-Point. Bourlamaque en est étonné, écrit à son général qu'Amherst a fait "une sotte campagne". Mais Amherst est comblé d'éloges pour avoir réduit les deux forts de Saint-Frédéric et Carillon, si longtemps convoités et redoutés.

Au début de novembre, le capitaine Canon conduit sa flottille par devant l'artillerie de Québec, pour retourner en France, en amenant Le Mercier avec le courrier du gouverneur. Vauquelin passe l'hiver à Trois-Rivières avec ses trois frégates.







LES CARDINAUX

A Brest, le 14 novembre, par un temps orageux, Conflans lève l'ancre, ses préparatifs complétés. Quoique sa flotte est assez puissante pour les balayer, il fait un grand tour en se dirigeant vers le Quibéron, pour éviter les patrouilles anglaises près de la côte. Il perd ainsi deux jours précieux. L'amiral Hawke, qui avait retiré sa flotte à Torbay pour réparer les dommages que la même tempête lui avait infligé, revient au large de Brest, et, voyant la rade vidée, se dirige vers le sud, sachant très bien le plan des Français. Le 20, la flotte de Brest comptant les vingt et un vaisseaux, et cinq frégates ou corvettes le Soleil Royal de Conflans en tête, double la Belle-Isle, lorsqu'apparaissent les voiles de Hawke.. Conflans continue son chemin pendant que les Anglais s'en prennent à l'arrière-garde. Les vaisseaux le Thésée, le Formidable, le Superbe, le Héros et le Juste se trouvent enveloppés par toute la flotte adverse vers quinze heures.

A seize heures, Conflans, à neuf kilomètres de la scène, vire pour soulager son arrière-garde. Il dégage le Juste, d'autres sauvent le Héros, mais le Thésée et le Superbe se sont fait engloutir après qu'un grain les ait couchés. Le Formidable s'est rendu après la mort du commandant et son adjoint, et l'épuisement de ses munitions sur quinze adversaires successifs.

Au soir, sept vaisseaux se trouvent dans la passe de la Grande-Accroche, les Anglais mouillent au sud de l'île Dumet à l'abri du vent, et huit vaisseaux français se trouvent au sud de l'île le Four. Le lendemain matin, ces huit vaisseaux sont disparus. Le Juste, qui s'est réparé pendant la nuit se dirige vers Mindin lorsqu'il touche fond au Grand Charpentier. Il disparaît sous les flots et seulement cent cinquante marins parviennent à se sauver. Conflans est au large du Croisic; où il s'échoue. Le Héros vient s'échouer à côté. Les Anglais n'ont pas bougé.

On apprend que huit vaisseaux, dont celui du chef d'escadre Bauffremont, sont arrivés à l'île d'Aix. Le 22, le vent se modère, les Anglais s'approchent du Soleil-Royal et Le Héros. Conflans y fait mettre le feu. En même temps, Villars de La Brosse conduit les sept vaisseaux mouillés dans l'embouchure de la Vilaine, vers le haut de la rivière, passant la barre à marée montante.

Le ministre Berryer, bien obligé d'abandonner le projet d'invasion de l'Angleterre, institue une enquête, où Conflans doit s'expliquer. L'opinion publique a déjà passé jugement: on parle avec sarcasme de la "journée de M. de Conflans". Le ministre insiste pour que l'on amène les sept vaisseaux de la Vilaine à Brest au plus vite, où l'on peut les désarmer. Mais Hawke mouille toujours dans la baie de Quiberon, il faut attendre le moment favorable.



RENFORTS POUR LE CANADA

Le Mercier arrive alors au ministère avec les dépêches de Vaudreuil et de Lévis, et la demande d'un renfort de quatre mille hommes. Berryer confie à un traitant de préparer le transport de quatre cents soldats avec pour commandant le capitaine Gabriel-François Angeac, originaire de Plaisance, Terre-Neuve. La flottille de six frégates que commande François-Chenard de La Giraudais, est prête au début de mars, à Bordeaux, mais les vents contraires retardent le départ jusqu'au 10 avril.



LÉVIS A QUEBEC

Au cours de l'hiver, Lévis a refait une armée de sept mille hommes et marche sur Québec fin mars. L'armée de Murray à Québec a beaucoup souffert de maladie, il ne lui en reste que trois mille de valides le 28 avril 1760. En apprenant l'approche de Lévis, Murray veut prendre les Français de vitesse avant qu'ils ne soient sortis de l'ordre de marche. Il conduit donc son armée à Sainte-Foy.

Lévis forme ses lignes, et défonce la gauche anglaise après un furieux combat. C'est une victoire: Lévis presse ses hommes pour entrer dans la ville avec les fuyards, mais ceux-ci, fatigués d'une journée de longues marches et de durs combats, n'y parviennent pas. Lévis commence alors le siège de la ville, utilisant les canons capturés pendant la bataille. De part et d'autre, on attend des renforts.



LE PREMIER ARRIVÉ

Une voile apparaît le 9 mai 1760, c'est la frégate Lowestoffe. Le 11, Lévis fait tirer ses canons. Le 15, au soir, deux vaisseaux arrivent dans la rade. Lévis sonne alors la retraite pour ne pas se faire prendre par ses arrières. Vauquelin barre le fleuve avec la seule frégate qui lui reste et se la fait démolir en deux heures de canonnade.



EN GASPÉSIE

Giraudais se fait intercepter par Boscawen au large du cap Finistère: il lui laisse deux de ses navires. Un autre navire, mal radoubé, coule par ses propres moyens; le 30 avril. Les Français capturent des navires dans le golfe du Saint-Laurent, par là apprennent que la flotte britannique a déjà passé. Les instructions de Giraudais sont d'aller aux Antilles dans ce cas, mais il pense aux Acadiens, et va les secourir dans la baie des Chaleurs. En même temps, il envoie Denys de Saint-Simon, le 16 mai, à pied vers Montréal avec les dépêches de la cour.

Les Anglais à Québec et à Louisbourg apprennent la présence française en même temps. De Québec partent trois vaisseaux et Byron conduit le même nombre de Louisbourg. Angéac a ravitaillé les Acadiens, et Giraudais a avancé sa flottille assez loin dans la Restigouche, pour être hors d'atteinte des gros vaisseaux anglais.

Vaudreuil reçoit Saint-Simon et les dépêches le 13 juin, et le renvoie le 17 avec ses instructions à d'Angéac, qu'il nomme commandant de l'Acadie. Le 22, Byron aperçoit les navires français, mais ce n'est que le 8 juillet qu'il parvient à les détruire, à coups de canon. Il ne débarque pas de troupes pour combattre les françaises.



CAMPAGNE FINALE

Murray met son armée renforcée en marche de Québec vers Montréal le 14 juillet. C'est le signal qu'attendent les généraux Amherst, aux Mille-Iles, cette fois, et de Haviland au lac Champlain. Ce dernier part de Crown-Point le 11 août et se trouve devant l'île-aux-Noix le 23. Bougainville le retient jusqu'au 27, alors que, presque encerclé, il se retire à Montréal avec le millier d'hommes qui lui restent. Amherst se met en branle le 15 août avec sept mille hommes, et prend plusieurs jours pour réduire le fort que Pouchot a hâtivement érigé sur l'île Galop.



REDDITION DE LA NOUVELLE FRANCE

Le sept septembre, vingt-cinq mille soldats anglais sont campés autour des remparts de Montréal. Lévis veut encore braver les Anglais à l'île Sainte-Hélène, mais devant l'inutilité de toute autre résistance avec les mille soldats encore sous les drapeaux, Vaudreuil l'en dissuade et négocie les meilleures conditions possibles, pour signer la reddition de la Nouvelle-France le lendemain.

Par ce traité, Amherst garantit au peuple le libre exercice de sa religion, stipulation significative, puisque cette religion est proscrite en Angleterre. On garantit les titres de propriété existants, et les seigneurs conservent leurs droits féodaux. On refuse d'admettre le droit public français, mais on n'exclut pas le droit civil. Ce texte est encore la base de la constitution canadienne en l'an 2000!

Amherst nomme Murray gouverneur, pendant que Vaudreuil envoie Catalogne à la baie des Chaleurs aviser d'Angéac de cesser toute résistance. Giraudais est déjà en route pour la France sur un bateau de pêche. Vaudreuil, Bigot, Lévis, les officiers et les troupes françaises encore sous le drapeau, se font transporter en octobre vers la France.

En Louisiane, les Caroliniens poussent les Chicasas à attaquer le poste français du Tombekbé. Kerlerec les repousse avec l'aide des Chéroquis et les Alibamons.

Au Détroit, le commandant Picoté de Belestre reçoit des instructions de Vaudreuil de cesser toute résistance et d'admettre les officiers anglais qui s'y présentent. La région compte quelque deux mille cinq cents colons. Les autres postes se rendent le printemps suivant, au grand désarroi des Sauvages qui voient ainsi disparaître la protection française.



BERRYER ENQUÊTE

Rendu en France, l'intendant Bigot et ses associés sont mis en accusation au criminel pour malversation et enfermés à la Bastille. Le ministre, ancien policier, accuse même Vaudreuil de



complicité. Celui-ci, pour se défendre laisse voir sa pauvreté, après avoir tout donné pour la cause commune. Il prend la défense des officiers canadiens que Bigot accuse à son tour.

La nuit du 6 au 7 janvier, 1761, Ternay d'Arsac conduit deux vaisseaux hors de la Vilaine pour entrer à Brest le 10, en profitant du mauvais temps qui le masque des Anglais toujours là.

Le 27, le maréchal de Belle-Isle, ministre de guerre, décède. Le duc de Choiseul le remplace.



PERTE DE BELLE-ISLE

La guerre continue en Europe: en avril, une flotte anglaise devant Belle-Isle, débarque dix mille soldats, qui se font repousser. Ils se reprennent quinze jours plus tard et réussissent une tête de plage. La résistance française croule, et l'on commence le siège de la citadelle de le Palais. Cette place tombe le 7 juin 1761 sans avoir reçu aucun secours.

En Amérique, le capitaine Mackenzie, avec deux vaisseaux de guerre, fait le tour de la baie des Chaleurs au cours de l'été, fait deux cents quarante prisonniers parmi les Acadiens, et détruit tous les bateaux de pêche qu'il trouve.

En Louisiane, Kerlerec incite les Chéroquis à détruire le fort Loudon sur la rivière appelée depuis la Tennessee. Les Anglais construisent un fort aux chutes de l'Ohio (Louisville, Ohio) en violation flagrante du traité d'Easton de 1758.



LE PACTE DE FAMILLE

En Europe, le 15 août, Choiseul signe avec le nouveau roi d'Espagne, Charles III le très secret pacte de famille, effectivement une alliance franco-espagnole.

Le 28 novembre, Ternay et d'Hector sortent deux autres vaisseaux de la Vilaine par un temps orageux, et les conduisent à Brest, les Anglais à leur poursuite.

Le gouvernement à Londres a vent de l'alliance franco-espagnole et déclare la guerre à l'Espagne le 2 janvier 1762. Pour le moment, la marine anglaise est aux prises avec les colonies françaises: le 7 janvier 1762, une flotte de cinquante navires de guerre et cent cinquante de transport mouillent au large de fort Royal de la Martinique, qui succombe le 4 février. Le Vassor de La Touche continue le combat sur le reste de l'île, mais doit capituler à son tour le premier mars. Le 9, arrive Coubron de Blénac avec dix vaisseaux. Ne pouvant plus secourir la Martinique, il débarque cinq mille soldats à Saint-Domingue, ce qui empêche les Anglais de rien y réussir.

En France, Hector conduit les deux derniers vaisseaux de la Vilaine à Brest. Ternay d'Arsac dirige deux vaisseaux et deux frégates à travers le blocus de Hawke au large de Brest, pour attaquer Terre-Neuve en transportant une armée de sept cents hommes sous le comte d'Haussonville, au cours du mois de juin.

Les Français détruisent Bay-Bulls, Saint-Jean, Carbonnière et Trinité, avant que ne surgisse une flotte de six vaisseaux anglais. Ternay s'échappe avec les vaisseaux, mais d'Haussonville est obligé de capituler.



PERTES ESPAGNOLES

Une autre flotte anglaise débarque des troupes pour assiéger la ville de la Havane à Cuba, en juillet. Les Espagnols capitulent le 13 août. Une troisième flotte se présente devant Manille aux îles Philippines en octobre et les Anglais occupent la ville. Simon de Andia les en expulse peu après.

En France, Choiseul prépare une flotte de neuf vaisseaux pour attaquer la colonie portugaise de Rio de Janeiro, vu que les Portugais se sont alliés aux Anglais, mais, le 3 novembre 1762, on signe les préliminaires de paix à Fontainbleau et Choiseul contremande l'expédition.



TRAITÉ DE PARIS

On publie le traité de Paris le 10 février 1763. Par ce traité, la France cède à l'Angleterre le Canada et toutes les îles du golfe du Saint-Laurent sauf Saint-Pierre et Miquelon. En plus elle est contrainte de céder la partie de la Louisiane située à l'est du Mississipi, sauf pour une enclave comprenant la ville de Nouvelle-Orléans et les bouches du Mississipi. En Inde, elle cède tout sauf



quelques comptoirs. Elle rend l'île de Minorque pour reprendre Belle-Isle, la Martinique et la Guadeloupe.

Pour ravoir Cuba, l'Espagne doit céder la Floride. En compensation, Choiseul lui cède la partie ouest de la Louisiane. La France renonce ainsi à toutes ses colonies sur le continent. Les conseils des villes de La Rochelle, Bordeaux, Marseille, Nantes, Saint-Malo, Le Havre, Rouen et Dunkerque protestent contre la cession du Canada.



LA PAIX

Avec la conquête, l'équilibre des forces est disparue en Amérique. Le protectorat français des territoires indigènes est chose du passé. De Français, il ne reste qu'une poignée d'habitants ruinés sur les rives du Saint-Laurent et quelques coureurs des bois dans l'Ouest. La direction de ce petit monde qui jadis faisait trembler l'Amérique anglaise, relève dorénavant du "colonial office" de Londres. Les seules puissances qui peuvent encore contester l'hégémonie anglaise, ce sont les Espagnols et les Indigènes. Les relations n'avaient jamais été cordiales entre les deux derniers.

Le roi Georges III, qui succède à son grand-père au trône de l'Angleterre, réduit l'étendue de ce Canada peuplé de Français et d'Indigènes, donnant le Labrador, l'île d'Anticosti et les îles de la Madeleine à Terre-Neuve; l'île Saint-Jean, renommée du Prince Edouard, et l'île Royale, renommée du Cap Breton, à la Nova-Scotia. Le pays au sud des Grands Lacs est annexé à la province de New York. Les ordres religieux sont abolis, le couvent des jésuites à Québec sert de caserne pour la garnison. Les sulpiciens restent cependant seigneurs de l'île de Montréal.



MURRAY GOUVERNEUR

James Murray est confirmé gouverneur du Canada. Ayant appris à respecter les Canadiens sur les champs de bataille, il choisit de ne pas imposer le serment du test, et leur permet de prendre des postes dans le gouvernement. Il passe une ordonnance le 6 novembre 1764, restaurant le droit civil français, vu que la capitulation garantissait les droits de propriété.

En même temps, le roi émet une ordonnance abolissant formellement toutes les lois françaises, et imposant les lois et pratiques britanniques au Canada. Cela rend la tâche du gouverneur d'autant plus difficile, que les quelques centaines de nouveaux résidents anglais réclament tous les droits et postes publics.



LES PREMIERS CANADIENS-ANGLAIS

Ces nouveaux-venus se plaignent aux autorités de Londres de la politique conciliatrice du gouverneur, et réclament la création d'une assemblée élue par eux seuls.

Murray reçoit des instructions de Londres de créer une telle assemblée, ce qu'il fait, mais ne la convoque pas. Ces Anglais demandent alors le rappel du gouverneur. Les seigneurs et bourgeois canadiens, sensibles à la bonne volonté de Murray pétitionnent à leur tour pour s'opposer à son rappel.

Pour les Sauvages, la main du vainqueur est lourde. Les marchandises de traite deviennent beaucoup plus chères. Amherst, toujours commandant en chef, siégeant à New York, fait cesser toute distribution de cadeaux, et refuse d'entendre leurs doléances.



ACTION DES SAUVAGES

Un chef outaouais, Pontiac, figure dominante dans sa propre tribu, s'allie des Hurons et Algonquins et s'empare des forts de Michilimacinac, Baie Verte, Saint-Joseph, Miami, Sandoské, Le Boeuf (Waterford, Pa.), Presqu'île, Machault (Venango puis Franklin, Pa.) et Littleton (W.Va).

Il défait les Anglais à la Pointe Pelée et au portage de Niagara et met le siège à Détroit et au fort Pitt. Pontiac demande aux Canadiens de l'appuyer, mais ceux-ci n'osent pas violer la paix. Le colonel Westmorland conduit une armée de cinq cents hommes pour secourir le fort Pitt, et défait les Sauvages à Bushy Run. L'année suivante, Bradstreet avance vers Détroit avec mille deux cents hommes, lève le siège, et signe un traité de paix à Oswego (Chouaguen), le 24 juillet 1765, réitérant



l'intention du gouvernement britannique de ne permettre aucune colonisation à l'ouest des Appalaches.

En Louisiane, les Anglais voulant prendre possession des territoires cédés, le major Loftus part de la Nouvelle-Orléans avec quatre cents hommes, comme le permet le traité. En route, il se fait attaquer par des Chactas et des Tonicas, et se replie sur son point de départ. Les officiers Linde et Campbell ne font pas mieux. Les Français se gardent bien de les aider contre leurs anciens alliés.

D'autre part, le gouvernement de Londres émet une proclamation interdisant tout établissement agricole à l'ouest des Appalaches, réitérant ainsi le traité d'Easton, et celui que vient de conclure Bradstreet. Proclamation un peu creuse en se rappelant que la guerre avait commencé lorsque l'Angleterre envoya Braddock avec une armée pour chasser les Français de l'Ohio et y permettre l'établissement de colons.

Le duc de Choiseul envoie Pontleroy en Amérique, son identité cachée, pour se renseigner sur la situation politique, flairant quelque remous.



QUESTION DE TAXATION

En effet, l'Angleterre, qui s'est énormément endettée lors de la récente guerre, se cherche des revenus additionnels, et impose une nouvelle taxe aux coloniaux, la «Stamp Act ». Il en résulte des protestations tellement vives, que le roi, devant cet véritable révolte, décide de se concilier les Canadiens, geste habile, pour se donner un point d'appui. En attendant, le parlement de Londres passe le "Quartering Act" qui permet de poster des troupes chez les habitants d'une colonie récalcitrante. A la fin, il révoque la taxe (17 mars, 1766).



CARLETON GOUVERNEUR

Ce même printemps, le roi rappelle Murray, pour lui donner l'occasion d'expliquer sa politique. Le général Guy Carleton le remplace comme gouverneur, et ses instructions veulent la conciliation envers les Canadiens.

Le roi annule l'ordonnance de 1764, ce qui permet aux Canadiens de jouir des droits de citoyen tout en conservant leur religion. Londres obtient aussi de Versailles un règlement des billets à l'ordre, résidus de la récente guerre.

Il y a encore des abus de la part des immigrants anglais, qui se comportent en conquérants à qui tout est permis. Le manque de directives pour établir quelles lois doivent prévaloir au Canada permet à la minorité anglaise d'appliquer les lois et procédures qu'ils connaissent au détriment de la population qui ne connaît même pas la langue dans laquelle on les impose. Les Canadiens se font déposséder de leurs terres ou emprisonner pour la moindre dette.

D'autres Anglais, plus scrupuleux et fortunés, se contentent d'acheter des seigneuries des Sabrevois, Payen, de Léry, Beaujeu, le Gardeur et Aubert ruinés au service de leur roi et forcés de vendre à n'importe quel prix.

Comme Murray, Carleton a connu les Canadiens sur les champs de bataille, les estime, et cherche à corriger les injustices que commettent ses compatriotes.

Le ministre Pitt à Londres, impose des taxes sur l'exportation de certaines marchandises vers Amérique. En réponse aux protestations qui suivent, Pitt envoie quatre régiments sous le général Gage. Les Américains se mettent à boycotter les produits de la métropole.



EMPIÈTEMENTS

En 1768, les Américains signent le traité de Stanwix avec les Iroquois, par lequel ceux-ci leur cèdent le territoire au sud de la rivière Ohio, entre la rivière Kanaouha et le fort Pitt, quoique ce sont les Chéroquis qui y résident. On voit déjà les coloniaux faire bon marché des ordonnances du roi.



LA LOUISIANE ESPAGNOLE

Le traité par lequel la France céda la Louisiane à l'Espagne, n'a pas été publié, alors les rumeurs courent jusqu'à l'arrivé à la Nouvelle-Orléans en 1768 de don Antonio de Ulloa sur une frégate, accompagné de quelques soldats. La population se révolte et chasse le nouveau commandeur malgré les efforts d'Aubry pour le faire accepter. Aubry a pris le commandement depuis la mort d'Abbadie. Denis Foucault fait signer par les fonctionnaires une pétition demandant à Louis XV de reprendre la colonie.

L'année suivante, l'Espagne envoie une flotte de vingt quatre navires portant deux mille six cents soldats sous le commandement d'Alexandre O'Reilly, qui prend officiellement possession au nom du roi Charles III. Il fait enquête et emprisonne ceux qui ont signé la pétition. Après instruction, tous les officiers impliqués sont condamnés et six sont fusillés. Foucault se déclare citoyen français et se fait déporter. Le gouverneur abolit le conseil et institue un "cabildo" qui revient au même, en y nommant des Louisianais. Le 23 novembre, le brigantin "Père de Famille" quitte la Nouvelle-Orléans avec les officiels français, dont Aubry. Il fait naufrage au large de la Gironde, et Aubry ainsi que ses confrères y perdent la vie.

Lorsque les effets du boycottage se font sentir à Londres, ce sont les marchands de cette ville qui demandent l'abolition des nouvelles taxes de Pitt. Son ministère tombe et North devient premier ministre. Celui-ci retire la taxe, la conservant seulement pour le thé, question de principe. On enquête sur le Canada, les rapports des enquêteurs s'entassent. Puis un comité fait publier un code des lois françaises en 1773.

Les Anglais du Canada font une nouvelle pétition pour obtenir un gouvernement électif, et cherchent même l'appui des Canadiens, quoiqu'ils ne songent aucunement à partager avec eux le droit de voter. Lorsque ceux-ci demandent leur appui pour favoriser l'abolition du "Test Act", les Anglais laissent tomber. Les Canadiens préfèrent encore appuyer le gouverneur, plus tolérant.

Le problème financier de l'Angleterre est toujours aussi pressant, et le parlement impose de nouvelles taxes, qui suscitent des troubles à Boston. Un député à Londres prêche la prudence, prédisant que la France, de nouveau prospère et possédant une flotte renouvelée, peut intervenir dans cette querelle en aidant les Américains.



AGRANDISSEMENT DU CANADA

En 1774, suite aux enquêtes, Londres vote l'Acte de Québec, qui confirme le gouvernement absolu, reconnaît la religion catholique, rétablit les lois civiles françaises, et agrandit le territoire de la "province de Québec" pour inclure ce qui est aujourd'hui l'Ontario, ainsi que la vallée de l'Ohio jusqu'au Mississipi. Cette loi doit entrer en vigueur l'année suivante, mais est vite connue en Amérique.

Les colonies réunissent un congrès à Philadelphie le 5 septembre 1774, qui adresse des protestations au roi et à la population de l'Angleterre, s'objectant particulièrement à la tolérance envers la religion catholique au Québec. Ce même congrès invite les Canadiens à participer à leur mouvement, sans toutefois parler de religion ou de lois.



PREMIERS COUPS DE FEU

Le 19 avril 1775, cinquante patriotes combattent les troupes britanniques à Lexington près de Boston. Grâce à la course de Paul Revere, ils sont seize mille le lendemain pour bloquer les troupes anglaises dans leurs quartiers. Le 10 mai, Ethan Allen et ses compagnons des monts Verts saisissent le fort Ticonderoga (Carillon), par un coup de main.

Il y a un nouveau combat près, à Bunker Hill, encore près de Boston. Les Américains se hâtent à se constituer une armée, et Benedict Arnold propose d'aller prendre Québec, pour empêcher l'arrivée de renforts de l'Angleterre par ce côté.

Les Américains envoient le jeune Arthur Lee en France où il obtient un prêt important et des armes.



INVASION DU CANADA

Schyler recoit le commandement d'une armée qui avance vers Montréal. Il tombe malade et Montgomery le remplace en mettant le siège devant Saint-Jean le 18 septembre avec trois mille hommes. De Lorimier et sa troupe de volontaires résistent, ce qui

permet à Carleton d'organiser la défense. Celui-ci ne dispose que de six cents soldats, ayant envoyé deux régiments l'automne précédent au général Gage à New York. Il fait appel à la population, qui est fasciné par l'activité des Américains et se fait prier. Les seigneurs et le clergé redoublent d'efforts pour entraîner la population à appuyer le gouverneur.

Sur le Richelieu, Montgomery reçoit la reddition de Stopford dans le fort de Chambly. Carleton veut secourir Saint-Jean, mais trouve si peu d'appuis à Montréal, qu'il doit lui-même fuir vers Québec, pendant que les envahisseurs avancent sur Montréal. Le gouverneur est accompagné de Boucher de Niverville, Bouchette, Bouthillier et de Tarieu de La Naudière.

Saint-Jean tombe le 3 Novembre, Montgomery entre dans Montréal le 12, et dans Trois-Rivières le 20. Quelques jours plus tard, il se trouve devant Québec, ou le rejoint Arnold à la tête de mille deux cents hommes du Massachussetts. Ceux-ci ont passé par la rivière de la Chaudière.



SIÈGE DE QUÉBEC

Carleton a réussi à trouver suffisamment d'appui à Québec pour en organiser la défense. Il fait sortir de la ville ceux qui refusent de se rallier. Arnold conduit sa troupe du côté de Saint-Roch pendant que Montgomery attaque par la petite rue Champlain au bord du fleuve, donnant le signal pour l'assaut pendant une tempête de neige le 30 décembre. Le général se fait tuer devant une

barricade et ses troupes se retirent. Le gouverneur est alors libre d'aller s'opposer à Arnold qui a pénétré dans le Sault-au-Matelot. Après de durs combats, les Américains se font cerner et se rendent. Arnold s'échappe tout seul, et va rejoindre l'armée désemparée de Montgomery, dont il prend le commandement. Il organise le siège de la ville. N'ayant pas de canons, il ne peut que bloquer les communications de terre du côté ouest.

Le congrès de Philadelphie distribue de nouvelles proclamations aux Canadiens, mais l'influence des bourgeois et du clergé commence à prévaloir, et la population se campe de plus en plus dans la neutralité. Carleton, devenu prudent, ne poursuit pas les Américains et ne cherche plus à recruter des miliciens. Il préfère attendre des renforts de l'Angleterre, ne voulant pas s'endetter davantage de reconnaissance envers la population. Arnold reçoit quelques renforts au printemps, pas assez pour entreprendre une avance. Ses hommes manquent de vivres, n'osant pas réquisitionner chez les habitants.



RENFORTS BRITANNIQUES

Au début de mai 1776, des vaisseaux britanniques arrivent, chargés de troupes, que le gouverneur range aussitôt devant les envahisseurs. Ceux-ci se retirent vers Montréal. Thompson résiste aux Trois-Rivières. Carleton, fort de ses neuf mille soldats réguliers a tôt fait de le cerner, et le forcer à capituler le 8 juin.

Les Américains évacuent Sorel, puis abandonnent le village de Chambly en y mettant le feu. Ils s'attardent à Saint-Jean, où Arnold les rejoint avec les troupes évacués de Montréal après avoir brûlé le fort de Senneville. Puis ils brûlent et quittent Saint-Jean pour se fixer à l'île aux Noix, où ils se font des retranchements. Pendant que Carleton fait construire des navires à Saint-Jean, Arnold a le loisir de faire pareil à l'île aux Noix.



INDÉPENDANCE AMERICAINE

À Philadelphie, Thomas Paine a publié le pamphlet "Common Sense" qui gagne un grand nombre d'Américains à la cause de l'indépendance. Cependant, lorsque le député Richard Lee de la Virginie propose au congrès la proclamation de l'indépendance, le 7 juin, on n'ose pas l'inscrire dans le procès verbal. Ce n'est que le 4 juillet, que Thomas Jefferson parvient à faire adopter une déclaration d'indépendance, avec l'appui de douze des treize colonies présentes. Le New York s'y rallie

le 9.

Les Américains ont défait une armée britannique en Caroline et une autre à Boston. Mais les Britanniques sont victorieux à Long Island et occupent la ville de New York. Washington, à qui le congrès a confié le commandement suprême, est contraint de se retirer à l'ouest de la Delaware.

Carleton avance de Saint-Jean avec sa flottille au début d'octobre, et les Américains évacuent l'île-aux-Noix. Arnold a réuni sa flotte de petites canonnières près de l'île de Valcour, où Carleton l'attaque le 11. Quoique sa flotte soit en partie détruite, Arnold a gagné du temps, et parvient au delà de Crown-Point (Saint-Frédéric) après que Carleton se soit retiré à Montréal avec l'arrivée du temps froid.

Lafayette et Kalb débarquent en Amérique avec un groupe de jeunes officiers français pour appuyer les révoltés.

Au printemps de 1777, le général Bourgogne prend le commandement de l'armée britannique et, entreprend d'envahir les colonies, en partant du Québec. Il prend le fort de Ticonderoga (Carillon) le 6 juillet, et avance en direction d'Albany, ayant pour objectif de faire jonction avec le général Howe à New York. L'Américain Schyler s'y oppose faiblement, et recule au site de l'ancien fort William-Henry sur le lac George (Saint-Sacrement), puis l'abandonne à l'approche de l'adversaire, pour se regrouper au fort Edward sur le fleuve Hudson.

En même temps, le colonel Saint-Léger conduit une troupe moitié britannique, moitié iroquoise par le lac Ontario, la rivière Oswego (Chouaguen), et le portage jusqu'au fort Stanwix sur la Mohawk, auquel il met le siège. L'Américain Herkimer, accourant pour secourir les défenseurs, se fait battre à Oriskany. Arnold, qui connaît la mentalité iroquoise, imagine une ruse pour les faire déserter, ce qu'il réussit. Alors, Saint-Léger abandonne le siège, le 22 août.

A New York, le général Howe s'avise d'aller occuper Philadelphie, au lieu d'avancer vers Albany et faire jonction avec Bourgogne. Les Américains abandonnent le fort Edward et reculent jusqu'à Saratoga.



PREMIERS SUCCÈS AMÉRICAINS

Arnold, ayant rejoint l'armée de Schyler, sans mandat officiel, réunit une troupe avec laquelle il défait un détachement britannique sous Baum, à Bennington, le 16 août. Ensuite, il attaque un autre détachement sous Breyman, qu'il défait également. Une troupe américaine avance alors par les bois pour occuper le campement britannique du lac George, le 18 septembre, prenant trois cents prisonniers.

En Pennsylvanie, Cornwallis défait Washington et Lafayette à Brandywine, et le Britannique Howe occupe Philadelphie, le 25 septembre.

Pendant ce temps des recrues ont afflué de la Nouvelle-Angleterre et le général Gates bloque la route de Bourgogne à Bemis avec onze mille hommes. Arnold monte une nouvelle attaque à Freemans Farm que Bourgogne parvient à repousser. Tandis que les effectifs britanniques diminuent avec chaque engagement, des recrues américaines arrivent tous les jours, et les défenseurs comptent bientôt seize mille hommes.



RÉDDITION

Bourgogne tente de rétrograder vers Saratoga, mais encerclé sans remède, il est obligé de capituler le 16 octobre, avec les quatre mille hommes qui lui restent.

La nouvelle que la superpuissance qu'est la Grande-Bretagne, ait subi une telle défaite, fait sensation en Europe. La France signe un traité d'alliance avec la nouvelle république le 6 février 1778. Des Américains songent à envahir de nouveau le Canada, pensant qu'avec Lafayette et d'autres officiers français, les Canadiens se détacheraient de l'emprise britannique. Le projet tombe faute de moyens.

La France envoie une forte escadre sous le comte d'Estaing. Il y a un mouvement de révolte en Irlande. L'Espagne déclare son appui à la république. Les Français occupent les îles de Saint-Vincent et La Grenade aux Antilles, en 1779.

Les Iroquois, ayant appuyé les Britanniques, subissent une attaque de la part de l'Américain Sullivan à la tête de cinq mille hommes. Celui-ci détruit leurs villages et leurs moissons au sud du lac Ontario. Les Iroquois se réfugient en territoire canadien au nord du lac.

La Floride, occupée par les Britanniques, devient la cible de l'Espagnol Bernardo de Galvez, qui part de la Louisiane en 1780, l'envahit et les en chasse.



LA MARINE FRANCAISE

Le ministre français Sartine envoie l'amiral de Grasse avec une flotte portant six mille soldats sous le commandement de Rochambeau, en Amérique.

Les Britanniques gagnent encore quelques batailles sans vraiment affaiblir les Américains, qui, avec l'appui de Rochambeau et ses troupes, finissent par refouler les premiers à Yorktown, en Virginie, pendant que la flotte de de Grasse écarte toute possibilité de secours par la mer. Le général Cornwallis capitule avec ses sept mille soldats le 19 octobre 1781.



NÉGOCIATIONS DE PAIX

Le parlement de Londres demande alors au roi de faire la paix le 27 février 1782, et les négociations commencent. Les Américains veulent annexer le Canada. Les Français, s'y opposent. Ils appuient même les Britanniques qui veulent conserver la vallée de l'Ohio, craignant que la nouvelle république devienne trop puissante.

Les Français cherchent, avec le plus de doigté possible, à expliquer qu'ils ne voulaient que faciliter la libération des colonies existantes entre les Appalaches et la mer, et non contribuer à la création d'une superpuissance nouvelle. Ils veulent que les Autochtones conservent le vaste intérieur du continent, et admettent que l'Angleterre plus que la république naissante est capable de protéger ces territoires contre les colons envahissants.

Mais les Américains se battent depuis trente ans pour posséder le pays au sud des Grands Lacs et ne démordent pas. Les Britanniques ne se sentent pas les protecteurs des Indigènes et finissent par céder en abandonnant l'Ohio aux Américains. On trace la frontière au milieu des lacs Ontario, Erié, Huron et Supérieur sans consulter les Français.

On signe le traité de Paris le 3 septembre 1783, par lequel les Treize Etats reprennent tous les territoires que l'Acte de Québec leur avait ôté en 1775, la frontière du Québec étant donc reculée au quarante-cinquième parallèle. Les Espagnols se font confirmer la possession de la Floride.

A Montréal, le commerçant Simon McTavish fait enregistrer la Compagnie du Nord-Ouest pour reprendre les anciennes routes françaises des fourrures, rivales de celles de la Compagnie de la Baie d'Hudson.



LA FÉDÉRATION

En 1787, les Treize États réunissent un congrès pour constituer une fédération. Le 30 avril 1789, on proclame la république des Etats-Unis, avec George

Washington comme président. Cette entité accepte la responsabilité pour les dettes extérieures, et entérine les traités déjà signés par l'ancien congrès.

Peu après des émeutes éclatent à Paris, au le jeune roi Louis XVI cède à la foule. Le 14 juillet la Bastille est occupée par les rebelles qui libèrent les quelques prisonniers de droit commun qui s'y trouvent.

Au Canada, un dirigeant de la nouvelle Compagnie du Nord-Ouest, Alexander Mackenzie recrute des voyageurs canadiens pour une entreprise d'exploration d'un passage à l'océan Pacifique. Le groupe se rend au fort Chipewyan sur le lac Athabasca et de là descend le fleuve qui portera son nom, mais qui le conduit à l'océan Arctique, et non au Pacifique.



DIVISION DU CANADA

La présence de résidents anglais en nombre appréciable au Canada change la situation politique, et Londres voit l'occasion de développer une colonie anglaise. L'Angleterre passe la loi de 1791, qui sépare l'ancienne «province de Québec» en Haut-Canada (Ontario) et Bas-Canada (Québec). Le droit civil français prévaudra dans celle-ci seulement. Cette loi crée aussi une chambre élective dont les propositions devront avoir l'assentiment du conseil exécutif et du conseil législatif avant de devenir loi. Ces deux conseils sont nommés par le colonial office de Londres conjointement avec le gouverneur.

La chambre du Bas-Canada permet aux Canadiens de participer au gouvernement de leur pays pour la première fois depuis la conquête. Suite aux élections de cinquante députés dont seize sont anglais, ceux-ci veulent un des leurs comme président de la chambre, et que les délibérations se fassent en anglais. Mais la majorité élit Jean-Antoine Panet président, et décide que les affaires de la chambre se discuteront en français. Commence alors une longue série de luttes

politiques, où les Canadiens, petit à petit se divisent en libéraux, influencés par les révolutionnaires d'Europe, et les libéraux anglais; et les conservateurs appuyant le gouverneur, qui jusqu'alors garantissait mieux la langue et la religion.

En 1793, l'explorateur Mackenzie entreprend un nouveau périple à la recherche d'un passage vers l'océan Pacifique. Encore avec une équipe de voyageurs canadiens, il remonte la rivière Saskatchouan, branche nord, portage à la rivière Athabaska, remonte la rivière La Paix, portage à la rivière Fraser, puis emprunte un sentier des Sauvages pour arriver au bord du Pacifique. C'est le terme de la recherche du passage à l'Orient qu'avait commencé Nicollet cent soixante années plus tôt

A Saint-Domingue, les esclaves noirs se soulèvent, et obligent les coloniaux français à fuir. Un bon nombre se réfugie en Louisiane.

Les Etats-Unis règlent enfin les problèmes financiers avec le gouvernement britannique, et ce dernier fait évacuer les postes frontaliers, respectant ainsi le traité de Paris.

La France, devenue empire, signe le traité de San Ildefonso en 1803 avec l'Espagne, par lequel cette dernière cède la Louisiane à la France. Napoléon songe à ressusciter la Nouvelle-France dans l'Ouest américain. Mais il s'aperçoit bientôt que l'évolution des relations avec les Etats-Unis et l'Angleterre rend cette aspiration aléatoire.

Napoléon estime alors qu'il vaut mieux s'en faire des amis, et confie à son ministre Barbé-Marbois la tâche de vendre cet immense territoire aux Américains. Opération opportune car l'on prévoit une nouvelle guerre avec l'Angleterre. Le marché est conclu le 30 avril 1803.

Peu après, le gouvernement américain envoie les officiers Lewis et Clark explorer la nouvelle acquisition, avec le concours de voyageurs canadiens. Ils remontent le Missouri jusqu'aux montagnes Rocheuses, qu'ils franchissent pour trouver le fleuve Columbia qu'ils descendent jusqu'au Pacifique.









ÉPILOGUE

La présence d'une population anglaise au Canada donne l'idée au Colonial Office à Londres d'encourager systématiquement l'émigration vers le Canada, dans le but de l'angliciser. Avec la paix en 1815, il devient facile d'inciter un grand nombre d'anciens combattants désoeuvrés de s'installer dans le Haut-Canada, et le gouvernement les y aide.

La famine des années 1840 en Irlande permet aux Anglais de mousser l'émigration de cette île vers le Canada. Ceci a le grand avantage d'introduire un élément anglo-catholique au Canada, ce qui permet de battre en brèche la solidarité langue-religion au Québec.

Vers 1850 les Français deviennent minoritaires dans le Canada réuni, après quoi Londres accorde une certaine autonomie au gouvernement canadien. Alors la démocratie peut jouer en toute sécurité, le Canada est devenu définitivement anglais.