SF29.htm
(Joliot,
l'atome et la
Francophonie).
Pierre
Demers. Traduction
interdite.
RŽsumŽ.
Joliot et ses collaborateurs,
dŽcouvrant, en 1939, la possibilitŽ
d'obtenir de l'Žnergie par une rŽaction
en cha”ne ˆ partir de l'uranium,
continuaient une tradition franaise
remontant ˆ une observation
photographique de 1858 et ˆ une
expŽrience de Becquerel de 1896. Quel
fut le sort de cette dŽcouverte? Tous le
savent: par leur mainmise sur l'atome,
les AmŽricains installrent l'hŽgŽmonie
politique, militaire et linguistique des
Anglo-Saxons, mettant de c™tŽ les
principes de transparence essentiels ˆ
la vie scientifique. La tradition
franaise fut brutalement interrompue et
ne put reprendre qu'avec retards et
entraves de la part des pays
anglo-saxons. 50 ans plus tard, on
cherche ˆ Žtablir un bilan en termes de
pertes et de bŽnŽfices, pour les auteurs
de la dŽcouverte, pour la France, pour
le QuŽbec et pour la langue franaise ˆ
travers le monde. Ce bilan est
catastrophique. - Ceci est un extrait de
Science et Francophonie No 29, janvier
1990.
Une
tradition
franaise.
On peut faire remonter l'histoire
de l'Žnergie nuclŽaire ˆ certaines
expŽriences de photographie, faites par
Abel Niepce de Saint-Victor, cousin de
NicŽphore Niepce, l'inventeur de la
photographie. Il nota en 1858 que les
sels d'uranium noircissent les plaques
sensibles. Henri Becquerel, ˆ la
suggestion de Henri PoincarŽ, refit les
expŽriences et reconnut, en 1896, qu'il
s'agissait d'un rayonnement spontanŽ: il
avait dŽcouvert la radioactivitŽ. Pierre
et Marie Curie dŽcouvrirent le radium et
le polonium, ŽlŽments radioactifs, en
1898.
En 1903, Pierre Curie mesurait la
chaleur dŽgagŽe sans arrt par le radium
et, en recevant le Prix Nobel, il
dŽclarait ˆ propos de l'Žnergie mise en
jeu dans la transformation des atomes:
"Je suis de ceux qui pensent
que l'humanitŽ tirera plus de bien que
de mal des dŽcouvertes nouvelles".
Ayant dŽcouvert la radioactivitŽ
artificielle, FrŽdŽric Joliot, devenu le
gendre de Pierre Curie, dŽclarait dans
son discours de rŽception du Prix Nobel
en 1935: "des chercheurs brisant ou
construisant des atomes ˆ volontŽ,
sauront rŽaliser des rŽactions
nuclŽaires en cha”nes explosives. Si de
telles transmutations arrivent ˆ se
propager dans la matire, on peut
concevoir l'Žnorme Žnergie utilisable
qui sera
libŽrŽe".
Les publications dŽcisives sont
datŽes du 7 mars et du 7 avril 1939.
Halban, Joliot et Kowarski y annoncent
que la fission de l'uranium produit des
neutrons, qu'elle en produit plus
qu'elle n'en consomme, et qu'elle en
produit plus que deux. (1,
2)
La condition pour rŽaliser une rŽaction
en cha”ne Žtait donc disponible. Les 3
auteurs et Francis Perrin prirent des
brevets. (3)
De ces brevets, trois Žtaient secrets et
en association avec le CNRS (alors la
Caisse nationale de la recherche
scientifique), datŽs du 1er et du 4 mai
1939. Un autre est datŽ d'avril
1940.
Franais
ˆ l'Žtranger.
Entre-temps, la guerre avait ŽtŽ
dŽclarŽe officiellement, le 1er
septembre 1939, par la France et
l'Angleterre. L'invasion de la France ne
se fit qu'en mai 1940 et, ˆ cette
occasion, Halban et Kowarski passrent
en Angleterre avec un prŽcieux stock
d'eau lourde, qui allait servir, ˆ
Cambridge, ˆ des expŽriences prŽvues de
concert avec Joliot. Mettant en jeu
cette eau lourde et de l'uranium, ils
dŽmontrrent avec une quasi-certitude,
en dŽcembre 1940, la possibilitŽ de
rŽaliser une pile, gŽnŽratrice d'Žnergie
atomique. Ils prirent des brevets en
Angleterre.
"L'atome
ne se partage
pas".
Le titre ci-dessus, de GŽrard
Bonnot, (4) dŽcrit bien ce
qui se passa dans la suite. Les deux
Franais voulurent intŽresser les
Anglais et ceux-ci acceptrent. Puis les
AmŽricains voulurent un partage des
connaissances avec les Anglais, qui
refusrent. Mais la situation changea
rapidement. Les AmŽricains prirent le
projet en mains et ne voulurent pas
mettre en commun recherches et
rŽalisations avec les Anglais. De
dŽsespoir, les Anglais dŽcidrent que,
mme sans le plein concours amŽricain,
le Canada leur Žtait accessible; ils y
crŽrent, fin 1942, un laboratoire o
nos deux Franais dŽjˆ mentionnŽs, ainsi
que trois autres dŽjˆ en AmŽrique du
Nord, trouvrent ˆ s'occuper. Ils
choisirent MontrŽal, mŽtropole
francophone et internationale attrayante
pour les EuropŽens qui allaient s'y
rassembler.
Il y eut cinq Franais ˆ ce
laboratoire: Halban et Kowarski dŽjˆ
mentionnŽs, Pierre Auger, Bertrand
Goldschmidt et Jules GuŽron. Ils furent
l'objet de suspicions constantes de la
part des autoritŽs amŽricaines du projet
Manhattan dirigŽ par le GŽnŽral Leslie
Groves, et on songea mme ˆ les
interner, de crainte que leurs
connaissances puissent servir aux
ennemis des AmŽricains, c'est-ˆ-dire aux
Allemands ou mme aux SoviŽtiques
pourtant alliŽs mais rivaux des
AmŽricains.
Les AmŽricains redoutaient aussi
la rivalitŽ de la France. Avec leurs
cousins d'Angleterre ou leurs bons
voisins du Canada, ils se sentaient un
peu plus en confiance, mais ils
n'avaient aucune volontŽ d'une mise en
commun de leurs connaissances avec la
France ni, bien sžr, avec les autres
pays. C'Žtait dŽjˆ le Club atomique, un
partenariat de trois pays
anglo-saxons.
Vassalisation
de la France.
Les grandes rŽserves des
AmŽricains ˆ l'Žgard des Franais
contrastent avec l'Žmouvante gŽnŽrositŽ
qu'ils ont manifestŽe envers la France,
dont tŽmoignent les grands cimetires
militaires amŽricains marquant les
territoires du nord de la France et de
la Belgique. Ce contraste permet de
douter de la puretŽ de leurs intentions:
voulaient-ils libŽrer la France ou la
conquŽrir? De Gaulle ne voulait pas que
la France fut mise en tutelle. (5)
Le
Projet
franais...
Les sentiments anti-franais des
AmŽricains se manifestrent ˆ plusieurs
reprises. En refusant l'accs ˆ des
renseignements et ˆ l'uranium, ils
gnrent et retardrent de plusieurs
annŽes le dŽmarrage du projet d'Žnergie
atomique crŽŽ en France aprs la
libŽration (qui eut lieu le 25 aožt 1944
et aprs la reddition de l'Allemagne
nazie, (le 8 mai 1945). Ce projet fut
mis en marche le 3 janvier 1946, aprs
avoir ŽtŽ crŽŽ, sous le nom de
Commissariat ˆ l'Žnergie atomique CEA,
le 18 octobre
1945.
...
et le vol amŽricain.
Entre autres exemples de
malveillance de la part des forces
armŽes amŽricaines, celles-ci
s'emparrent de force, ˆ la pointe des
mitrailleuses, d'un stock de 31 tonnes
d'un composŽ d'uranium gardŽ en sŽcuritŽ
ˆ Toulouse, qui Žtait aux mains des
Forces franaises de l'intŽrieur. Elles
l'enlevrent aux Franais et, l'ayant
chargŽ ˆ Marseille, l'emportrent aux
ƒtats-Unis. C'Žtait le 11 octobre 1944.
De Gaulle avait dŽcrŽtŽ la mobilisation
gŽnŽrale sur le territoire franais
libŽrŽ, depuis juin
1944.
Le projet franais a obtenu un
succs immense, puisque la France a
devancŽ tous les pays du monde dans la
production d'ŽlectricitŽ par des
centrales nuclŽaires. Plus de 70 % de
son ŽlectricitŽ est d'origine nuclŽaire.
La France a donc pris sa revanche sur
les AmŽricains, dont l'industrie
nuclŽaire conna”t des difficultŽs, dans
le domaine civil comme dans le domaine
militaire. On peut dire que la France a
maintenant repris, ˆ ce point de vue, le
cours de sa tradition remontant ˆ 1858,
au point de vue des applications de la
dŽcouverte de 1939. Ë quel prix, c'est
ce que nous allons
voir.
Belgique.
La Belgique, pays de la
francophonie, fut envahie le 10 mai
1940. Avant cette date, deux industriels
belges, Gustave Lechien et Edgar
Sengier, administrateurs de l'Union
minire du Haut - Katanga, situŽe au
Congo, alors colonie belge, apportrent
une aide, qui devait se rŽvŽler
significative pour le projet franais
d'aprs-guerre. Ils expŽdirent, en mai
1939 puis en mars 1940, un total de 8
tonnes d'oxyde d'uranium. Ce stock fut
cachŽ aux Allemands et, retrouvŽ au
Maroc, il permit, en 1946, le dŽmarrage
des travaux du CEA de
France.
QuŽbec.
Le Canada Žtait dŽsignŽ, pour les
gouvernants anglais, comme partie de
l'Empire et voisine des ƒtats-Unis, pour
recevoir le laboratoire qu'ils voulaient
crŽer. C'est le Ministre canadien
Clarence Decatur Howe qui se chargea de
l'accueillir dans le plus grand secret.
Parmi ses collgues du Gouvernement
d'Ottawa, seul le 1er Ministre Mackenzie
King fut mis dans le secret, ˆ
l'exclusion des autres membres du
cabinet.
Le QuŽbec s'est donc trouvŽ sur
le chemin de l'atome politiquement
britannique, et scientifiquement
franais et international, ˆ cause de
l'affection de Halban pour la
Francophonie, pour qui il Žtait naturel
de choisir MontrŽal, par ailleurs noeud
de communications et mŽtropole. Quant au
choix de l'UniversitŽ de MontrŽal pour
loger le laboratoire, ce fut un
Franais, Henri Laugier, professeur ˆ
cette universitŽ, qui indiqua qu'elle
possŽdait de grands espaces disponibles
partiellement
amŽnagŽs.
Quand vint le moment d'installer
une usine atomique au Canada, le
Canadien George Laurence avait repŽrŽ
deux sites acceptables: Chalk River,
anciennement nommŽe Rivire ˆ la Craie
par Champlain, sur l'Outaouais en
Ontario, et un autre sur le
Saint-Maurice au QuŽbec. Le site
quŽbŽcois fut rejetŽ par le Gouvernement
canadien, l'une des raisons Žtant la
possibilitŽ que le QuŽbec devienne
Žventuellement indŽpendant. Mme le site
ontarien fut critiquŽ pour une question
de frontire avec le QuŽbec. En effet,
le QuŽbec et l'Ontario ne sont sŽparŽs,
ˆ cet endroit, que par la rivire des
Outaouais large d'une centaine de
mtres. Voyez (6).
La
bombe.
Il est inutile de dŽcrire ici les
succs nuclŽaires des AmŽricains,
obtenus gr‰ce ˆ leur organisation
industrielle, gr‰ce au gŽnie de quelques
savants juifs europŽens qu'ils avaient
accue’llis, et surtout, gr‰ce ˆ un
extraordinaire dŽploiement de discipline
et de fiertŽ nationale. Les premiers
travaux des Franais en France et en
Angleterre leur ont servi de point de
dŽpart, mais les travaux du Laboratoire
de MontrŽal, dont ils Žtaient informŽs
dans tous les dŽtails, leur furent
parfaitement superflus dans l'obtention
de la bombe.
Le 6 aožt 1945, la bombe de
Hiroshima faisait ses ravages et le
monde entier apprenait la puissance
incontestable des ƒtats-Unis. La
dŽclaration du PrŽsident Truman annona
une domination mondiale, au nom de Dieu
qui a confiŽ aux AmŽricains la mission
de dŽfendre le bien contre le
mal.
"Nous devons nous constituer
gardiens de cette nouvelle force afin
d'empcher son emploi nŽfaste et afin de
la diriger pour le bien de l'humanitŽ.
C'est une terrible responsabilitŽ qui
nous est Žchue. Nous remercions Dieu
qu'elle soit venue ˆ nous plut™t qu'ˆ
nos ennemis et nous prions pour qu'Il
nous guide pour l'utiliser dans Ses
voies et dans Ses
buts."
La
politique du secret.
On peut noter que le discours de
Truman ne suggre aucune mise en commun
gŽnŽreuse mondiale du capital que
constitue l'arme nuclŽaire. Il affirme
un Žgo•sme sacrŽ, qui devait aller
jusqu'ˆ l'exŽcution, en 1953, en plein
temps de paix, des Žpoux Rosenberg
accusŽs d'espionnage au profit de
l'URSS. Ceux-ci protestrent de leur
innocence jusqu'au
bout.
Ë la vŽritŽ, n'ayons pas trop de
regrets que le Ciel ait voulu faire
Žchoir tant de puissance dans cette
RŽpublique d'AmŽrique du Nord. S'il
avait prŽfŽrŽ certains autres pays moins
imbus de morale, le monde aurait
peut-tre connu
pire...
De toute faon, on peut dire que
la logique des dŽcouvertes scientifiques
prŽparait pour la France un r™le
historique qui lui fut usurpŽ ˆ cause de
la guerre et au bŽnŽfice des
Anglo-Saxons.
Quant aux craintes et aux
prŽcautions des AmŽricains concernant
fuites et espionnage, vers l'Allemagne
ou vers l'URSS, de la part des Franais
, elles furent vaines: les espions se
trouvrent en fait chez des
Anglo-Saxons: May, Fuchs et Greenglass,
sans parler des Žpoux Rosenberg,
vraisemblablement innocents, et de
Pontecorvo, qui, en 1950, abandonnant
son passeport canadien, filait
d'Angleterre en URSS. D'ailleurs, les
SoviŽtiques avaient un projet en marche
et ils eurent la bombe en septembre
1949. Les prŽventions amŽricaines
apparaissent maintenant comme ridicules
et comme une tache dans leur
histoire.
Quand la bombe H (la bombe ˆ
hydrogne) des SoviŽtiques Žclata, en
novembre 1955, elle suivait de trois ans
la 1re bombe H des AmŽricains, et d'un
an seulement la 2me bombe H des
AmŽricains. L'analyse des effets de la
bombe H des SoviŽtiques convainquit les
AmŽricains que l'espionnage n'Žtait pas
le principal facteur du succs des
SoviŽtiques, ces derniers ayant
dŽcouvert des techniques
originales.
Le discours de Truman en 1945 fut
suivi de restrictions considŽrables ˆ la
diffusion des connaissances
scientifiques, acquises ou futures, dans
le domaine fondamental de la
connaissance de la
matire.
Les
restrictions.
Les AmŽricains imposrent mme
des restrictions ˆ l'acquisition des
connaissances. L'Žpisode des 5
cyclotrons des universitŽs japonaises,
en novembre 1945, est cŽlbre. Ils
dŽmontrent et jetrent dans l'OcŽan
Pacifique ces 5 cyclotrons, instruments
pesant plusieurs tonnes, servant ˆ
accŽlŽrer les particules. L'un de ces
appareils avait ŽtŽ achetŽ aux
ƒtats-Unis, et le commandement suprme
avait autorisŽ leur usage, le
restreignant cependant aux recherches
bio-mŽdicales.
Alors que des ŽvŽnements
historiques tels qu'une naissance ou un
meurtre peuvent tre cachŽs indŽfiniment
ˆ autrui s'il n'y a pas eu de tŽmoins,
il n'en est pas de mme des secrets de
la nature, surtout pour ce qui est des
propriŽtŽs de la matire inanimŽe qui
est la mme
partout.
Les restrictions imposŽes par la
force ˆ la libre diffusion des
connaissances scientifiques, pour des
motifs politiques, militaires ou
industriels, sont contraires au
vŽritable esprit scientifique. Pierre et
Marie Curie ne voulurent pas prendre de
brevets sur le radium et la
radioactivitŽ, afin que tous puissent en
profiter.
Tribunaux
secrets
d'aujourd'hui.
On peut voir un hŽritage des
mŽthodes autoritaires en matire de
science, dans la pratique du secret
qu'imposent les revues dites de pointe
d'aujourd'hui: les manuscrits sont jugŽs
par des juges anonymes, dont l'identitŽ
n'est pas dŽvoilŽe aux auteurs. La
plupart de ces revues de pointe sont
contr™lŽes par des AmŽricains Žminents.
RŽmy Chauvin s'est ŽlevŽ contre cette
pratique. (7)
Surtout en cas de refus du manuscrit
soumis, c'est un moyen prŽcieux, la
discrŽtion Žtant assurŽe, pour un
collgue Žminent de bŽnŽficier, pour ses
propres travaux, de la 1re connaissance
de ce que l'auteur du manuscrit a
dŽcouvert et, mme, de retarder la
notoriŽtŽ d'un compŽtiteur
gnant.
Club
Atomique (1945-1964)...
Un club est un cercle fermŽ,
d'accs limitŽ, qui rŽunit des amis de
coeur ou de nŽcessitŽ, ou du moins des
partenaires, croyant avoir besoin les
uns des autres et qui veulent exclure
les tiers. Ce fut le cas du club
atomique. On peut le faire remonter ˆ
1943. Il Žtait entirement anglo-saxon,
rŽsultant de l'accord de QuŽbec signŽ
par Churchill et Roosevelt, le 19 aožt
1943 accord qui conduisit ˆ la crŽation
d'un comitŽ tripartite situŽ ˆ
Washington, o le Canada avait obtenu un
sige, occupŽ par C. D. Howe,
anglo-saxon.
Pour le public, ce club atomique
ne devait appara”tre qu'en aožt 1945.
DominŽ par son doyen et fondateur
l'Oncle Sam (Hiroshima, 6 aožt 1945), on
y trouva John Bull (ds 1943 et
Montebello, 3 octobre 1952), puis vint
l'Ours soviŽtique (automne 1949), et
finalement Marianne la Franaise
(Reggan, 13 fŽvrier 1960). Le Canada y
jouait un r™le effacŽ de satellite ˆ la
fois des Anglais et des AmŽricains. Il
renona ds le dŽbut aux applications
militaires, mais il possde la bombe par
personnes interposŽes: il possde
"le parapluie
nuclŽaire".
Selon la nomenclature de
Goldschmidt, (8) on cessa
de parler d'un club lors des explosions
de la Chine (Sin-Kiang, 15 octobre 1964)
et de l'Inde (1974), et des
potentialitŽs d'Isra‘l. Il y aurait eu
trop de partenaires et les prŽtentions
de cordialitŽ mutuelle auraient ŽtŽ trop
artificielles.
...Club
Atomique
(1953-...)...
Mais un autre club atomique, plus
discret, plus durable et un peu plus
dŽmocratique que celui de 1945, a pris
la relve de celui-ci, avec la crŽation
en 1953 du CERN, Laboratoire europŽen de
recherches nuclŽaires et avec la
crŽation d'un rŽseau d'information
privilŽgiŽe. Donnant donnant: le
chercheur atomiste donne et reoit une
information promptement par tŽlŽmatique
et par des prŽpublications s'il est
membres du club. Il conna”t les
rŽsultats, avant leur parution dans une
revue scientifique accessible ˆ tous.
Cela rappelle le dŽlit d'initiŽ: les
membres du club sont avantagŽs dans la
course aux dŽcouvertes et aux
rŽputations.
Transparence et dŽmocratie
partielles, puisque ce rŽseau est un
club, exclusif par sa dŽfinition mme,
et parce qu'il impose un asservissement
linguistique exclusif ˆ l'anglais. Un
domaine important de la dŽcouverte
contemporaine, celui de la structure de
la matire, se trouve accaparŽ au
bŽnŽfice des Anglo-Saxons et de leurs
amis.
...
et la domination
mondiale.
Le Club Atomique (1953), Žtape de
l'histoire de l'atome, contribue ˆ
l'asservissement linguistique en faveur
de l'anglais et ˆ la domination
amŽricaine. Mais il n'est qu'un
instrument parmi d'autres intervenant
aux mmes fins et se confortant
mutuellement: l'anglais en science
appuie l'anglais dans la chanson et
rŽciproquement. Signalons "La
conqute des
esprits",(9)
livre qui dŽcrit les activitŽs
culturelles des deux agences des
ƒtats-Unis CIA et USICA. (Il ne s'arrte
pas ˆ l'aspect linguistique)
Fortes de la rŽputation de
l'atome, les garnisons amŽricaines n'ont
pas besoin d'ouvrir la bouche pour tre
ŽcoutŽes. Leur prŽsence persuade
naturellement de l'importance de
communiquer en anglais. On Žvalue, au
dŽbut de 1990, que les troupes
amŽricaines comptent 200.000 hommes en
Europe.
Le rŽpertoire postal des
ƒtats-Unis nous fait conna”tre prs de
600 codes ˆ 5 chiffres dirigeant la
correspondance vers leurs bases
militaires dans le monde entier et, par
le fait mme, signalant leur existence.
Exemple:Paris, France: 09777;
Terre-Neuve Canada: 09597,
etc.(9) Voyez
ci-dessous.
Bureaux de poste
militaires des ƒtats - Unis. (Un
soulignŽ marque les pays de la
Francophonie).
Aores,
AlgŽrie, Allemagne,
Angleterre, Antarctique, Antigua, Arabie
Saoudite, Argentine, Australie, Bahamas,
Bahrein,
Belgique, Bolivie,
BrŽsil,
Canada, Chili, CorŽe,
Costa Rica, Cuba, Danemark,
ƒgypte, El Salvador,
ƒquateur, Espagne, Finlande,
France, Grce, Gro‘nland,
Guam, GuatŽmala, Honduras, Hong - Kong,
IndonŽsie, Islande, Isra‘l, Italie,
Japon, KŽnya, LibŽria,
Maroc, Nicaragua, Norvge,
Nouvelle - ZŽlande, Panama, Paraguay,
Pays - Bas, PŽrou, Philippines, Porto -
Rico, Portugal, RŽpublique
Dominicaine,
Seychelles, Singapour,
Soudan, Tha•lande, Turquie, Uruguay,
VŽnŽzuŽla,
Za•re.
"One World or None" (Un
monde unifiŽ ou le nŽant), disait un
manifeste diffusŽ aux ƒtats-Unis en
1945, au dŽbut du club, alors club d'un
seul membre actif. Il le disait en
anglais. La mme idŽe fut reprise aux
Jeux Olympiques de San Francisco en
1984.
C'Žtait dans une chanson
intitulŽe: "One World" (Un
monde unifiŽ).Un vidŽo la prŽsentait
chantŽe sous la Tour Eiffel, au pied
d'un moulin ˆ vent des Pays - Bas,
devant une pagode Japonaise, etc. On la
montrait chantŽe partout, en anglais,
suggŽrant, pour l'unification et la paix
du monde, la nŽcessaire intervention de
l'anglais .
Quant ˆ certains adversaires des
explosions nuclŽaires, franaises et
autres, ils ne s'appellent pas
"Paix verte", ils s'appellent
"Greenpeace" suggŽrant que
l'usage de l'anglais est indispensable
pour deux bonnes causes, la paix et
l'Žcologie.
Les
livres blancs.
Des livres blancs furent publiŽs
en aožt 1945, aprs l'explosion de
Hiroshima, par les AmŽricains, par les
Anglais et par le Canada. Ils rendent
inŽgalement justice ˆ Joliot et aux
Franais, seul le livre des Anglais
relatant fidlement les faits. Les
Franais ne publirent pas de tel livre.
On peut en chercher l'Žquivalent dans
les livres de Bertrand Goldschmidt,
livres que nous avons abondamment
utilisŽs. (8, 11) Signalons
l'oeuvre de l'AmŽricain Spencer Weart,
qui dŽcrit bien le r™le des Franais
dans la dŽcouverte de l'Žnergie
atomique. (12)
Le
sort de
Joliot.
Pour ce qui est des bŽnŽfices
monŽtaires de sa dŽcouverte, Joliot fut
spoliŽ. Lui et ses collaborateurs
reurent des ƒtats-Unis, en 1969, un
montant symbolique de 35.000 $, alors
qu'en temps de paix, ils auraient pu
espŽrer beaucoup plus. Il Žtait facile
pour les AmŽricains de mettre en ligne
de compte leurs propres efforts
scientifiques et techniques, et de
relŽguer dans l'ombre, en comparaison,
l'apport des inventeurs
franais.
Pour ce qui est de sa rŽputation
comme dŽcouvreur de l'Žnergie atomique,
elle lui a valu une gloire immense,
surtout en Europe, mais cette rŽputation
aurait pu normalement, en temps de paix,
lui permettre de rŽaliser des travaux de
recherche scientifique beaucoup plus
ŽlaborŽs dans la voie qu'il avait
trouvŽe. La surveillance allemande
restreignait ses activitŽs. La liste de
ses publications de recherche originale
comprend cependant, aprs 1940, une
bonne douzaine de travaux, dont il est
l'auteur seul ou en collaboration. Parmi
ses collaborateurs, on note Bovet, R.
Courrier, A. Horeau, Irne
Joliot-Curie, A. Lacassagne, Poumeau de
Lille et Pierre
SŸe.
Parmi ses autres publications,
signalons l'article page 1 du No 1 de la
revue Atomes, dirigŽe par Pierre SŸe,
intitulŽ "L'Žnergie atomique",
en 1946. Cette revue changea de nom plus
tard pour s'appeler La Recherche.
(13)
Joliot
communiste.
Or Joliot Žtait communiste depuis
1942, aprs la torture et l'exŽcution de
deux physiciens: le RŽsistant Fernand
Holweck en 1941 et Jacques Solomon,
RŽsistant et communiste, en 1942. Ë ce
moment, les SoviŽtiques combattaient les
Allemands et les communistes de France
s'organisaient pour combattre les
Allemands de
l'intŽrieur.
Fernand Holweck, le spŽcialiste
du vide, l'inventeur de la pompe
molŽculaire qui porte son nom, n'Žtait
pas tout ˆ fait un inconnu au QuŽbec.
Vers 1925, il fut sollicitŽ pour prendre
la direction d'un DŽpartement de
physique dans la toute nouvelle
UniversitŽ de MontrŽal, fondŽe en 1921.
Pour des raisons personnelles, il ne put
venir et ce fut le QuŽbŽcois Ernest
Gendreau qui assura cette direction. Il
fut remplacŽ par le Franais Marcel
Rouault en 1946
Joliot, qui fit partie de la
RŽsistance en 1944, devenu le premier
personnage du CEA ds sa fondation en
1946, fut glorifiŽ et exploitŽ par le
Parti communiste. Il prit, en mars 1950,
la tte du mouvement de Stockholm pour
la paix, qui obtint 500 millions de
signatures en faveur de l'abolition de
la bombe atomique, mouvement
pro-soviŽtique, malgrŽ la premire
explosion soviŽtique de septembre
1949.
Pour les communistes, Joliot
Žtait un hŽros et il devint un martyr
lorsqu'il fut renvoyŽ de son poste ˆ la
tte du CEA par le Ministre Georges
Bidault, le 26 avril
1950.
Follement acclamŽ, le 5 avril
1950, devant le XIIe congrs du Parti
communiste franais ˆ Gennevilliers,
Joliot avait provoquŽ le Gouvernement
franais:
"Jamais les scientifiques
progressistes, les scientifiques
communistes, ne donneront une parcelle
de leur science pour faire la guerre
contre l'Union soviŽtique. Et nous
tiendrons ferme, soutenus par notre
conviction qu'en agissant ainsi, nous
servons la France et l'humanitŽ tout
entire".
Cette dŽclaration de Joliot
reprenait l'idŽe du SecrŽtaire gŽnŽral
du PC Jacques Duclos: "Tout homme
de progrs a deux patries, la sienne
et l'Union
soviŽtique".
[Sur un registre trs diffŽrent,
la citoyenne amŽricaine JosŽphine Baker
s'Žtait fait applaudir, vers 1930, pour
avoir proclamŽ plusieurs fois, seins nus
et cheveux au vent: "J'ai deux
amours, mon pays et Paris". Les
PrŽsidents amŽricains Coolidge et Hoover
n'avaient pas protestŽ, le PrŽsident
franais Gaston Doumergue non
plus].
Les enthousiasmes de Joliot,
d'Aragon et de plusieurs autres
intellectuels franais Žpris de libertŽ,
pour un rŽgime aussi oppresseur et
sanguinaire que celui de Staline,
paraissent relever de l'utopie et de la
dŽsinformation. Les sympathies
communistes de Joliot s'expliquent par
sa triple opposition: ˆ l'occupation
allemande, ˆ la domination amŽricaine
sur la France et ˆ la bombe. Son
aveuglement s'explique par l'adulation
dont il Žtait
l'objet.
Dans le climat politique de 1990,
alors qu'AmŽricains, Franais et
SoviŽtiques fraternisent, une telle
dŽclaration de Joliot n'aurait pas sa
raison d'tre. Sa dŽclaration de 1950
peut ainsi passer pour prophŽtique mais,
en 1950, elle Žtait provocante. Le
Gouvernement franais n'avait pas le
choix, il fallait le destituer Les
AmŽricains et les communistes
jubilaient, la France et surtout Joliot
y perdaient.
Dans son zle
pro-communiste,
Joliot fit un grand nombre de
nominations partisanes au CEA. De la
sorte, bien des non-communistes valables
et bien des espŽrances lŽgitimes furent
sans doute
frustrŽs.
FiertŽ
franaise.
Il ne fait pas de doute que la
France s'est conduite avec un sens aigu
de sa fiertŽ nationale vis-ˆ-vis des
Anglais. En juin 1940, pendant l'exode
des Franais fuyant Paris, on raconte
que Churchill arriva par avion ˆ OrlŽans
et proposa au Gouvernement franais,
dirigŽ par Paul Reynaud, de crŽer un
Gouvernement unique conjoint France
Angleterre. Reynaud refusa, le 16
juin 1940 et Churchill repartit
bredouille.
Le 3 juillet 1940, ˆ
Mers-el-KŽbir devant Oran en AlgŽrie,
les Anglais ont tirŽ sur les navires
franais qui refusaient leur ultimatum:
se joindre ˆ la marine britannique ou
appareiller pour l'Angleterre. Le navire
Bretagne bržla et prs d'un millier de
marins franais
pŽrirent.
Quant aux relations avec les
AmŽricains, Lacouture expose les
divergences entre De Gaulle et
Roosevelt.(5)
Mais la fiertŽ franaise ne
comprend pas toujours la fiertŽ pour
l'usage de la langue
franaise.
Virage
vers
l'anglais.
Les deux Franais, parvenus en
Angleterre en 1940, rencontrrent le
Colonel RenŽ Mayer de la France libre
puis se tinrent ˆ l'Žcart de celle-ci.
(8,
p. 142)
Finalement employŽs par les autoritŽs
britanniques, polyglottes, ils
utilisrent naturellement l'anglais pour
leurs relations officielles. Cet usage
se transporta, en 1943, au laboratoire
de MontrŽal, peuplŽ surtout de
Britanniques et de Canadiens de langue
anglaise, si l'on excepte le personnel
subalterne.
Ces Franais parlaient franais
entre eux et le franais Žtait la langue
commune entre tous les scientifiques
d'Europe continentale prŽsents au
Laboratoire de MontrŽal. Outre les cinq
Franais, on y trouvait les Autrichiens
Friedrich et Franz Paneth, le Hongrois
George Placzek et l'Italien Bruno
Pontecorvo. Mais ds qu'il se trouvaient
en prŽsence d'un Canadien (de langue
anglaise) ou d'un Britannique, la
conversation virait ˆ l'anglais. Les
rapports, destinŽs aux autoritŽs du
Canada et des ƒtats-Unis, Žtaient
obligatoirement en
anglais.
Moins naturel appara”t le choix
de Halban, Joliot et Kowarski, en 1939,
d'adresser leurs deux communications qui
firent Žpoque, ˆ la revue anglaise
Nature. N'avaient-ils pas, ˆ Paris mme,
accs aux Comptes rendus de l'AcadŽmie
des sciences, hebdomadaire publiant
rapidement, en franais, les notes
soumises par l'intermŽdiaire d'un membre
de l'AcadŽmie? (Leur article en
collaboration avec Francis Perrin parut
dans le Journal de physique et le
Radium). (1, 2, 3)
Selon Weart, ce fut ˆ cause d'une
figure, dont la publication aurait pu
retarder la parution dans les Comptes
rendus. Une autre version, que l'auteur
tient probablement de Kowarski, se base
sur les jours de la semaine. Lorsque la
communication aux Comptes rendus est
imprimŽe, elle porte la date du lundi,
jour de la prŽsentation devant
l'AcadŽmie des sciences. Leur manuscrit
Žtait prt le mardi 8 mars. La date de
rŽception signalŽe par Nature pouvait
tre ds le lendemain, mercredi 9 mars,
antŽrieure ˆ la date du lundi suivant,
14 mars. Les auteurs gagnaient donc 5
jours. Ce mardi 8 mars, Kowarski alla au
Bourget pour porter l'enveloppe ˆ
l'avion partant vers
l'Angleterre.
Il fallait, de prŽfŽrence, parler
anglais avec les dirigeants amŽricains.
Ainsi, on peut faire remonter aux deux
scientifiques franais exilŽs
l'acceptation de l'anglais comme langue
scientifique par les autres
scientifiques franais pendant la
guerre, acceptation dont les
consŽquences persistent de nos
jours.
FrŽdŽric Joliot et Irne Joliot -
Curie, ne parlant pas anglais, se
trouvaient dŽsavantagŽs (de mme Henri
Laugier), selon Goldschmidt. (8, p.
42, 11, pp. 41, 297,
430)
Ce sont les seules remarques d'ordre
linguistique qu'on a pu trouver dans les
livres de cet auteur. Joliot et sa femme
apparaissent, dans cette histoire, comme
des hŽros non seulement de la France et
de la dŽcouverte scientifique, mais
aussi de la langue franaise. Dans les
sympathies pro-communistes de Joliot,
les scientifiques amŽricains ont trouvŽ
un argument de plus contre la langue
franaise.
Canada,
pays de la Francophonie?
En 1942, le Canada accueillait
cinq Franais, parmi lesquels deux
auteurs de la dŽcouverte, fondŽs de
pouvoirs de Joliot. Qu'a fait le Canada
pour affirmer le caractre francophone
de l'entreprise et pour assurer la
participation politique des Francophones
du Canada?
Le Canada ne fit exactement
rien ˆ cet Žgard. "Le
Canada", dans cette affaire, cela
se rŽsume, pour l'histoire, ˆ deux
ministres du cabinet d'Ottawa: C. D.
Howe et W. L. M. King. Les autres ne
savaient rien. Les ministres
francophones qui reprŽsentaient les
Canadiens-franais et les QuŽbŽcois dans
ce Cabinet ne savaient rien. Entre juin
1942 et aožt 1945, Žpoque durant
laquelle rŽgnait le secret sur
l'existence du Laboratoire de MontrŽal,
voici ces ministres francophones: Ernest
Bertrand, Alphonse Fournier, LŽo Richer
LaFlche, Paul J. J. Martin,
Joseph Enoil Michaud et Louis
Stephen
Saint-Laurent.
Ce dernier fut pourtant le bras
droit du 1er Ministre William Lyon
Mackenzie King. Il fut Žlu en
remplacement de Ernest Lapointe, dŽcŽdŽ,
et dans le mme comtŽ que lui, dans la
ville de QuŽbec, en 1941. Il joua un
r™le de premier plan pour faire accepter
la conscription dŽguisŽe (le
"volontariat obligatoire"), ˆ
la population francophone. C'est ainsi
qu'eut lieu le dŽsastreux dŽbarquement
de Dieppe, le 18 aožt
1942.
La biographie officielle de Louis
S. Saint-Laurent ne mentionne mme pas
la question du Laboratoire de MontrŽal
et la participation du Canada au projet
conjoint avec les ƒtats-Unis et
l'Angleterre. (14)
Saint-Laurent n'en fut informŽ qu'en
aožt 1945.
Cette opinion se trouve confirmŽe
par des passages de deux auteurs (11,
15).
Pour le meilleur comme pour le pire,
Howe et King prirent donc sur eux tout
ce qui se faisait en secret au sujet de
l'atome au Canada, et leur politique fut
purement anglo-saxonne.
Ce qui s'Žtait fait en secret se
continua en demi-secret ˆ partir d'aožt
1945. L'Žnergie atomique au Canada et au
QuŽbec Žtait lancŽe selon les idŽes de
Howe et de King. Saint-Laurent laissa
faire et il laissa faire dans la suite,
aussi bien que ses 5 collgues
canadiens-franais.
Les Francophones du QuŽbec et du
Canada avaient donnŽ leur confiance ˆ
ceux qu'ils avaient Žlus dans le systme
politique d'alors: leurs imp™ts
servirent ˆ dŽfrayer une entreprise sur
laquelle ils n'eurent aucun contr™le
puisqu'il fut dŽcidŽ en haut-lieu qu'ils
n'en sauraient
rien.
Une politique francophone de la
part d'Ottawa aurait pu se pratiquer,
avec la participation du QuŽbec. Elle
aurait permis de rŽclamer pour la France
un r™le politique ˆ la mesure de
l'importance des dŽcouvertes de Joliot.
Elle aurait conduit ˆ l'usage de la
langue franaise dans l'entreprise. Elle
aurait assurŽ aux QuŽbŽcois une pleine
connaissance de ce qui se passait chez
eux, avec la possibilitŽ pour eux de
dŽcider de ce qu'ils voulaient faire
dans cette
entreprise.
La population du QuŽbec et la
population francophone du Canada ne
furent gure mieux traitŽes, ˆ l'Žpoque,
que celles de Bikini ou d'Eniwetok: on
avait besoin du territoire comme champ
d'opŽrations. De plus, on avait aussi
besoin des imp™ts et de percepteurs
d'imp™ts, et de soldats pour les
dŽbarquements en
Europe.
Quant aux politiciens du
Gouvernement du QuŽbec, les journaux les
ont renseignŽs en mme temps qu'ils
renseignaient les politiciens de
Patagonie et de
Zanzibar.
ƒnergie
atomique du Canada LtŽe
Il ne faut pas s'Žtonner si les
QuŽbŽcois, mis au courant aprs coup de
ce qui s'Žtait passŽ chez eux, regardent
aujourd'hui avec mŽfiance ou
indiffŽrence EACL ƒnergie atomique du
Canada LimitŽe, qui a pris la succession
du laboratoire de
MontrŽal.
Le personnel d'EACL est ˆ 94,6 %
anglophone, les employŽs francophones,
formant 5,4 % du total, Žtant surtout
des subalternes. EACL emploie 4200
personnes dont 225 francophones rŽpartis
comme suit: 10 au sige social, 131 dans
les laboratoires de recherche et 84 aux
opŽrations CANDU. Elle compte 8
ingŽnieurs francophones. Elle emploie 38
spŽcialistes francophones, parmi
lesquels on compte 3 physiciens, 1
chimiste, 2 autres scientifiques, 14
techniciens et 18 technologues.
(16)
Cette compagnie "de la
Couronne" cožte cher chaque annŽe
au contribuable francophone du Canada et
du QuŽbec. Son budget annuel est de
l'ordre de 300 millions de $ Canada. Ce
montant peut se mettre en parallle avec
les dŽpenses, voisines de 2 milliards de
$ E-U., qui ont permis aux AmŽricains de
fabriquer la 1re
bombe.
L'Žnergie atomique est
pratiquement inutile au QuŽbec,
abondamment pourvu d'hydro-ŽlectricitŽ.
L'unique centrale atomique au QuŽbec,
Gentilly II, contribue 4 % de la
consommation d'ŽlectricitŽ du QuŽbec.
Elle a cožtŽ 1.300 millions de $ Canada.
Le QuŽbec n'ayant pas d'uranium sur son
territoire et ne pouvant d'ailleurs pas
Žchapper au contr™le des AmŽricains en
pareille matire, c'est une mesure de
prudence ŽlŽmentaire pour un QuŽbec
orientŽ vers l'indŽpendance, de ne pas
se placer d'avance ˆ la merci de son
voisin du Sud. Il a des raisons
politiques de ne pas investir dans le
nuclŽaire pour assurer son
approvisionnement
ŽnergŽtique.
EACL se rend par contre utile aux
provinces d'Ontario avec 18 rŽacteurs et
du Nouveau-Brunswick avec un rŽacteur.
Elles y trouvent la source
respectivement de 90 % et de 30 % de
leur ŽlectricitŽ.
En dŽfinitive, l'Žnergie atomique
au Canada, techniquement inutile et
fardeau fiscal pour le QuŽbec, fut un
dommage politique pour les Francophones
du QuŽbec et du reste du Canada. Son
installation et son dŽveloppement ont
donnŽ au Gouvernement d'Ottawa une
occasion d'appliquer, par l'usage
discrŽtionnaire des fonds publics
pendant une longue pŽriode, une
politique qui a diminuŽ les Francophones
par rapport aux
Anglophones.
Cette politique a encore ajoutŽ ˆ
la disproportion entre le pouvoir
d'Ottawa et le pouvoir du QuŽbec. Elle a
eu des retombŽes dans l'Žducation au
QuŽbec, compŽtence exclusive du
Gouvernement du QuŽbec. Le monde
universitaire du QuŽbec et du Canada fut
encore davantage assujetti au
Gouvernement d'Ottawa par l'intervention
de ce dernier dans l'enseignement et la
recherche nuclŽaire. Une politique
appliquŽe aux Francophones ne peut tre
ˆ leur bŽnŽfice que si elle est conue
et appliquŽe par les Francophones
eux-mmes.
Dans la perspective de la
Francophonie mondiale de 1990, on peut
regretter que les Franais, initiateurs
du laboratoire de MontrŽal, n'aient pas
Žtabli davantage le contact avec les
Francophones au pouvoir au QuŽbec et au
Canada. Leurs engagements vis-ˆ-vis de
leur employeur britannique les en
empchait. Eussent-ils ŽtŽ rattachŽs
plus intimement ˆ l'autoritŽ de la
France libre, que les choses auraient pu
tre diffŽrentes.
Francophobie.
Si les AmŽricains tels que le
tout-puissant GŽnŽral Groves avaient ŽtŽ
moins xŽnophobes, ils auraient pu Žviter
de graves dommages. C'est ce que le
Prof. Nils Bohr, avec toute son
autoritŽ, voulut faire comprendre ˆ
Roosevelt et ˆ Churchill, en suggŽrant
un Žchange limitŽ avec les SoviŽtiques,
Il fut ŽvincŽ et mme menacŽ
d'emprisonnement par
Churchill.
Quant ˆ la francophobie
amŽricaine, l'auteur du prŽsent travail
peut apporter une anecdote, qu'il dŽcrit
de mŽmoire aprs 40
ans
"ƒtant dans mon laboratoire
comme professeur ˆ l'UniversitŽ de
MontrŽal, je fus sollicitŽ
tŽlŽphoniquement par un avocat de
New-York. Il voulait me rencontrer au
sujet de Joliot. Naturellement,
j'acceptai et, le lendemain, j'Žtais son
invitŽ ˆ dŽjeuner dans un restaurant de
MontrŽal, en compagnie d'un autre avocat
venu avec
lui."
"Il m'expliqua son dessein.
Il Žtait chargŽ de dŽfendre les intŽrts
de Joliot et de ses collaborateurs dans
l'affaire de ses brevets, auprs du
Gouvernement amŽricain, peu enclin ˆ
reconna”tre que ces brevets avaient de
la pertinence, Žtant donnŽ que Fermi
avait lui aussi trouvŽ, avec quelques
jours de retard sur les Franais, plus
ou moins la mme chose que ces brevets,
Žtant donnŽ que des brevets ne
comptaient gure devant le dŽploiement
industriel des AmŽricains. Il s'agissait
de dŽmontrer que Joliot, Halban et
Kowarski (et Francis Perrin) Žtaient
conscients de l'importance de leur
dŽcouverte. Je leur dis qu'en effet,
mme si je n'entrai au laboratoire de
Joliot, pour y travailler sous la
direction immŽdiate de Halban, qu'au
mois d'aožt 1939, j'avais bien observŽ
l'excitation qui y rŽgnait. De plus,
j'avais reu des consignes sŽvres de
discrŽtion concernant l'eau lourde,
l'uranium, le bŽryllium et le
graphite."
"J'Žtais donc disposŽ ˆ
tŽmoigner dans le sens qu'ils
souhaitaient et tout allait bien jusqu'ˆ
ce moment. Il fut question d'Žtablir un
calendrier pour de futures rencontres
avec un juge instruisant cette affaire.
Mais tout tomba ˆ l'eau quand ils
comprirent que, par souci de ma dignitŽ
et par souci de la dignitŽ des Franais
mis en cause, je tŽmoignerais en
franais. Vous pourrez, leur disais-je,
prendre un juge sachant le franais ou
encore, vous pourrez recourir aux
services d'un interprte si le juge ne
sait pas le franais. Inutile dans ces
circonstances, me dirent-ils, aprs
s'tre regardŽs l'un l'autre. Question
de bonne foi ou de confiance, me
dirent-ils encore, surtout si l'on sait
que vous connaissez l'anglais et que
vous ne voulez pas vous en servir; un
juge sera dŽfiant devant un tŽmoignage
donnŽ dans une langue Žtrangre et ne
s'y arrtera
pas."
"Je protestai que cela me
paraissait bien singulier: peut-on
croire que la justice amŽricaine veut
rendre justice ˆ des Franais si elle
place la langue franaise et ses usagers
en si basse
estime?"
"Je sortis de cette
rencontre persuadŽ encore davantage de
la prŽvention des AmŽricains ˆ
l'encontre des personnes attachŽes ˆ
l'usage du franais. Ë l'encontre de
Joliot par
exemple".
Rien d'Žtonnant, aprs cette
expŽrience, de lire, sous la plume
d'Eisemon et de Rabkin, ce tŽmoignage de
dŽdain envers la langue
franaise:
"After all, if he is any
good, he will say it in
English"
(Aprs tout, s'il vaut quelque
chose, il le dira en
anglais).
Pour
apprŽcier ce tŽmoignage, essayons de le
replacer dans son
contexte.
Eisemon et Rabkin analysaient, en
1976, des tŽmoignages d'ingŽnieurs et de
professeurs montrŽalais francophones et
anglophones sur leur langue d'usage dans
leurs communications orales et Žcrites
de sciences appliquŽes. La citation
mentionnŽe ci-haut reprŽsentait
l'opinion des anglophones, d'anglophones
cultivŽs, sur la langue d'usage des
francophones.
(17)
Autre citation pertinente,
celle-lˆ de l'humoriste amŽricain Mark
Twain. (1835-1910). Il raconte une
conversation entre un fermier du
Far-West et un Franais qui voyage dans
l'Ouest amŽricain. Le Franais ayant dit
quelques mots en franais, le fermier
s'exclame, dans un anglais
savoureux:
"How come a Frenchman is a
man, if he don't speak like a
man"?
(Comment un Franais peut-il tre
un homme, s'il ne parle pas comme un
homme?)
Parler comme un homme veut
donc dire, dans l'esprit dudit fermier,
parler anglais! (18)
Et celui qui n'est pas un homme,
qu'est-il donc, selon ce personnage peu
cultivŽ osant dire tout haut ce que
pense M. tout le
monde?
"Il
faut tre
lu..."
Le grand argument des
scientifiques voulant se justifier de
publier en anglais leurs dŽcouvertes
prŽcieuses est leur dŽsir d'tre
lu: si mon travail para”t en
franais, il ne sera pas lu et je
n'obtiendrai pas justice; si mon travail
para”t en anglais, il sera lu et
j'obtiendrai justice. L'histoire de
l'Žnergie atomique permet de mettre en
doute ce raisonnement et sa conclusion.
Elle suggre qu'il ne suffit pas de
faire usage de la langue anglaise et
d'tre lu pour obtenir justice, surtout
si le travail est valable et
important.
En effet, le travail original de
Halban, Joliot et Kowarski fut publiŽ en
anglais. Halban et Kowarski prirent des
brevets en anglais, en Angleterre puis
au Canada. Leur travail fut lu, en
anglais, et connu des collgues anglo -
saxons et de la communautŽ
internationale. Sa valeur est longuement
affirmŽe dans le livre de Weart.
(12)
Mais ils n'obtinrent justice que
fort incompltement. Les utilisateurs de
l'Žnergie atomique en Belgique et en
Allemagne versrent des droits aux
inventeurs. En Angleterre, il y eut un
arrangement ˆ
l'amiable.
Mais les principaux utilisateurs,
les AmŽricains, refusrent de
reconna”tre les droits des inventeurs,
malgrŽ des dŽmarches cožteuses et
interminables (ils versrent un montant
"symbolique" de 35.000 $ E. -
U.).
Ce qui s'est passŽ au Canada est
moins bien connu. Un collgue de
l'UniversitŽ d'Ottawa nous a renseignŽs.
Il a servi d'expert concernant des
brevets canadiens appartenant ˆ Halban
et ˆ Kowarski. Ces derniers rŽclamaient
une compensation du Gouvernement du
Canada, mais les procureurs du Canada
firent tra”ner les choses et les 2
Franais moururent avant d'avoir obtenu
justice, Halban mourut en 1974, ˆ l'‰ge
de 56 ans, et Kowarski, quelques annŽes
plus tard. (19)
Selon un tŽmoignage recueilli,
"Kowarski cherchait ˆ obtenir un
droit sur chaque neutron produit par
l'industrie nuclŽaire".
(16)
Publications
de Joliot.
Pierre Biquard donne une
bibliographie des publications de
FrŽdŽric Joliot. (19)
Le
dŽcompte montre que Joliot a publiŽ en
franais la grande majoritŽ de ses
Žcrits (93,3 %)
et de ses Žcrits originaux (91,6
%).
Quant ˆ Halban et Kowarski, ils
ont fait para”tre 3 publications en
collaboration avec Joliot, en 1939; 2
d'entre elles sont en anglais (66,7 %).
La proportion en franais est 33,3
%.
(1, 2, 3)
FrŽdŽric Joliot
Publications originales avec Irne
Joliot - Curie
37
dont en anglais
4 (10,8 %)
Autres
publications originales
46
dont en anglais
3 (6,5 %)
________
Total des
publications originales
83
dont en anglais
7 (8,4 %)
Autres
textes
36
dont en anglais
1 (2,8 %)
________
Total global
des publications
119
dont en anglais
8 (6,7 %)
Publications
du CEA.
Le CEA a diversifiŽ ses activitŽs
depuis sa fondation. Il ne s'est pas
restreint ˆ la production d'Žnergie
Žlectrique, fonction qui a ŽtŽ
transfŽrŽe ˆ EDF ƒlectricitŽ de France,
et il a acquis un r™le militaire, pour
crŽer la "force de
dissuasion", atout politique
important. Il a donnŽ naissance ˆ
plusieurs agences officielles. La liste
occupe une pleine page du Bottin
administratif. (21)
Elle comprend des comitŽs, des conseils
et des commissions; des Žtablissements
civils d'Žtudes nuclŽaires et des
filiales telles que Framatome, Epicea,
Cogema etc; des Directions: pour les
questions de dŽfense, pour les
applications militaires, etc. Toute
cette organisation existe sous le sceau
du secret, car on n'y trouve que 3 noms
de personnes, dont celui de Jean
Teilhac, Haut
commissaire.
Au grand centre de Saclay, qui
fut crŽŽ gr‰ce aux efforts de Joliot, on
trouve aujourd'hui le synchrotron
Saturne compris dans le CEN Centre
d'Žtudes nuclŽaires du CEA et des
laboratoires du CNRS Centre national de
la recherche scientifique.
On trouve encore ˆ Saclay
plusieurs autres laboratoires
scientifiques. On y trouve en outre
l'UniversitŽ de Paris XI Orsay, l'IUT
Institut universitaire de technologie
etc. Certains de ces laboratoires
collaborent avec le CERN Laboratoire
europŽen de recherche
nuclŽaire.
Science et Francophonie a fait
para”tre, pour la pŽriode depuis la
fondation du CERN en 1953, jusqu'en
1982, une analyse des publications
rŽsultant d'une collaboration
expŽrimentale des laboratoires de France
avec le CERN. Dans le Tableau XI de
cette analyse, on trouve, sous le titre
"Saclay", les laboratoires du
CEA, du CEN et du CNRS ayant pour
adresse Saclay. Au cours de cette
pŽriode, les chercheurs de ce groupe
"Saclay" ont fait para”tre,
seuls ou en collaboration avec d'autres
chercheurs, 117 articles, tous en
anglais. (22)
Voici un complŽment ˆ l'Žtude
ci-dessus L'analyse des
rapports annuels du CERN de 1983 ˆ 1989
donne les rŽsultats suivants pour les
articles: 209 articles, tous en anglais.
(23)
Le total global est ainsi: 326 articles,
tous en anglais, entre 1953 et 1989.
Proportion en franais: 0
%.
Les Franais, chercheurs du CEA,
ont ainsi publiŽ de faon exclusive
leurs rŽsultats en anglais. Cela
contraste avec la pratique de Joliot
analysŽe plus haut. Voici un
sommaire.
Publications scientifiques
FrŽdŽric Joliot
en anglais
en franais
6,7 %
93,3 %
CEA
Commissariat ˆ l'Žnergie
atomique
en anglais
en franais
100 %
0 %
Visite
au CEA.
Cette aversion caractŽrisŽe
envers la langue franaise,
ŽlŽment essentiel de l'identitŽ de la
France, de la part d'une organisme
officiel qui par ailleurs assure ˆ la
France la possibilitŽ de dŽfendre par la
force nuclŽaire son identitŽ nationale,
para”t surprenante et
paradoxale.
On peut se demander si le CEA ne
serait pas prt ˆ proclamer publiquement
en 1990, en quelque sorte ˆ l'inverse de
Joliot ˆ Gennevilliers en 1950 et en le
pastichant, son acte de foi, non pas
communisant, mais anglicisant et pro -
amŽricain:
"Jamais les scientifiques du
CEA, les scientifiques au service des
intŽrts supŽrieurs de la France, ne
dŽpenseront la moindre parcelle de leurs
Žnergies pour combattre l'usage de la
langue anglaise, celle qui assure la
domination des AmŽricains sur la
communautŽ internationale des
scientifiques. Et nous tiendrons ferme,
soutenus par notre conviction qu'en
utilisant la langue anglaise dans nos
publications de faon exclusive, nous
servons la France et l'humanitŽ tout
entire."
Cela s'accorderait avec ce qui
suit.
Un scientifique appartient ˆ
deux collectivitŽs.
Il possde, pour ainsi dire,
deux nationalitŽs.
En tant que QuŽbŽcois, c'est la
collectivitŽ quŽbŽcoise qui prime, mais
en tant que scientifique, c'est la
collectivitŽ professionnelle qui
l'emporte.
La citation ci-dessus est de
Lorrain et Sainte-Marie,
(24),
qui concluent: "les travaux de
scientifiques quŽbŽcois francophones qui
s'adressent ˆ la communautŽ
internationale devraient tre rŽdigŽs en
anglais".
Aprs tout ce que les Anglo -
Saxons ont fait endurer aux Franais de
l'Žnergie atomique, aprs les vols, les
menaces d'emprisonnement, les mises au
secret, aprs les traitements infamants
infligŽs ˆ Irne Joliot qui fut dŽtenue
ˆ Staten Island prs de New - York, lieu
d'attente des immigrants suspects, aprs
ceux infligŽs ˆ FrŽdŽric Joliot par les
ƒtats - Unis et par l'Angleterre qui lui
refusrent l'entrŽe, n'y-a-t-il pas
lieu, pour le CEA, de prendre garde ˆ
cette sorte de vassalisation qui
s'appelle conqute des
esprits?
Les commentaires suivants
suggrent une telle mise en garde. Ils
sont de GŽrard Bonnot, concernant le
livre de Goldschmidt en 1987.
(4)
Il explique quelques uns des
traits les moins plaisants de notre
actuel Commissariat ˆ l'ƒnergie
atomique: son intransigeance, son
chauvinisme, son gožt forcenŽ du secret,
un curieux mŽlange d'arrogance et de
rancoeur, comme si le monde entier lui
en voulait. Il est nŽ d'une frustration.
Il s'est b‰ti dans le ressentiment, et
il n'arrive pas ˆ se dŽfaire de la
conviction d'tre une victime,
injustement dŽpossŽdŽe de son droit
d'a”nesse.
L'auteur a voulu s'enquŽrir
auprs d'un porte - parole du CEA, qui
fut Paul Bonnet, Inspecteur gŽnŽral du
CEA, chargŽ de la sŽcuritŽ et de
l'information. voici un compte rendu de
la rencontre.
M. Paul Bonnet,
Inspecteur gŽnŽral du CEA,
29, rue
de la FŽdŽration, Paris XVe
Paris, le 28 octobre 1983
Monsieur l'Inspecteur,
Il m'a fait
plaisir de vous rencontrer et de
vous Žcouter au sujet de l'usage de la
langue franaise par les scientifiques
du CEA. Nous avons alors convenu que je
vous demanderais, si vous le vouliez
bien, de nous adresser un texte de 2 ou
3 pages, ˆ l'intention de la revue
Science et Francophonie. Vous m'avez
exprimŽ le dŽsir de recevoir une demande
Žcrite ˆ ce sujet.
Seriez-vous assez aimable de nous
adresser, pour publication dans Science
et Francophonie, une ou deux pages sur
le thme de l'usage de la langue
franaise par les chercheurs de votre
organisme, de la promotion de cet usage,
avec une photographie de vous?
Nous vous en serions
reconnaissants, car nous tenons ˆ ce que
la France prenne sa place et fasse sa
part dans la ligue internationale et
dans la revue.
Escomptant une rŽponse favorable
de vous, ˆ brve ŽchŽance, sincrement ˆ
vous,
Pierre Demers,
RŽdacteur en chef et directeur de
la publication.
P. j.
Formulaire d'adhŽsion.
"M. Bonnet m'a reu, et il
m'a reu correctement mais il fut peu
coopŽratif. Je lui demandai ce qu'il
voudrait faire pour promouvoir l'usage
du franais dans les publications des
chercheurs du CEA, entre autres au CERN,
alors que le CEA a une tradition de chef
de file pour dŽfendre les intŽrts
supŽrieurs de la France et malgrŽ les
reculs successifs de la France devant
l'invasion de la langue
anglaise."
"Il ne voulut pas rŽpondre ˆ
ma question, il ne voulut pas que je
prenne une photo de lui, il refusa aussi
que j'enregistre ses propos et il ne
voulut mme pas que je prenne de notes
en sa prŽsence. Il me montra des livres
de 500 ou 600 pages sur l'Žnergie
atomique, Žcrits en franais par le
personnel du CEA. L'existence de ces
livres dŽmontre un souci d'utiliser la
langue franaise au CEA, du moins dans
certaines sortes de publications. Ils ne
sont pas disponibles en librairie. Il ne
voulut pas que j'en emporte un
exemplaire".
"Cependant il convint que je
lui Žcrirais ˆ ce propos, ce que je fis,
le lendemain 28 octobre
1983".
Sept ans plus tard, j'attends
encore la rŽponse. Paul Bonnet, qui a
pris sa retraite depuis ce
temps;.trouvera-t-il le temps de nous
rŽpondre
maintenant?
Francisation.
Dans les 2 livres de Goldschmidt,
je n'ai trouvŽ aucune allusion ˆ une
affirmation de la langue franaise. J'ai
cependant trouvŽ, une seule fois, le mot
francisation, ou plut™t le verbe
correspondant: "franciser";
voici l'extrait: (8, p.
476)
La conjonction des efforts
d'E.D.F., du C.E.A. et de Framatome pour
"franciser" cette filire aura
ainsi portŽ ses
fruits.
Cette citation marque bien la
dichotomie qu'entretiennent la plupart
des Franais sur l'idŽe de ce qui est
franais. Franciser se limite ici ˆ
la technique des
Franais.
Pendant ce temps, l'OLF Office de
la langue franaise du QuŽbec diffuse
une revue "Francisation en
marche". Il s'agit ouvertement
de la langue des Franais, d'une
vŽritable bataille pour la langue
franaise, bataille o les Francophones
du QuŽbec sont loin d'avoir pour eux
l'atout de l'Žnergie atomique et de la
bombe atomique. Il s'agit de dŽfendre
l'identitŽ d'un peuple de descendants de
Franais, de l'avenir des relations des
Franais de France avec le monde nord -
amŽricain.
Et pendant ce temps, les
Francophones de France, eux qui
possdent l'atout de la bombe atomique,
se sont laissŽ conquŽrir par le pire
adversaire de l'identitŽ franaise, par
la langue anglaise, ils en sont les
adeptes et les
propagandistes.
Cette dichotomie - cette
dŽcadence, commena de
s'installer ˆ cause des concessions ˆ la
langue anglaise que 2 Franais,
naturalisŽs depuis peu, chargŽs des
dŽcouvertes de Joliot, acceptrent et
choisirent de faire, pour poursuivre
efficacement leur travail en Angleterre
puis au QuŽbec. Arrivant en Angleterre,
ils se mirent en relation avec les
Anglais, non avec la France
Libre.
Conclusion.
Si De Gaulle avait su, s'il avait
ŽtŽ informŽ ds le dŽbut et tenu
pleinement informŽ par la suite, cette
dichotomie entre France et langue
franaise se serait-elle installŽe, avec
les rŽsultats catastrophiques que l'on
voit aujourd'hui?
(Figures
ˆ venir). (Ë suivre dans le No 30).
RŽfŽrences.
1. Hans
Halban, FrŽdŽric Joliot et Lew Kowarski
1939,
(LibŽration
de neutrons dans l'explosion nuclŽaire
de l'uranium),
Nature,
143, 470.
2. Hans
Halban, FrŽdŽric Joliot et Lew Kowarski
1939,
(Nombre
des neutrons libŽrŽs dans la fission
nuclŽaire de l'uranium provoquŽe par les
neutrons lents),
Nature,
143, 680.
3. Hans
Halban, FrŽdŽric Joliot, Lew Kowarski et
Francis Perrin
1939,
Mise en
Žvidence d'une rŽaction en cha”ne au
sein d'une masse
uranifre,
J. Phys.
Radium, 10, 428.
4. GŽrard
Bonnot 1987,
L'atome
ne se partage
pas,
Le Nouvel
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septembre, 78, 79,
82.
5. Jean
Lacouture 1985,
De
Gaulle I, II,
III,
Seuil
6. Luc
Chartrand, Raymond Duchesne et
Yves Gingras 1988,
Histoire
des sciences au
QuŽbec,
BorŽal.
7. RŽmy
Chauvin
1988,
Lettre,
Science et
Francophonie 234,
3.
8. Bertrand
Goldschmidt 1980,
Le
complexe
atomique,
Fayard.
9. Pierre
Demers 1983,
"La
conqute des esprits", Jean
Eudes,
Science et
Francophonie No 3,
33-34
10.
(Service postal des ƒtats - Unis)
1983,
(RŽpertoire
national.1984 des
codes...),
Washington DC 20260 -
7233.
11.
Bertrand Goldschmidt
1987,
Pionniers
de l'atome,
Stock.
12. Spencer
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La
Grande Aventure des atomistes
franais,
Fayard.
13.
FrŽdŽric Joliot
1946,
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17. Eisemon
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nos scientifiques publient en
franais,
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1979.-1980, 102
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18. Mark
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nos scientifiques publient en
franais,
PUM,
1979.-1980, 102
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19. Jacques
HŽbert 1990,
Communication
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20. Pierre
Biquard 1961,
Joliot -
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S. A. 1989,
Bottin
administratif,
Žditions
Bottin.
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1984,
Le
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No 6,
avril, 18 - 26.
23. CERN
1983 - 1989,
Rapports
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Genve.
24. Paul
Lorrain et DorothŽe Sainte - Marie
1983,
Note sur
l'usage du franais dans les
communications
scientifiques,
Science et
Francophonie No 4A, 16 -
20.
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Fig. 3
http://www.er.uqam.ca/nobel/c3410/SSF29p14bis.gif
Fig. 4
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Fig. 6
ˆ suivre ...
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