SF29.htm

Si De Gaulle l'avait su!

(Joliot, l'atome et la Francophonie).

Pierre Demers. Traduction interdite.

RŽsumŽ. Joliot et ses collaborateurs, dŽcouvrant, en 1939, la possibilitŽ d'obtenir de l'Žnergie par une rŽaction en cha”ne ˆ partir de l'uranium, continuaient une tradition franaise remontant ˆ une observation photographique de 1858 et ˆ une expŽrience de Becquerel de 1896. Quel fut le sort de cette dŽcouverte? Tous le savent: par leur mainmise sur l'atome, les AmŽricains installrent l'hŽgŽmonie politique, militaire et linguistique des Anglo-Saxons, mettant de c™tŽ les principes de transparence essentiels ˆ la vie scientifique. La tradition franaise fut brutalement interrompue et ne put reprendre qu'avec retards et entraves de la part des pays anglo-saxons. 50 ans plus tard, on cherche ˆ Žtablir un bilan en termes de pertes et de bŽnŽfices, pour les auteurs de la dŽcouverte, pour la France, pour le QuŽbec et pour la langue franaise ˆ travers le monde. Ce bilan est catastrophique. - Ceci est un extrait de Science et Francophonie No 29, janvier 1990.

 

Une tradition franaise.

 

         On peut faire remonter l'histoire de l'Žnergie nuclŽaire ˆ certaines expŽriences de photographie, faites par Abel Niepce de Saint-Victor, cousin de NicŽphore Niepce, l'inventeur de la photographie. Il nota en 1858 que les sels d'uranium noircissent les plaques sensibles. Henri Becquerel, ˆ la suggestion de Henri PoincarŽ, refit les expŽriences et reconnut, en 1896, qu'il s'agissait d'un rayonnement spontanŽ: il avait dŽcouvert la radioactivitŽ. Pierre et Marie Curie dŽcouvrirent le radium et le polonium, ŽlŽments radioactifs, en 1898.

 

         En 1903, Pierre Curie mesurait la chaleur dŽgagŽe sans arrt par le radium et, en recevant le Prix Nobel, il dŽclarait ˆ propos de l'Žnergie mise en jeu dans la transformation des atomes:
"Je suis de ceux qui pensent que l'humanitŽ tirera plus de bien que de mal des dŽcouvertes nouvelles".

 

         Ayant dŽcouvert la radioactivitŽ artificielle, FrŽdŽric Joliot, devenu le gendre de Pierre Curie, dŽclarait dans son discours de rŽception du Prix Nobel en 1935: "des chercheurs brisant ou construisant des atomes ˆ volontŽ, sauront rŽaliser des rŽactions nuclŽaires en cha”nes explosives. Si de telles transmutations arrivent ˆ se propager dans la matire, on peut concevoir l'Žnorme Žnergie utilisable qui sera libŽrŽe".

 

         Les publications dŽcisives sont datŽes du 7 mars et du 7 avril 1939. Halban, Joliot et Kowarski y annoncent que la fission de l'uranium produit des neutrons, qu'elle en produit plus qu'elle n'en consomme, et qu'elle en produit plus que deux. (1, 2) La condition pour rŽaliser une rŽaction en cha”ne Žtait donc disponible. Les 3 auteurs et Francis Perrin prirent des brevets. (3) De ces brevets, trois Žtaient secrets et en association avec le CNRS (alors la Caisse nationale de la recherche scientifique), datŽs du 1er et du 4 mai 1939. Un autre est datŽ d'avril 1940.

 

Franais ˆ l'Žtranger.

 

         Entre-temps, la guerre avait ŽtŽ dŽclarŽe officiellement, le 1er septembre 1939, par la France et l'Angleterre. L'invasion de la France ne se fit qu'en mai 1940 et, ˆ cette occasion, Halban et Kowarski passrent en Angleterre avec un prŽcieux stock d'eau lourde, qui allait servir, ˆ Cambridge, ˆ des expŽriences prŽvues de concert avec Joliot. Mettant en jeu cette eau lourde et de l'uranium, ils dŽmontrrent avec une quasi-certitude, en dŽcembre 1940, la possibilitŽ de rŽaliser une pile, gŽnŽratrice d'Žnergie atomique. Ils prirent des brevets en Angleterre.

 

"L'atome ne se partage pas".

 

         Le titre ci-dessus, de GŽrard Bonnot, (4) dŽcrit bien ce qui se passa dans la suite. Les deux Franais voulurent intŽresser les Anglais et ceux-ci acceptrent. Puis les AmŽricains voulurent un partage des connaissances avec les Anglais, qui refusrent. Mais la situation changea rapidement. Les AmŽricains prirent le projet en mains et ne voulurent pas mettre en commun recherches et rŽalisations avec les Anglais. De dŽsespoir, les Anglais dŽcidrent que, mme sans le plein concours amŽricain, le Canada leur Žtait accessible; ils y crŽrent, fin 1942, un laboratoire o nos deux Franais dŽjˆ mentionnŽs, ainsi que trois autres dŽjˆ en AmŽrique du Nord, trouvrent ˆ s'occuper. Ils choisirent MontrŽal, mŽtropole francophone et internationale attrayante pour les EuropŽens qui allaient s'y rassembler.

 

         Il y eut cinq Franais ˆ ce laboratoire: Halban et Kowarski dŽjˆ mentionnŽs, Pierre Auger, Bertrand Goldschmidt et Jules GuŽron. Ils furent l'objet de suspicions constantes de la part des autoritŽs amŽricaines du projet Manhattan dirigŽ par le GŽnŽral Leslie Groves, et on songea mme ˆ les interner, de crainte que leurs connaissances puissent servir aux ennemis des AmŽricains, c'est-ˆ-dire aux Allemands ou mme aux SoviŽtiques pourtant alliŽs mais rivaux des AmŽricains.

 

         Les AmŽricains redoutaient aussi la rivalitŽ de la France. Avec leurs cousins d'Angleterre ou leurs bons voisins du Canada, ils se sentaient un peu plus en confiance, mais ils n'avaient aucune volontŽ d'une mise en commun de leurs connaissances avec la France ni, bien sžr, avec les autres pays. C'Žtait dŽjˆ le Club atomique, un partenariat de trois pays anglo-saxons.

 

Vassalisation de la France.

 

         Les grandes rŽserves des AmŽricains ˆ l'Žgard des Franais contrastent avec l'Žmouvante gŽnŽrositŽ qu'ils ont manifestŽe envers la France, dont tŽmoignent les grands cimetires militaires amŽricains marquant les territoires du nord de la France et de la Belgique. Ce contraste permet de douter de la puretŽ de leurs intentions: voulaient-ils libŽrer la France ou la conquŽrir? De Gaulle ne voulait pas que la France fut mise en tutelle. (5)

 

Le Projet franais...

 

         Les sentiments anti-franais des AmŽricains se manifestrent ˆ plusieurs reprises. En refusant l'accs ˆ des renseignements et ˆ l'uranium, ils gnrent et retardrent de plusieurs annŽes le dŽmarrage du projet d'Žnergie atomique crŽŽ en France aprs la libŽration (qui eut lieu le 25 aožt 1944 et aprs la reddition de l'Allemagne nazie, (le 8 mai 1945). Ce projet fut mis en marche le 3 janvier 1946, aprs avoir ŽtŽ crŽŽ, sous le nom de Commissariat ˆ l'Žnergie atomique CEA, le 18 octobre 1945.

 

... et le vol amŽricain.

 

         Entre autres exemples de malveillance de la part des forces armŽes amŽricaines, celles-ci s'emparrent de force, ˆ la pointe des mitrailleuses, d'un stock de 31 tonnes d'un composŽ d'uranium gardŽ en sŽcuritŽ ˆ Toulouse, qui Žtait aux mains des Forces franaises de l'intŽrieur. Elles l'enlevrent aux Franais et, l'ayant chargŽ ˆ Marseille, l'emportrent aux ƒtats-Unis. C'Žtait le 11 octobre 1944. De Gaulle avait dŽcrŽtŽ la mobilisation gŽnŽrale sur le territoire franais libŽrŽ, depuis juin 1944.

 

         Le projet franais a obtenu un succs immense, puisque la France a devancŽ tous les pays du monde dans la production d'ŽlectricitŽ par des centrales nuclŽaires. Plus de 70 % de son ŽlectricitŽ est d'origine nuclŽaire. La France a donc pris sa revanche sur les AmŽricains, dont l'industrie nuclŽaire conna”t des difficultŽs, dans le domaine civil comme dans le domaine militaire. On peut dire que la France a maintenant repris, ˆ ce point de vue, le cours de sa tradition remontant ˆ 1858, au point de vue des applications de la dŽcouverte de 1939. Ë quel prix, c'est ce que nous allons voir.

 

Belgique.

 

         La Belgique, pays de la francophonie, fut envahie le 10 mai 1940. Avant cette date, deux industriels belges, Gustave Lechien et Edgar Sengier, administrateurs de l'Union minire du Haut - Katanga, situŽe au Congo, alors colonie belge, apportrent une aide, qui devait se rŽvŽler significative pour le projet franais d'aprs-guerre. Ils expŽdirent, en mai 1939 puis en mars 1940, un total de 8 tonnes d'oxyde d'uranium. Ce stock fut cachŽ aux Allemands et, retrouvŽ au Maroc, il permit, en 1946, le dŽmarrage des travaux du CEA de France.

 

QuŽbec.

 

         Le Canada Žtait dŽsignŽ, pour les gouvernants anglais, comme partie de l'Empire et voisine des ƒtats-Unis, pour recevoir le laboratoire qu'ils voulaient crŽer. C'est le Ministre canadien Clarence Decatur Howe qui se chargea de l'accueillir dans le plus grand secret. Parmi ses collgues du Gouvernement d'Ottawa, seul le 1er Ministre Mackenzie King fut mis dans le secret, ˆ l'exclusion des autres membres du cabinet.

 

         Le QuŽbec s'est donc trouvŽ sur le chemin de l'atome politiquement britannique, et scientifiquement franais et international, ˆ cause de l'affection de Halban pour la Francophonie, pour qui il Žtait naturel de choisir MontrŽal, par ailleurs noeud de communications et mŽtropole. Quant au choix de l'UniversitŽ de MontrŽal pour loger le laboratoire, ce fut un Franais, Henri Laugier, professeur ˆ cette universitŽ, qui indiqua qu'elle possŽdait de grands espaces disponibles partiellement amŽnagŽs.

 

         Quand vint le moment d'installer une usine atomique au Canada, le Canadien George Laurence avait repŽrŽ deux sites acceptables: Chalk River, anciennement nommŽe Rivire ˆ la Craie par Champlain, sur l'Outaouais en Ontario, et un autre sur le Saint-Maurice au QuŽbec. Le site quŽbŽcois fut rejetŽ par le Gouvernement canadien, l'une des raisons Žtant la possibilitŽ que le QuŽbec devienne Žventuellement indŽpendant. Mme le site ontarien fut critiquŽ pour une question de frontire avec le QuŽbec. En effet, le QuŽbec et l'Ontario ne sont sŽparŽs, ˆ cet endroit, que par la rivire des Outaouais large d'une centaine de mtres. Voyez (6).

 

La bombe.

 

       Il est inutile de dŽcrire ici les succs nuclŽaires des AmŽricains, obtenus gr‰ce ˆ leur organisation industrielle, gr‰ce au gŽnie de quelques savants juifs europŽens qu'ils avaient accue’llis, et surtout, gr‰ce ˆ un extraordinaire dŽploiement de discipline et de fiertŽ nationale. Les premiers travaux des Franais en France et en Angleterre leur ont servi de point de dŽpart, mais les travaux du Laboratoire de MontrŽal, dont ils Žtaient informŽs dans tous les dŽtails, leur furent parfaitement superflus dans l'obtention de la bombe.

 

       Le 6 aožt 1945, la bombe de Hiroshima faisait ses ravages et le monde entier apprenait la puissance incontestable des ƒtats-Unis. La dŽclaration du PrŽsident Truman annona une domination mondiale, au nom de Dieu qui a confiŽ aux AmŽricains la mission de dŽfendre le bien contre le mal.

 

      "Nous devons nous constituer gardiens de cette nouvelle force afin d'empcher son emploi nŽfaste et afin de la diriger pour le bien de l'humanitŽ. C'est une terrible responsabilitŽ qui nous est Žchue. Nous remercions Dieu qu'elle soit venue ˆ nous plut™t qu'ˆ nos ennemis et nous prions pour qu'Il nous guide pour l'utiliser dans Ses voies et dans Ses buts."

 

La politique du secret.

      

       On peut noter que le discours de Truman ne suggre aucune mise en commun gŽnŽreuse mondiale du capital que constitue l'arme nuclŽaire. Il affirme un Žgo•sme sacrŽ, qui devait aller jusqu'ˆ l'exŽcution, en 1953, en plein temps de paix, des Žpoux Rosenberg accusŽs d'espionnage au profit de l'URSS. Ceux-ci protestrent de leur innocence jusqu'au bout.

 

       Ë la vŽritŽ, n'ayons pas trop de regrets que le Ciel ait voulu faire Žchoir tant de puissance dans cette RŽpublique d'AmŽrique du Nord. S'il avait prŽfŽrŽ certains autres pays moins imbus de morale, le monde aurait peut-tre connu pire...

 

       De toute faon, on peut dire que la logique des dŽcouvertes scientifiques prŽparait pour la France un r™le historique qui lui fut usurpŽ ˆ cause de la guerre et au bŽnŽfice des Anglo-Saxons.

 

         Quant aux craintes et aux prŽcautions des AmŽricains concernant fuites et espionnage, vers l'Allemagne ou vers l'URSS, de la part des Franais , elles furent vaines: les espions se trouvrent en fait chez des Anglo-Saxons: May, Fuchs et Greenglass, sans parler des Žpoux Rosenberg, vraisemblablement innocents, et de Pontecorvo, qui, en 1950, abandonnant son passeport canadien, filait d'Angleterre en URSS. D'ailleurs, les SoviŽtiques avaient un projet en marche et ils eurent la bombe en septembre 1949. Les prŽventions amŽricaines apparaissent maintenant comme ridicules et comme une tache dans leur histoire.

 

         Quand la bombe H (la bombe ˆ hydrogne) des SoviŽtiques Žclata, en novembre 1955, elle suivait de trois ans la 1re bombe H des AmŽricains, et d'un an seulement la 2me bombe H des AmŽricains. L'analyse des effets de la bombe H des SoviŽtiques convainquit les AmŽricains que l'espionnage n'Žtait pas le principal facteur du succs des SoviŽtiques, ces derniers ayant dŽcouvert des techniques originales.

        

         Le discours de Truman en 1945 fut suivi de restrictions considŽrables ˆ la diffusion des connaissances scientifiques, acquises ou futures, dans le domaine fondamental de la connaissance de la matire.

 

Les restrictions.

 

         Les AmŽricains imposrent mme des restrictions ˆ l'acquisition des connaissances. L'Žpisode des 5 cyclotrons des universitŽs japonaises, en novembre 1945, est cŽlbre. Ils dŽmontrent et jetrent dans l'OcŽan Pacifique ces 5 cyclotrons, instruments pesant plusieurs tonnes, servant ˆ accŽlŽrer les particules. L'un de ces appareils avait ŽtŽ achetŽ aux ƒtats-Unis, et le commandement suprme avait autorisŽ leur usage, le restreignant cependant aux recherches bio-mŽdicales.

 

         Alors que des ŽvŽnements historiques tels qu'une naissance ou un meurtre peuvent tre cachŽs indŽfiniment ˆ autrui s'il n'y a pas eu de tŽmoins, il n'en est pas de mme des secrets de la nature, surtout pour ce qui est des propriŽtŽs de la matire inanimŽe qui est la mme partout.

        

         Les restrictions imposŽes par la force ˆ la libre diffusion des connaissances scientifiques, pour des motifs politiques, militaires ou industriels, sont contraires au vŽritable esprit scientifique. Pierre et Marie Curie ne voulurent pas prendre de brevets sur le radium et la radioactivitŽ, afin que tous puissent en profiter.

 

Tribunaux secrets d'aujourd'hui.

 

         On peut voir un hŽritage des mŽthodes autoritaires en matire de science, dans la pratique du secret qu'imposent les revues dites de pointe d'aujourd'hui: les manuscrits sont jugŽs par des juges anonymes, dont l'identitŽ n'est pas dŽvoilŽe aux auteurs. La plupart de ces revues de pointe sont contr™lŽes par des AmŽricains Žminents. RŽmy Chauvin s'est ŽlevŽ contre cette pratique. (7) Surtout en cas de refus du manuscrit soumis, c'est un moyen prŽcieux, la discrŽtion Žtant assurŽe, pour un collgue Žminent de bŽnŽficier, pour ses propres travaux, de la 1re connaissance de ce que l'auteur du manuscrit a dŽcouvert et, mme, de retarder la notoriŽtŽ d'un compŽtiteur gnant.

 

Club Atomique (1945-1964)...

 

         Un club est un cercle fermŽ, d'accs limitŽ, qui rŽunit des amis de coeur ou de nŽcessitŽ, ou du moins des partenaires, croyant avoir besoin les uns des autres et qui veulent exclure les tiers. Ce fut le cas du club atomique. On peut le faire remonter ˆ 1943. Il Žtait entirement anglo-saxon, rŽsultant de l'accord de QuŽbec signŽ par Churchill et Roosevelt, le 19 aožt 1943 accord qui conduisit ˆ la crŽation d'un comitŽ tripartite situŽ ˆ Washington, o le Canada avait obtenu un sige, occupŽ par C. D. Howe, anglo-saxon.

 

         Pour le public, ce club atomique ne devait appara”tre qu'en aožt 1945. DominŽ par son doyen et fondateur l'Oncle Sam (Hiroshima, 6 aožt 1945), on y trouva John Bull (ds 1943 et Montebello, 3 octobre 1952), puis vint l'Ours soviŽtique (automne 1949), et finalement Marianne la Franaise (Reggan, 13 fŽvrier 1960). Le Canada y jouait un r™le effacŽ de satellite ˆ la fois des Anglais et des AmŽricains. Il renona ds le dŽbut aux applications militaires, mais il possde la bombe par personnes interposŽes: il possde "le parapluie nuclŽaire".

 

         Selon la nomenclature de Goldschmidt, (8) on cessa de parler d'un club lors des explosions de la Chine (Sin-Kiang, 15 octobre 1964) et de l'Inde (1974), et des potentialitŽs d'Isra‘l. Il y aurait eu trop de partenaires et les prŽtentions de cordialitŽ mutuelle auraient ŽtŽ trop artificielles.

 

...Club Atomique (1953-...)...

 

         Mais un autre club atomique, plus discret, plus durable et un peu plus dŽmocratique que celui de 1945, a pris la relve de celui-ci, avec la crŽation en 1953 du CERN, Laboratoire europŽen de recherches nuclŽaires et avec la crŽation d'un rŽseau d'information privilŽgiŽe. Donnant donnant: le chercheur atomiste donne et reoit une information promptement par tŽlŽmatique et par des prŽpublications s'il est membres du club. Il conna”t les rŽsultats, avant leur parution dans une revue scientifique accessible ˆ tous. Cela rappelle le dŽlit d'initiŽ: les membres du club sont avantagŽs dans la course aux dŽcouvertes et aux rŽputations.

 

         Transparence et dŽmocratie partielles, puisque ce rŽseau est un club, exclusif par sa dŽfinition mme, et parce qu'il impose un asservissement linguistique exclusif ˆ l'anglais. Un domaine important de la dŽcouverte contemporaine, celui de la structure de la matire, se trouve accaparŽ au bŽnŽfice des Anglo-Saxons et de leurs amis.

 

... et la domination mondiale.

 

         Le Club Atomique (1953), Žtape de l'histoire de l'atome, contribue ˆ l'asservissement linguistique en faveur de l'anglais et ˆ la domination amŽricaine. Mais il n'est qu'un instrument parmi d'autres intervenant aux mmes fins et se confortant mutuellement: l'anglais en science appuie l'anglais dans la chanson et rŽciproquement. Signalons "La conqute des esprits",(9) livre qui dŽcrit les activitŽs culturelles des deux agences des ƒtats-Unis CIA et USICA. (Il ne s'arrte pas ˆ l'aspect linguistique)

 

         Fortes de la rŽputation de l'atome, les garnisons amŽricaines n'ont pas besoin d'ouvrir la bouche pour tre ŽcoutŽes. Leur prŽsence persuade naturellement de l'importance de communiquer en anglais. On Žvalue, au dŽbut de 1990, que les troupes amŽricaines comptent 200.000 hommes en Europe.

 

         Le rŽpertoire postal des ƒtats-Unis nous fait conna”tre prs de 600 codes ˆ 5 chiffres dirigeant la correspondance vers leurs bases militaires dans le monde entier et, par le fait mme, signalant leur existence. Exemple:Paris, France: 09777; Terre-Neuve Canada: 09597, etc.(9) Voyez ci-dessous.

 

Bureaux de poste militaires des ƒtats - Unis. (Un soulignŽ marque les pays de la Francophonie).
Aores,
  AlgŽrie, Allemagne, Angleterre, Antarctique, Antigua, Arabie Saoudite, Argentine, Australie, Bahamas, Bahrein,
  Belgique, Bolivie,
  BrŽsil,
  Canada, Chili, CorŽe, Costa Rica, Cuba, Danemark,
  ƒgypte, El Salvador, ƒquateur, Espagne, Finlande,     France, Grce, Gro‘nland, Guam, GuatŽmala, Honduras, Hong - Kong, IndonŽsie, Islande, Isra‘l, Italie, Japon, KŽnya, LibŽria,
  Maroc, Nicaragua, Norvge, Nouvelle - ZŽlande, Panama, Paraguay, Pays - Bas, PŽrou, Philippines, Porto - Rico, Portugal, RŽpublique Dominicaine,
  Seychelles, Singapour, Soudan, Tha•lande, Turquie, Uruguay, VŽnŽzuŽla,
  Za•re.

 

         "One World or None" (Un monde unifiŽ ou le nŽant), disait un manifeste diffusŽ aux ƒtats-Unis en 1945, au dŽbut du club, alors club d'un seul membre actif. Il le disait en anglais. La mme idŽe fut reprise aux Jeux Olympiques de San Francisco en 1984.

 

         C'Žtait dans une chanson intitulŽe: "One World" (Un monde unifiŽ).Un vidŽo la prŽsentait chantŽe sous la Tour Eiffel, au pied d'un moulin ˆ vent des Pays - Bas, devant une pagode Japonaise, etc. On la montrait chantŽe partout, en anglais, suggŽrant, pour l'unification et la paix du monde, la nŽcessaire intervention de l'anglais .

 

         Quant ˆ certains adversaires des explosions nuclŽaires, franaises et autres, ils ne s'appellent pas "Paix verte", ils s'appellent "Greenpeace" suggŽrant que l'usage de l'anglais est indispensable pour deux bonnes causes, la paix et l'Žcologie.

 

Les livres blancs.

 

         Des livres blancs furent publiŽs en aožt 1945, aprs l'explosion de Hiroshima, par les AmŽricains, par les Anglais et par le Canada. Ils rendent inŽgalement justice ˆ Joliot et aux Franais, seul le livre des Anglais relatant fidlement les faits. Les Franais ne publirent pas de tel livre. On peut en chercher l'Žquivalent dans les livres de Bertrand Goldschmidt, livres que nous avons abondamment utilisŽs. (8, 11) Signalons l'oeuvre de l'AmŽricain Spencer Weart, qui dŽcrit bien le r™le des Franais dans la dŽcouverte de l'Žnergie atomique. (12)

 

Le sort de Joliot.

 

         Pour ce qui est des bŽnŽfices monŽtaires de sa dŽcouverte, Joliot fut spoliŽ. Lui et ses collaborateurs reurent des ƒtats-Unis, en 1969, un montant symbolique de 35.000 $, alors qu'en temps de paix, ils auraient pu espŽrer beaucoup plus. Il Žtait facile pour les AmŽricains de mettre en ligne de compte leurs propres efforts scientifiques et techniques, et de relŽguer dans l'ombre, en comparaison, l'apport des inventeurs franais.

 

         Pour ce qui est de sa rŽputation comme dŽcouvreur de l'Žnergie atomique, elle lui a valu une gloire immense, surtout en Europe, mais cette rŽputation aurait pu normalement, en temps de paix, lui permettre de rŽaliser des travaux de recherche scientifique beaucoup plus ŽlaborŽs dans la voie qu'il avait trouvŽe. La surveillance allemande restreignait ses activitŽs. La liste de ses publications de recherche originale comprend cependant, aprs 1940, une bonne douzaine de travaux, dont il est l'auteur seul ou en collaboration. Parmi ses collaborateurs, on note Bovet, R. Courrier,  A. Horeau, Irne Joliot-Curie, A. Lacassagne, Poumeau de Lille et Pierre SŸe.

 

         Parmi ses autres publications, signalons l'article page 1 du No 1 de la revue Atomes, dirigŽe par Pierre SŸe, intitulŽ "L'Žnergie atomique", en 1946. Cette revue changea de nom plus tard pour s'appeler La Recherche. (13)

 

Joliot communiste.

 

         Or Joliot Žtait communiste depuis 1942, aprs la torture et l'exŽcution de deux physiciens: le RŽsistant Fernand Holweck en 1941 et Jacques Solomon, RŽsistant et communiste, en 1942. Ë ce moment, les SoviŽtiques combattaient les Allemands et les communistes de France s'organisaient pour combattre les Allemands de l'intŽrieur.

 

         Fernand Holweck, le spŽcialiste du vide, l'inventeur de la pompe molŽculaire qui porte son nom, n'Žtait pas tout ˆ fait un inconnu au QuŽbec. Vers 1925, il fut sollicitŽ pour prendre la direction d'un DŽpartement de physique dans la toute nouvelle UniversitŽ de MontrŽal, fondŽe en 1921. Pour des raisons personnelles, il ne put venir et ce fut le QuŽbŽcois Ernest Gendreau qui assura cette direction. Il fut remplacŽ par le Franais Marcel Rouault en 1946

 

       Joliot, qui fit partie de la RŽsistance en 1944, devenu le premier personnage du CEA ds sa fondation en 1946, fut glorifiŽ et exploitŽ par le Parti communiste. Il prit, en mars 1950, la tte du mouvement de Stockholm pour la paix, qui obtint 500 millions de signatures en faveur de l'abolition de la bombe atomique, mouvement pro-soviŽtique, malgrŽ la premire explosion soviŽtique de septembre 1949.

 

       Pour les communistes, Joliot Žtait un hŽros et il devint un martyr lorsqu'il fut renvoyŽ de son poste ˆ la tte du CEA par le Ministre Georges Bidault, le 26 avril 1950.

 

       Follement acclamŽ, le 5 avril 1950, devant le XIIe congrs du Parti communiste franais ˆ Gennevilliers, Joliot avait provoquŽ le Gouvernement franais:

 

"Jamais les scientifiques progressistes, les scientifiques communistes, ne donneront une parcelle de leur science pour faire la guerre contre l'Union soviŽtique. Et nous tiendrons ferme, soutenus par notre conviction qu'en agissant ainsi, nous servons la France et l'humanitŽ tout entire".

 

       Cette dŽclaration de Joliot reprenait l'idŽe du SecrŽtaire gŽnŽral du PC Jacques Duclos: "Tout homme de progrs a deux patries, la sienne et l'Union soviŽtique".

 

       [Sur un registre trs diffŽrent, la citoyenne amŽricaine JosŽphine Baker s'Žtait fait applaudir, vers 1930, pour avoir proclamŽ plusieurs fois, seins nus et cheveux au vent: "J'ai deux amours, mon pays et Paris". Les PrŽsidents amŽricains Coolidge et Hoover n'avaient pas protestŽ, le PrŽsident franais Gaston Doumergue non plus].

 

       Les enthousiasmes de Joliot, d'Aragon et de plusieurs autres intellectuels franais Žpris de libertŽ, pour un rŽgime aussi oppresseur et sanguinaire que celui de Staline, paraissent relever de l'utopie et de la dŽsinformation. Les sympathies communistes de Joliot s'expliquent par sa triple opposition: ˆ l'occupation allemande, ˆ la domination amŽricaine sur la France et ˆ la bombe. Son aveuglement s'explique par l'adulation dont il Žtait l'objet.

 

       Dans le climat politique de 1990, alors qu'AmŽricains, Franais et SoviŽtiques fraternisent, une telle dŽclaration de Joliot n'aurait pas sa raison d'tre. Sa dŽclaration de 1950 peut ainsi passer pour prophŽtique mais, en 1950, elle Žtait provocante. Le Gouvernement franais n'avait pas le choix, il fallait le destituer Les AmŽricains et les communistes jubilaient, la France et surtout Joliot y perdaient.

 

       Dans son zle pro-communiste,  Joliot fit un grand nombre de nominations partisanes au CEA. De la sorte, bien des non-communistes valables et bien des espŽrances lŽgitimes furent sans doute frustrŽs.

 

FiertŽ franaise.

 

         Il ne fait pas de doute que la France s'est conduite avec un sens aigu de sa fiertŽ nationale vis-ˆ-vis des Anglais. En juin 1940, pendant l'exode des Franais fuyant Paris, on raconte que Churchill arriva par avion ˆ OrlŽans et proposa au Gouvernement franais, dirigŽ par Paul Reynaud, de crŽer un Gouvernement unique conjoint France  Angleterre. Reynaud refusa, le 16 juin 1940 et Churchill repartit bredouille.

 

         Le 3 juillet 1940, ˆ Mers-el-KŽbir devant Oran en AlgŽrie, les Anglais ont tirŽ sur les navires franais qui refusaient leur ultimatum: se joindre ˆ la marine britannique ou appareiller pour l'Angleterre. Le navire Bretagne bržla et prs d'un millier de marins franais pŽrirent.

 

         Quant aux relations avec les AmŽricains, Lacouture expose les divergences entre De Gaulle et Roosevelt.(5)

 

         Mais la fiertŽ franaise ne comprend pas toujours la fiertŽ pour l'usage de la langue franaise.

 

Virage vers l'anglais.

 

         Les deux Franais, parvenus en Angleterre en 1940, rencontrrent le Colonel RenŽ Mayer de la France libre puis se tinrent ˆ l'Žcart de celle-ci. (8, p. 142) Finalement employŽs par les autoritŽs britanniques, polyglottes, ils utilisrent naturellement l'anglais pour leurs relations officielles. Cet usage se transporta, en 1943, au laboratoire de MontrŽal, peuplŽ surtout de Britanniques et de Canadiens de langue anglaise, si l'on excepte le personnel subalterne.

 

         Ces Franais parlaient franais entre eux et le franais Žtait la langue commune entre tous les scientifiques d'Europe continentale prŽsents au Laboratoire de MontrŽal. Outre les cinq Franais, on y trouvait les Autrichiens Friedrich et Franz Paneth, le Hongrois George Placzek et l'Italien Bruno Pontecorvo. Mais ds qu'il se trouvaient en prŽsence d'un Canadien (de langue anglaise) ou d'un Britannique, la conversation virait ˆ l'anglais. Les rapports, destinŽs aux autoritŽs du Canada et des ƒtats-Unis, Žtaient obligatoirement en anglais.

 

         Moins naturel appara”t le choix de Halban, Joliot et Kowarski, en 1939, d'adresser leurs deux communications qui firent Žpoque, ˆ la revue anglaise Nature. N'avaient-ils pas, ˆ Paris mme, accs aux Comptes rendus de l'AcadŽmie des sciences, hebdomadaire publiant rapidement, en franais, les notes soumises par l'intermŽdiaire d'un membre de l'AcadŽmie? (Leur article en collaboration avec Francis Perrin parut dans le Journal de physique et le Radium). (1, 2, 3)

 

         Selon Weart, ce fut ˆ cause d'une figure, dont la publication aurait pu retarder la parution dans les Comptes rendus. Une autre version, que l'auteur tient probablement de Kowarski, se base sur les jours de la semaine. Lorsque la communication aux Comptes rendus est imprimŽe, elle porte la date du lundi, jour de la prŽsentation devant l'AcadŽmie des sciences. Leur manuscrit Žtait prt le mardi 8 mars. La date de rŽception signalŽe par Nature pouvait tre ds le lendemain, mercredi 9 mars, antŽrieure ˆ la date du lundi suivant, 14 mars. Les auteurs gagnaient donc 5 jours. Ce mardi 8 mars, Kowarski alla au Bourget pour porter l'enveloppe ˆ l'avion partant vers l'Angleterre.

 

         Il fallait, de prŽfŽrence, parler anglais avec les dirigeants amŽricains. Ainsi, on peut faire remonter aux deux scientifiques franais exilŽs l'acceptation de l'anglais comme langue scientifique par les autres scientifiques franais pendant la guerre, acceptation dont les consŽquences persistent de nos jours.

 

         FrŽdŽric Joliot et Irne Joliot - Curie, ne parlant pas anglais, se trouvaient dŽsavantagŽs (de mme Henri Laugier), selon Goldschmidt. (8, p. 42, 11, pp. 41, 297, 430) Ce sont les seules remarques d'ordre linguistique qu'on a pu trouver dans les livres de cet auteur. Joliot et sa femme apparaissent, dans cette histoire, comme des hŽros non seulement de la France et de la dŽcouverte scientifique, mais aussi de la langue franaise. Dans les sympathies pro-communistes de Joliot, les scientifiques amŽricains ont trouvŽ un argument de plus contre la langue franaise.

 

Canada, pays de la Francophonie?

 

         En 1942, le Canada accueillait cinq Franais, parmi lesquels deux auteurs de la dŽcouverte, fondŽs de pouvoirs de Joliot. Qu'a fait le Canada pour affirmer le caractre francophone de l'entreprise et pour assurer la participation politique des Francophones du Canada?

 

         Le Canada ne fit exactement rien  ˆ cet Žgard. "Le Canada", dans cette affaire, cela se rŽsume, pour l'histoire, ˆ deux ministres du cabinet d'Ottawa: C. D. Howe et W. L. M. King. Les autres ne savaient rien. Les ministres francophones qui reprŽsentaient les Canadiens-franais et les QuŽbŽcois dans ce Cabinet ne savaient rien. Entre juin 1942 et aožt 1945, Žpoque durant laquelle rŽgnait le secret sur l'existence du Laboratoire de MontrŽal, voici ces ministres francophones: Ernest Bertrand, Alphonse Fournier, LŽo Richer LaFlche, Paul J. J. Martin,  Joseph Enoil Michaud et Louis Stephen Saint-Laurent.

 

         Ce dernier fut pourtant le bras droit du 1er Ministre William Lyon Mackenzie King. Il fut Žlu en remplacement de Ernest Lapointe, dŽcŽdŽ, et dans le mme comtŽ que lui, dans la ville de QuŽbec, en 1941. Il joua un r™le de premier plan pour faire accepter la conscription dŽguisŽe (le "volontariat obligatoire"), ˆ la population francophone. C'est ainsi qu'eut lieu le dŽsastreux dŽbarquement de Dieppe, le 18 aožt 1942.

 

         La biographie officielle de Louis S. Saint-Laurent ne mentionne mme pas la question du Laboratoire de MontrŽal et la participation du Canada au projet conjoint avec les ƒtats-Unis et l'Angleterre. (14) Saint-Laurent n'en fut informŽ qu'en aožt 1945.

 

         Cette opinion se trouve confirmŽe par des passages de deux auteurs (11, 15). Pour le meilleur comme pour le pire, Howe et King prirent donc sur eux tout ce qui se faisait en secret au sujet de l'atome au Canada, et leur politique fut purement anglo-saxonne.

 

         Ce qui s'Žtait fait en secret se continua en demi-secret ˆ partir d'aožt 1945. L'Žnergie atomique au Canada et au QuŽbec Žtait lancŽe selon les idŽes de Howe et de King. Saint-Laurent laissa faire et il laissa faire dans la suite, aussi bien que ses 5 collgues canadiens-franais.

 

         Les Francophones du QuŽbec et du Canada avaient donnŽ leur confiance ˆ ceux qu'ils avaient Žlus dans le systme politique d'alors: leurs imp™ts servirent ˆ dŽfrayer une entreprise sur laquelle ils n'eurent aucun contr™le puisqu'il fut dŽcidŽ en haut-lieu qu'ils n'en sauraient rien.

 

         Une politique francophone de la part d'Ottawa aurait pu se pratiquer, avec la participation du QuŽbec. Elle aurait permis de rŽclamer pour la France un r™le politique ˆ la mesure de l'importance des dŽcouvertes de Joliot. Elle aurait conduit ˆ l'usage de la langue franaise dans l'entreprise. Elle aurait assurŽ aux QuŽbŽcois une pleine connaissance de ce qui se passait chez eux, avec la possibilitŽ pour eux de dŽcider de ce qu'ils voulaient faire dans cette entreprise.

 

         La population du QuŽbec et la population francophone du Canada ne furent gure mieux traitŽes, ˆ l'Žpoque, que celles de Bikini ou d'Eniwetok: on avait besoin du territoire comme champ d'opŽrations. De plus, on avait aussi besoin des imp™ts et de percepteurs d'imp™ts, et de soldats pour les dŽbarquements en Europe.

        

         Quant aux politiciens du Gouvernement du QuŽbec, les journaux les ont renseignŽs en mme temps qu'ils renseignaient les politiciens de Patagonie et de Zanzibar.

 

ƒnergie atomique du Canada LtŽe

 

         Il ne faut pas s'Žtonner si les QuŽbŽcois, mis au courant aprs coup de ce qui s'Žtait passŽ chez eux, regardent aujourd'hui avec mŽfiance ou indiffŽrence EACL ƒnergie atomique du Canada LimitŽe, qui a pris la succession du laboratoire de MontrŽal.

 

         Le personnel d'EACL est ˆ 94,6 % anglophone, les employŽs francophones, formant 5,4 % du total, Žtant surtout des subalternes. EACL emploie 4200 personnes dont 225 francophones rŽpartis comme suit: 10 au sige social, 131 dans les laboratoires de recherche et 84 aux opŽrations CANDU. Elle compte 8 ingŽnieurs francophones. Elle emploie 38 spŽcialistes francophones, parmi lesquels on compte 3 physiciens, 1 chimiste, 2 autres scientifiques, 14 techniciens et 18 technologues. (16)

 

         Cette compagnie "de la Couronne" cožte cher chaque annŽe au contribuable francophone du Canada et du QuŽbec. Son budget annuel est de l'ordre de 300 millions de $ Canada. Ce montant peut se mettre en parallle avec les dŽpenses, voisines de 2 milliards de $ E-U., qui ont permis aux AmŽricains de fabriquer la 1re bombe.

 

         L'Žnergie atomique est pratiquement inutile au QuŽbec, abondamment pourvu d'hydro-ŽlectricitŽ. L'unique centrale atomique au QuŽbec, Gentilly II, contribue 4 % de la consommation d'ŽlectricitŽ du QuŽbec. Elle a cožtŽ 1.300 millions de $ Canada. Le QuŽbec n'ayant pas d'uranium sur son territoire et ne pouvant d'ailleurs pas Žchapper au contr™le des AmŽricains en pareille matire, c'est une mesure de prudence ŽlŽmentaire pour un QuŽbec orientŽ vers l'indŽpendance, de ne pas se placer d'avance ˆ la merci de son voisin du Sud. Il a des raisons politiques de ne pas investir dans le nuclŽaire pour assurer son approvisionnement ŽnergŽtique.

 

         EACL se rend par contre utile aux provinces d'Ontario avec 18 rŽacteurs et du Nouveau-Brunswick avec un rŽacteur. Elles y trouvent la source respectivement de 90 % et de 30 % de leur ŽlectricitŽ.

 

         En dŽfinitive, l'Žnergie atomique au Canada, techniquement inutile et fardeau fiscal pour le QuŽbec, fut un dommage politique pour les Francophones du QuŽbec et du reste du Canada. Son installation et son dŽveloppement ont donnŽ au Gouvernement d'Ottawa une occasion d'appliquer, par l'usage discrŽtionnaire des fonds publics pendant une longue pŽriode, une politique qui a diminuŽ les Francophones par rapport aux Anglophones.

 

         Cette politique a encore ajoutŽ ˆ la disproportion entre le pouvoir d'Ottawa et le pouvoir du QuŽbec. Elle a eu des retombŽes dans l'Žducation au QuŽbec, compŽtence exclusive du Gouvernement du QuŽbec. Le monde universitaire du QuŽbec et du Canada fut encore davantage assujetti au Gouvernement d'Ottawa par l'intervention de ce dernier dans l'enseignement et la recherche nuclŽaire. Une politique appliquŽe aux Francophones ne peut tre ˆ leur bŽnŽfice que si elle est conue et appliquŽe par les Francophones eux-mmes.

 

         Dans la perspective de la Francophonie mondiale de 1990, on peut regretter que les Franais, initiateurs du laboratoire de MontrŽal, n'aient pas Žtabli davantage le contact avec les Francophones au pouvoir au QuŽbec et au Canada. Leurs engagements vis-ˆ-vis de leur employeur britannique les en empchait. Eussent-ils ŽtŽ rattachŽs plus intimement ˆ l'autoritŽ de la France libre, que les choses auraient pu tre diffŽrentes.

 

Francophobie.

 

         Si les AmŽricains tels que le tout-puissant GŽnŽral Groves avaient ŽtŽ moins xŽnophobes, ils auraient pu Žviter de graves dommages. C'est ce que le Prof. Nils Bohr, avec toute son autoritŽ, voulut faire comprendre ˆ Roosevelt et ˆ Churchill, en suggŽrant un Žchange limitŽ avec les SoviŽtiques, Il fut ŽvincŽ et mme menacŽ d'emprisonnement par Churchill.

 

         Quant ˆ la francophobie amŽricaine, l'auteur du prŽsent travail peut apporter une anecdote, qu'il dŽcrit de mŽmoire aprs 40 ans

 

        "ƒtant dans mon laboratoire comme professeur ˆ l'UniversitŽ de MontrŽal, je fus sollicitŽ tŽlŽphoniquement par un avocat de New-York. Il voulait me rencontrer au sujet de Joliot. Naturellement, j'acceptai et, le lendemain, j'Žtais son invitŽ ˆ dŽjeuner dans un restaurant de MontrŽal, en compagnie d'un autre avocat venu avec lui."

 

        "Il m'expliqua son dessein. Il Žtait chargŽ de dŽfendre les intŽrts de Joliot et de ses collaborateurs dans l'affaire de ses brevets, auprs du Gouvernement amŽricain, peu enclin ˆ reconna”tre que ces brevets avaient de la pertinence, Žtant donnŽ que Fermi avait lui aussi trouvŽ, avec quelques jours de retard sur les Franais, plus ou moins la mme chose que ces brevets, Žtant donnŽ que des brevets ne comptaient gure devant le dŽploiement industriel des AmŽricains. Il s'agissait de dŽmontrer que Joliot, Halban et Kowarski (et Francis Perrin) Žtaient conscients de l'importance de leur dŽcouverte. Je leur dis qu'en effet, mme si je n'entrai au laboratoire de Joliot, pour y travailler sous la direction immŽdiate de Halban, qu'au mois d'aožt 1939, j'avais bien observŽ l'excitation qui y rŽgnait. De plus, j'avais reu des consignes sŽvres de discrŽtion concernant l'eau lourde, l'uranium, le bŽryllium et le graphite."

 

        "J'Žtais donc disposŽ ˆ tŽmoigner dans le sens qu'ils souhaitaient et tout allait bien jusqu'ˆ ce moment. Il fut question d'Žtablir un calendrier pour de futures rencontres avec un juge instruisant cette affaire. Mais tout tomba ˆ l'eau quand ils comprirent que, par souci de ma dignitŽ et par souci de la dignitŽ des Franais mis en cause, je tŽmoignerais en franais. Vous pourrez, leur disais-je, prendre un juge sachant le franais ou encore, vous pourrez recourir aux services d'un interprte si le juge ne sait pas le franais. Inutile dans ces circonstances, me dirent-ils, aprs s'tre regardŽs l'un l'autre. Question de bonne foi ou de confiance, me dirent-ils encore, surtout si l'on sait que vous connaissez l'anglais et que vous ne voulez pas vous en servir; un juge sera dŽfiant devant un tŽmoignage donnŽ dans une langue Žtrangre et ne s'y arrtera pas."

 

        "Je protestai que cela me paraissait bien singulier: peut-on croire que la justice amŽricaine veut rendre justice ˆ des Franais si elle place la langue franaise et ses usagers en si basse estime?"

 

        "Je sortis de cette rencontre persuadŽ encore davantage de la prŽvention des AmŽricains ˆ l'encontre des personnes attachŽes ˆ l'usage du franais. Ë l'encontre de Joliot par exemple".

 

         Rien d'Žtonnant, aprs cette expŽrience, de lire, sous la plume d'Eisemon et de Rabkin, ce tŽmoignage de dŽdain envers la langue franaise:

 

       "After all, if he is any good, he will say it in English"
       (Aprs tout, s'il vaut quelque chose, il le dira en anglais).

 

Pour apprŽcier ce tŽmoignage, essayons de le replacer dans son contexte.

 

         Eisemon et Rabkin analysaient, en 1976, des tŽmoignages d'ingŽnieurs et de professeurs montrŽalais francophones et anglophones sur leur langue d'usage dans leurs communications orales et Žcrites de sciences appliquŽes. La citation mentionnŽe ci-haut reprŽsentait l'opinion des anglophones, d'anglophones cultivŽs, sur la langue d'usage des francophones. (17)

 

         Autre citation pertinente, celle-lˆ de l'humoriste amŽricain Mark Twain. (1835-1910). Il raconte une conversation entre un fermier du Far-West et un Franais qui voyage dans l'Ouest amŽricain. Le Franais ayant dit quelques mots en franais, le fermier s'exclame, dans un anglais savoureux:

 

      "How come a Frenchman is a man, if he don't speak like a man"?
      (Comment un Franais peut-il tre un homme, s'il ne parle pas comme un homme?)

 

         Parler comme un homme veut donc dire, dans l'esprit dudit fermier, parler anglais! (18) Et celui qui n'est pas un homme, qu'est-il donc, selon ce personnage peu cultivŽ osant dire tout haut ce que pense M. tout le monde?

 

"Il faut tre lu..."

 

         Le grand argument des scientifiques voulant se justifier de publier en anglais leurs dŽcouvertes prŽcieuses est leur dŽsir d'tre lu: si mon travail para”t en franais, il ne sera pas lu et je n'obtiendrai pas justice; si mon travail para”t en anglais, il sera lu et j'obtiendrai justice. L'histoire de l'Žnergie atomique permet de mettre en doute ce raisonnement et sa conclusion. Elle suggre qu'il ne suffit pas de faire usage de la langue anglaise et d'tre lu pour obtenir justice, surtout si le travail est valable et important.

 

         En effet, le travail original de Halban, Joliot et Kowarski fut publiŽ en anglais. Halban et Kowarski prirent des brevets en anglais, en Angleterre puis au Canada. Leur travail fut lu, en anglais, et connu des collgues anglo - saxons et de la communautŽ internationale. Sa valeur est longuement affirmŽe dans le livre de Weart. (12)

 

         Mais ils n'obtinrent justice que fort incompltement. Les utilisateurs de l'Žnergie atomique en Belgique et en Allemagne versrent des droits aux inventeurs. En Angleterre, il y eut un arrangement ˆ l'amiable.

 

         Mais les principaux utilisateurs, les AmŽricains, refusrent de reconna”tre les droits des inventeurs, malgrŽ des dŽmarches cožteuses et interminables (ils versrent un montant "symbolique" de 35.000 $ E. - U.).

 

         Ce qui s'est passŽ au Canada est moins bien connu. Un collgue de l'UniversitŽ d'Ottawa nous a renseignŽs. Il a servi d'expert concernant des brevets canadiens appartenant ˆ Halban et ˆ Kowarski. Ces derniers rŽclamaient une compensation du Gouvernement du Canada, mais les procureurs du Canada firent tra”ner les choses et les 2 Franais moururent avant d'avoir obtenu justice, Halban mourut en 1974, ˆ l'‰ge de 56 ans, et Kowarski, quelques annŽes plus tard. (19) Selon un tŽmoignage recueilli, "Kowarski cherchait ˆ obtenir un droit sur chaque neutron produit par l'industrie nuclŽaire". (16)

 

Publications de Joliot.

        

         Pierre Biquard donne une bibliographie des publications de FrŽdŽric Joliot. (19) Le dŽcompte montre que Joliot a publiŽ en franais la grande majoritŽ de ses Žcrits (93,3 %) et de ses Žcrits originaux (91,6 %).

 

         Quant ˆ Halban et Kowarski, ils ont fait para”tre 3 publications en collaboration avec Joliot, en 1939; 2 d'entre elles sont en anglais (66,7 %). La proportion en franais est 33,3 %. (1, 2, 3)

 

FrŽdŽric Joliot
Publications originales avec Irne Joliot - Curie                       37
  dont en anglais         4 (10,8 %)
Autres publications originales                                            46   
  dont en anglais         3 (6,5 %)
                                            ________
Total des publications originales
                                            83   
  dont en anglais         7 (8,4 %)

Autres textes                       36
  dont en anglais         1 (2,8 %)
                                            ________
Total global des publications                                                       119
  dont en anglais         8 (6,7 %)

 

Publications du CEA.

 

         Le CEA a diversifiŽ ses activitŽs depuis sa fondation. Il ne s'est pas restreint ˆ la production d'Žnergie Žlectrique, fonction qui a ŽtŽ transfŽrŽe ˆ EDF ƒlectricitŽ de France, et il a acquis un r™le militaire, pour crŽer la "force de dissuasion", atout politique important. Il a donnŽ naissance ˆ plusieurs agences officielles. La liste occupe une pleine page du Bottin administratif. (21) Elle comprend des comitŽs, des conseils et des commissions; des Žtablissements civils d'Žtudes nuclŽaires et des filiales telles que Framatome, Epicea, Cogema etc; des Directions: pour les questions de dŽfense, pour les applications militaires, etc. Toute cette organisation existe sous le sceau du secret, car on n'y trouve que 3 noms de personnes, dont celui de Jean Teilhac, Haut commissaire.

 

         Au grand centre de Saclay, qui fut crŽŽ gr‰ce aux efforts de Joliot, on trouve aujourd'hui le synchrotron Saturne compris dans le CEN Centre d'Žtudes nuclŽaires du CEA et des laboratoires du CNRS Centre national de la recherche scientifique.

 

         On trouve encore ˆ Saclay plusieurs autres laboratoires scientifiques. On y trouve en outre l'UniversitŽ de Paris XI Orsay, l'IUT Institut universitaire de technologie etc. Certains de ces laboratoires collaborent avec le CERN Laboratoire europŽen de recherche nuclŽaire.

 

         Science et Francophonie a fait para”tre, pour la pŽriode depuis la fondation du CERN en 1953, jusqu'en 1982, une analyse des publications rŽsultant d'une collaboration expŽrimentale des laboratoires de France avec le CERN. Dans le Tableau XI de cette analyse, on trouve, sous le titre "Saclay", les laboratoires du CEA, du CEN et du CNRS ayant pour adresse Saclay. Au cours de cette pŽriode, les chercheurs de ce groupe "Saclay" ont fait para”tre, seuls ou en collaboration avec d'autres chercheurs, 117 articles, tous en anglais. (22)

 

         Voici un complŽment ˆ l'Žtude ci-dessus  L'analyse des rapports annuels du CERN de 1983 ˆ 1989 donne les rŽsultats suivants pour les articles: 209 articles, tous en anglais. (23) Le total global est ainsi: 326 articles, tous en anglais, entre 1953 et 1989. Proportion en franais: 0 %.

 

         Les Franais, chercheurs du CEA, ont ainsi publiŽ de faon exclusive leurs rŽsultats en anglais. Cela contraste avec la pratique de Joliot analysŽe plus haut. Voici un sommaire.

 


Publications scientifiques
FrŽdŽric Joliot
en anglais                    en franais
         6,7 %                               93,3 %

CEA
Commissariat ˆ l'Žnergie atomique
en anglais                    en franais
100 %                               0 %

 

Visite au CEA.

 

         Cette aversion caractŽrisŽe envers  la langue franaise, ŽlŽment essentiel de l'identitŽ de la France, de la part d'une organisme officiel qui par ailleurs assure ˆ la France la possibilitŽ de dŽfendre par la force nuclŽaire son identitŽ nationale, para”t surprenante et paradoxale.

 

         On peut se demander si le CEA ne serait pas prt ˆ proclamer publiquement en 1990, en quelque sorte ˆ l'inverse de Joliot ˆ Gennevilliers en 1950 et en le pastichant, son acte de foi, non pas communisant, mais anglicisant et pro - amŽricain:

 


         "Jamais les scientifiques du CEA, les scientifiques au service des intŽrts supŽrieurs de la France, ne dŽpenseront la moindre parcelle de leurs Žnergies pour combattre l'usage de la langue anglaise, celle qui assure la domination des AmŽricains sur la communautŽ internationale des scientifiques. Et nous tiendrons ferme, soutenus par notre conviction qu'en utilisant la langue anglaise dans nos publications de faon exclusive, nous servons la France et l'humanitŽ tout entire."

 

         Cela s'accorderait avec ce qui suit.

 

        
         Un scientifique appartient ˆ deux collectivitŽs.
         Il possde, pour ainsi dire, deux nationalitŽs.
         En tant que QuŽbŽcois, c'est la collectivitŽ quŽbŽcoise qui prime, mais en tant que scientifique, c'est la collectivitŽ professionnelle qui l'emporte.

 

         La citation ci-dessus est de Lorrain et Sainte-Marie, (24), qui concluent: "les travaux de scientifiques quŽbŽcois francophones qui s'adressent ˆ la communautŽ internationale devraient tre rŽdigŽs en anglais".

 

         Aprs tout ce que les Anglo - Saxons ont fait endurer aux Franais de l'Žnergie atomique, aprs les vols, les menaces d'emprisonnement, les mises au secret, aprs les traitements infamants infligŽs ˆ Irne Joliot qui fut dŽtenue ˆ Staten Island prs de New - York, lieu d'attente des immigrants suspects, aprs ceux infligŽs ˆ FrŽdŽric Joliot par les ƒtats - Unis et par l'Angleterre qui lui refusrent l'entrŽe, n'y-a-t-il pas lieu, pour le CEA, de prendre garde ˆ cette sorte de vassalisation qui s'appelle conqute des esprits?

 

         Les commentaires suivants suggrent une telle mise en garde. Ils sont de GŽrard Bonnot, concernant le livre de Goldschmidt en 1987. (4)

 


         Il explique quelques uns des traits les moins plaisants de notre actuel Commissariat ˆ l'ƒnergie atomique: son intransigeance, son chauvinisme, son gožt forcenŽ du secret, un curieux mŽlange d'arrogance et de rancoeur, comme si le monde entier lui en voulait. Il est nŽ d'une frustration. Il s'est b‰ti dans le ressentiment, et il n'arrive pas ˆ se dŽfaire de la conviction d'tre une victime, injustement dŽpossŽdŽe de son droit d'a”nesse.

 

         L'auteur a voulu s'enquŽrir auprs d'un porte - parole du CEA, qui fut Paul Bonnet, Inspecteur gŽnŽral du CEA, chargŽ de la sŽcuritŽ et de l'information. voici un compte rendu de la rencontre.

 


M. Paul Bonnet, Inspecteur gŽnŽral du CEA,
29, rue de la FŽdŽration, Paris XVe
  Paris, le 28 octobre 1983

  Monsieur l'Inspecteur,

          Il m'a fait  plaisir de vous rencontrer et de vous Žcouter au sujet de l'usage de la langue franaise par les scientifiques du CEA. Nous avons alors convenu que je vous demanderais, si vous le vouliez bien, de nous adresser un texte de 2 ou 3 pages, ˆ l'intention de la revue Science et Francophonie. Vous m'avez exprimŽ le dŽsir de recevoir une demande Žcrite ˆ ce sujet.

  Seriez-vous assez aimable de nous adresser, pour publication dans Science et Francophonie, une ou deux pages sur le thme de l'usage de la langue franaise par les chercheurs de votre organisme, de la promotion de cet usage, avec une photographie de vous?

  Nous vous en serions reconnaissants, car nous tenons ˆ ce que la France prenne sa place et fasse sa part dans la ligue internationale et dans la revue.

  Escomptant une rŽponse favorable de vous, ˆ brve ŽchŽance, sincrement ˆ vous,

          Pierre Demers,
  RŽdacteur en chef et directeur de la publication.

P. j. Formulaire d'adhŽsion.

 

         "M. Bonnet m'a reu, et il m'a reu correctement mais il fut peu coopŽratif. Je lui demandai ce qu'il voudrait faire pour promouvoir l'usage du franais dans les publications des chercheurs du CEA, entre autres au CERN, alors que le CEA a une tradition de chef de file pour dŽfendre les intŽrts supŽrieurs de la France et malgrŽ les reculs successifs de la France devant l'invasion de la langue anglaise."

 

         "Il ne voulut pas rŽpondre ˆ ma question, il ne voulut pas que je prenne une photo de lui, il refusa aussi que j'enregistre ses propos et il ne voulut mme pas que je prenne de notes en sa prŽsence. Il me montra des livres de 500 ou 600 pages sur l'Žnergie atomique, Žcrits en franais par le personnel du CEA. L'existence de ces livres dŽmontre un souci d'utiliser la langue franaise au CEA, du moins dans certaines sortes de publications. Ils ne sont pas disponibles en librairie. Il ne voulut pas que j'en emporte un exemplaire".

 

         "Cependant il convint que je lui Žcrirais ˆ ce propos, ce que je fis, le lendemain 28 octobre 1983".

 

         Sept ans plus tard, j'attends encore la rŽponse. Paul Bonnet, qui a pris sa retraite depuis ce temps;.trouvera-t-il le temps de nous rŽpondre maintenant?

 

Francisation.

 

         Dans les 2 livres de Goldschmidt, je n'ai trouvŽ aucune allusion ˆ une affirmation de la langue franaise. J'ai cependant trouvŽ, une seule fois, le mot francisation, ou plut™t le verbe correspondant: "franciser"; voici l'extrait: (8, p. 476)

 

        
La conjonction des efforts d'E.D.F., du C.E.A. et de Framatome pour "franciser" cette filire aura ainsi portŽ ses fruits.

 

         Cette citation marque bien la dichotomie qu'entretiennent la plupart des Franais sur l'idŽe de ce qui est franais. Franciser se limite ici ˆ la technique des Franais.

 

         Pendant ce temps, l'OLF Office de la langue franaise du QuŽbec diffuse une revue "Francisation en marche". Il s'agit ouvertement de la langue des Franais, d'une vŽritable bataille pour la langue franaise, bataille o les Francophones du QuŽbec sont loin d'avoir pour eux l'atout de l'Žnergie atomique et de la bombe atomique. Il s'agit de dŽfendre l'identitŽ d'un peuple de descendants de Franais, de l'avenir des relations des Franais de France avec le monde nord - amŽricain.

 

         Et pendant ce temps, les Francophones de France, eux qui possdent l'atout de la bombe atomique, se sont laissŽ conquŽrir par le pire adversaire de l'identitŽ franaise, par la langue anglaise, ils en sont les adeptes et les propagandistes.

 

         Cette dichotomie - cette dŽcadence,  commena de s'installer ˆ cause des concessions ˆ la langue anglaise que 2 Franais, naturalisŽs depuis peu, chargŽs des dŽcouvertes de Joliot, acceptrent et choisirent de faire, pour poursuivre efficacement leur travail en Angleterre puis au QuŽbec. Arrivant en Angleterre, ils se mirent en relation avec les Anglais, non avec la France Libre.

 

Conclusion.

 

         Si De Gaulle avait su, s'il avait ŽtŽ informŽ ds le dŽbut et tenu pleinement informŽ par la suite, cette dichotomie entre France et langue franaise se serait-elle installŽe, avec les rŽsultats catastrophiques que l'on voit aujourd'hui?

(Figures ˆ venir). (Ë suivre dans le No 30).

 

RŽfŽrences.

1. Hans Halban, FrŽdŽric Joliot et Lew Kowarski 1939,

(LibŽration de neutrons dans l'explosion nuclŽaire de l'uranium),

Nature, 143, 470.

2. Hans Halban, FrŽdŽric Joliot et Lew Kowarski 1939,

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http://www.er.uqam.ca/nobel/c3410/SSF29p14bis.gif Fig. 4

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ˆ suivre ...

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